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Film

Le prisonnier du caucase

Serguei Bodrov – distribué par Cinélibre.

novembre 2002, par Suzanne Welles

Sorti sur nos écrans (très confidentiellement, on se demande pourquoi ?) voici quelques années déjà, ce très beau – et bon – film de Serguei Bodrov fait un excellent support pour la campagne actuelle d’Amnesty concernant la Russie. Non pas que le sujet central – la guerre – soit le thème de cette campagne. Mais il est certain que l’atroce guerre tchétchène, qui se déroule d’ailleurs dans une scandaleuse indifférence du reste du monde, s’inscrit en toile de fond de toute la vie quotidienne russe.

Il ne s’agit pas ici seulement de la guerre en Tchétchénie qui n’est même pas nommée, mais bien de toutes les guerres, de la folie des hommes qui les mènent, des souffrances de ceux qui les subissent.

C’est dans un Caucase aride que sont envoyés des milliers d’adolescents que l’on voit tout d’abord défiler nus devant un médecin militaire qui les déclare apte à se faire tuer. Bientôt sur le terrain, après une brève euphorie, ivresse de l’alcool et du danger, un officier, Sacha, sera pris par l’ennemi en compagnie de Vania, un bleu à peine arrivé. Le vieux combattant qui les a capturés veut les échanger contre son fils, prisonnier des Russes. C’est alors que commence dans ce paysage de montagnes immenses, un étrange face à face entre les prisonniers, leur geôlier sourd-muet et la jeune soeur au doux regard.

Le réalisateur dépeint à grandes touches de couleur la vie quotidienne des montagnards rebelles, entre folklore et mysticisme. Des faits de guerre telle la scène angoissante du déminage d’un chemin, la pitoyable tentative du vieil homme pour faire libérer son fils. Des moments de rires et de joie, la fête, et enfin la terrible douleur, celle d’une mère qui a franchi des milliers de kilomètres sans pouvoir sauver son enfant...

Tourné au Daguestan, région voisine de la Tchétchénie, dans des paysages superbes, le film est magnifiquement interprété par deux acteurs : Oleg Menchikov, star confirmée du cinéma russe (Soleil trompeur de Mikhalkov) et par le propre fils du réalisateur, à la fois émouvant et brutal dans le rôle du jeune Vania. Ce très beau film fait bien comprendre la terrible situation. L’armada russe est piégée malgré sa puissance, face à un peuple rebelle enserré dans un sanglant étau. Toute l’absurdité de la guerre, de toutes les guerres...

Le film est distribué par Cinélibre (Ch. de Haecht, 270 – 1030 Bruxelles – tél.02/245.87.00)

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