Le trafic et la consommation de drogues posent un problème majeur à la communauté internationale Ainsi que l’indiquait, lors d’une réunion en 1985, le secrétaire-général de l’O.N.U. Javier Perez de Cuellar : « Les drogues illicites et la criminalité travaillent main dans la main ». Il ajoutait :« La possibilité de profits fabuleux attire les criminels et le trafic de drogues entraîne très fréquemment d’autres actes criminels tels que la corruption, le vol, et même le meurtre ». Dans le but de se protéger contre cette menace, faut-il pendre les trafiquants de drogue ?
En effet, une vingtaine de pays a adopté des lois punissant de mort consommateurs et vendeurs. Des centaines et des centaines d’exécutions ont déjà eu lieu. Le résultat ? Nul. Il n’existe aucune preuve que la menace de la peine de mort fasse diminuer le trafic. En 1992, le Ministre de l’Intérieur de l’Iran a déclaré lors d’une conférence à Abou-Dhabi que, malgré plus de 2.000 exécutions, ce type de délit est en augmentation constante depuis 1979.
De plus, la rigueur des lois en question fait que le nombre de meurtres en relation avec ces actes devient plus fréquent. Voulant à tout prix échapper à la potence, le criminel n’hésite plus à abattre tout témoin de son acte. Une grande injustice règne aussi dans l’application des peines. Ce sont le plus souvent les petits trafiquants, les porteurs, ou même les consommateurs qui sont punis. Alors que les organisateurs, les « barons » de la drogue échappent - grâce à leur argent - à toute poursuite.
Qu’est-ce qu’un crime « grave » ?
Selon les normes internationales, lorsque la peine de mort n’est pas abolie, il convient de la réserver aux « crimes les plus graves ». Qu’est-ce que cela signifie ? Chaque pays a sa propre conception des choses. Ici, on considérera que la détention d’une grande quantité de tel ou tel produit est punissable de mort. Là, comme par exemple au Sri Lanka, celui qui possède deux grammes d’héroïne, dose journalière d’un consommateur, risquera la peine de mort.
Parfois la loi stipule quelles drogues sont incriminées : l’opium, la morphine, l’héroïne. Parfois on inclut la marijuana, la cocaïne, les drogues synthétiques. Une dizaine de pays impose la peine de mort pour le trafic de cannabis, une drogue qui n’est plus interdite ailleurs. En Arabie saoudite, la loi indique que celui qui introduit des drogues, quelles qu’elles soient, dans le pays, sera puni de mort.
Quels sont les pays les plus « meurtriers » ?
C’est la Chine qui vient en tête. Ce pays a d’ailleurs choisi la date du 26 juin, instituée par l’O.N.U. « Journée internationale contre les abus de la drogue et les trafics illicites », pour organiser, chaque année depuis 1991, des exécutions de masse. Les condamnés sont promenés, écriteau au cou, dans les villes puis amenés sur des places publiques où la sentence est lue et où ils sont exécutés.
Aux Philippines, où la peine de mort a été rétablie en 1994, de nouvelles informations font état de meurtres de revendeurs de drogue, souvent des enfants des rues, abattus en ville par des hommes armés, dont certains sont soupçonnés d’appartenir à la police.
La Malaisie est l’un des pays où la législation relative aux délits liés à la drogue est la plus sévère. En 2001, au moins une des exécutions annoncées concernait un trafiquant de drogue. Notons que, pour ce type de délit, la bastonnade est fréquemment imposée comme complément à des peines de prison.
À Singapour, la peine capitale est impérativement prévue par la loi pour le trafic de stupéfiants. Deux hommes ont été pendus en septembre de l’an dernier. L’un d’eux aurait été condamné à mort sur la foi du témoignage d’un autre homme trouvé en possession de marijuana. Le président du tribunal lui aurait proposé une peine d’emprisonnement s’il reconnaissait sa culpabilité, ce qu’il aurait refusé. Ici aussi, la bastonnade est imposée pour des délits liés à la drogue, même lorsqu’il s’agit de délinquants mineurs.
Parmi les autres pays retenant la peine de mort pour les délits liés à la drogue, citons le Myanmar, la Thaïlande et le Bahreïn.
L’effet de dissuasion n’existe pas…
Plus de 3.000 personnes ont été exécutées en Iran depuis 1979 pour des délits liés à la drogue. Cependant, la route du trafic continue à traverser le pays pour transporter l’héroïne à partir de l’Afghanistan et du Pakistan vers les marchés européens. La Chine procède à des centaines d’exécutions publiques, particulièrement dans les provinces proches du « Triangle d’Or », gros producteur de drogue, et cependant le trafic ne fait que croître.
Citons, en conclusion, les mots d’un jeune procureur égyptien confronté à des personnes convaincues de ce type de délits : « Les résultats de la nouvelle loi sur les drogues sont exactement à l’opposé de ce que l’on en attendait. Le travail des agents est devenu non seulement plus difficile mais plus dangereux. Les contrebandiers et les trafiquants n’hésitent plus à utiliser la violence. Au lieu de réduire le volume du trafic, cette loi incite à la corruption... Enfin, elle fait la preuve que les punitions les plus dures, telle la peine capitale, ne sont pas la bonne solution aux délits liés à la drogue, comme elles ne sont pas la solution pour mettre fin à la criminalité. »





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