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Environnementalistes en voie de disparition

novembre 2002, par Emmanuelle Vermylen

Depuis Tchernobyl, la situation de l’environnement en Russie a empiré. Non seulement « les poubelles géantes » en tout genre truffent le paysage de certaines régions, mais ceux qui défendent ou alertent l’opinion publique sur les dangers de ces dépotoirs risquent leur vie.

La Russie figure, à présent, parmi les pays les plus pollués au monde. La course à l’armement de la guerre froide a amené les Russes à accumuler un énorme stock d’armes nucléaires, aujourd’hui inutilisables. Les infrastructures de retraitement étant absentes, les déchets radioactifs sont entreposés dans des conteneurs de stockage en très mauvais état. Nombre de sous-marins nucléaires déclassés pourrissent ainsi dans les eaux russes ; d’où le triste surnom de « grandes poubelles de déchets nucléaires » attribué notamment à la Péninsule de Kola, dans le grand Nord, et à la mer du Japon.

Cette dernière a été l’objet d’un grand scandale en 1993, dévoilé par Grigory Pasko. Ce journaliste et ancien officier russe, passionné d’écologie, avait montré au travers d’une vidéo tournée pour la télévision japonaise, des militaires russes déversant des déchets nucléaires dans la mer du Japon. Après deux ans de « détention préventive », il est poursuivi en 1999, pour espionnage et divulgation de secrets d’État. Acquitté, il a été reconnu coupable du seul « abus de fonction » et sera libéré à la faveur d’une amnistie.

Mais en 2001, le FSB (ex-KGB) a exigé la réouverture du dossier. Pasko a alors été condamné, par un tribunal militaire de Vladivostok, à 4 ans d’emprisonnement dans un camp de travail sur base d’un décret militaire secret. Cela rappelle étrangement l’affaire du capitaine Alexandre Nikitine, qui travaillait pour l’organisation environnementaliste Bellona. Cette fondation norvégienne dénonce depuis 1986 la menace nucléaire russe et défend les intérêts écologiques en ex-URSS.

En 1996, le rapport d’Alexandre Nikitine pour Bellona sur la pollution causée par les sous-marins nucléaires russes l’a conduit droit en prison. Considéré comme prisonnier d’opinion par Amnesty, il a finalement été acquitté en décembre 1999. Cette jolie victoire ne doit pas évincer le cas de Pasko. Le Collège militaire de la Cour suprême russe a en effet confirmé en juin dernier le jugement prononcé en décembre 2001.

Toutes les voies de recours ayant été épuisées, la prochaine étape pour Grigori Pasko dans sa recherche de la justice consistera à faire appel auprès de la Cour européenne des droits de l’homme.

Amnesty demande sa libération immédiate et la fin de toutes les poursuites à son encontre. Il semble qu’en Russie, même la pollution soit classée « secret défense », et que les problèmes d’environnement se transforment davantage en problèmes de liberté d’expression. Résultat : un nouvel échec pour la démocratie. En effet, « Les mesures prises contre tous ceux qui osent dénoncer des infractions écologiques s’inscrivent dans le cadre d’une politique de répression plus générale, destinée à limiter les libertés civiles et à contrôler la société civile », a conclu Amnesty International.

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