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L’Inde, entre démocratie et apartheid ?

octobre 2002, par Véronique Druant

En Inde, La division de la société en castes est censée avoir disparu avec la Constitution de 1950. La réalité est toute différente. Au point qu’on est en droit de se poser la question.

Dans un climat plutôt agité (relations tendues avec le Pakistan et vagues de violences perpétrées entre Hindous et Musulmans), l’Inde a élu un nouveau chef d’Etat musulman : APJ Abdul Kalam. Quoique la fonction de président soit purement honorifique, il est à noter que le nouveau président succède à un intouchable : K R Narayanan. L’Inde, puissance régionale émergente, se distinguant par sa relative stabilité démocratique et économique, est-elle en droit pour autant de se targuer d’être multi-religieuse et multi-culturelle ?

On aimerait le croire. Mais force est de constater que ce pays est rongé de l’intérieur par un mal pernicieux : le système des castes et son flot de discriminations. La presse indienne regorge d’articles relatant des actes discriminatoires souvent impunis : violences policières, attaques contre les minorités musulmanes et chrétiennes, ainsi que contre les dalits et les aborigènes.

Le système des castes, vieux de 2000 ans, définit la place d’un individu par son ascendance. Cette hiérarchie sociale est divisée en 4 castes. Une cinquième catégorie, en dehors de cette hiérarchie, regroupe ceux qu’on dénomme communément les intouchables ou dalits.

Considérés comme impurs, ils sont pour les deux tiers analphabètes et bien souvent sans terre. À peine 10 % d’entre eux ont accès à l’eau potable ou à l’électricité. Ils sont économiquement pauvres, socialement rejetés, politiquement inexistants  [1]. Depuis l’indépendance, l’Inde a essayé d’éradiquer les inégalités de ce système. La constitution de 1950 a aboli le terme intouchable et un dispositif légal a été mis en place. Des mesures de discrimination positive réservent aux personnes provenant des castes et tribus reconnues des quotas dans le système éducatif, la fonction publique et la représentation politique. Au Parlement, un cinquième des sièges est réservé aux membres des basses castes et dans certains États des coalitions politiques comprenant des partis influents parmi les dalits sont au pouvoir

Victimes du poids de la tradition

Cependant, les quotas ne parviennent à assurer ni égalité ni sécurité à tous les citoyens indiens. La loi ne fait pas le poids par rapport à la tradition.

À la suite du tremblement de terre de janvier 2001, dans le Nord du Gujarat, le gouvernement indien avait débloqué des fonds pour venir en aide aux populations sinistrées. Les dalits tout comme les musulmans n’ont pourtant pas eu le même accès aux vivres distribués ou à l’eau potable. Certaines personnes de castes supérieures ont même refusé de partager le logement de fortune avec des dalits. Malgré le dispositif légal, ceux-ci restent les victimes du poids de la tradition ainsi que des abus de la police. À maintes reprises, Amnesty International et Human Rigths Watch ont dû intervenir pour dénoncer les brutalités policières à l’égard des intouchables, s’insurger contre l’arrestation de défenseurs des droits humains ou dénoncer les violences familiales et villageoises envers des fiancés de castes différentes.

En plus des injustices sociales et économiques, l’Inde connaît aussi la discrimination religieuse. On déplore trop souvent des attaques contre des églises, mosquées ou membres du clergé. Des partis, comme le Parti national hindou (BJP) ou le Parti ultra-nationaliste hindou (VHP), s’appliquent à diviser le pays sur des questions de religion. En 1992, une mosquée a été détruite à Ayodhia au Gurajat par des extrémistes hindous dans le but d’y construire un temple dédié à Rama. Résultat : 200 morts. Début mars 2002, 700 personnes majoritairement musulmanes ont été tuées lors d’émeutes inter-confessionelles. Dans ce contexte dramatique, la population semble en avoir assez des problèmes politico-religieux. Elle n’a cure du temple dédié à Rama. Les hindous ont de plus en plus conscience d’avoir été manipulés par un pouvoir politique qui se dit laïc. Ces querelles ne profitent en fin de compte qu’aux chefs fondamentalistes et religieux. Preuve en est, le BJP ne connaît dernièrement que des revers électoraux.

Durban

Peut-on parler de racisme ? Lors de la Conférence mondiale contre le racisme à Durban, l’an passé, bon nombre d’ONG représentant les dalits étaient présentes. Leurs revendications n’ont pourtant pas fait le poids face aux résistances du Gouvernement indien qui maintient que la question des discriminations basées sur la caste est un problème interne qui n’a rien à voir avec du racisme.

Ce tableau peu reluisant doit toutefois être nuancé. Il est clair que la tradition supplante le cadre législatif censé protéger les minorités et laisse une large place à l’intolérance. Il ne fait pas bon vivre pour un dalit ou un chrétien dans les campagnes du Gujarat et autres Bihar, Uttar Pradesh, Rajasthan, Maharatra, Orissa ou Madhya Pradesh. Néanmoins, il existe une exception à la règle : l’Etat du Kerala dans le Sud, qui peut se vanter d’être un modèle d’égalité sociale et d’accès à l’éducation.

« Il n’y a pas de différences entre les groupes humains. Le monde entier est d’origine divine ». Ces sages paroles sont extraites du Mahabharata – récit épique en sanscrit. À bon entendeur...

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Notes

[1] Propos tenus par Ram Vilas Paswan, ministre national des Chemins de fer indiens lors d’une interview parue dans Défis-sud, novembre 1996

2 Messages de forum

  • > L’Inde, entre démocratie et apartheid ? Le 16 juin 2003 à 20:18 , par didier

    bonjour je sui pas tres caller en francais j’ai aimer votre article je sui parti en inde il y deux ans
    j’ai beaucoup aimer j’ai vue des choches bizare que j’ai pa conpri j’ai vu du racisme en vers les gens entre heux et a mon arriver j’ai lu le livre de marc boulet dans la peau d’un intouchable j’ai tou comprie pourquoi autan de haime entre humain c’est le pays le pus raciste que j’ai vue l’inde me decois je sui d’origine des antilles et meme entre blackil y aussi c’est a celui qui est le plus claire ,je sui toucher par le sort des intouchables j’aimerai trouver une assoce pour déffendre le droit au intouchable le droit de vivre pas considerai comme des chiens ou plus bas voila en deux mots
    cordialement

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  • L’Inde, entre démocratie et apartheid ? Le 25 août 2011 à 01:17 , par zitaxpayer

    L’Europe aussi.
    Entre oumma et mécréants.
    Encore une vision religieuse de la division entre le « peuple élu » et le reste du monde.
    Ou comment la vision d’Abraham (lequel des fils est sacrifiable) devient une guerre entre sémites puis bizarrement étendue.
    Car les indonésiens ne sont pas sémites. Mais ils aiment comme les egyptions « bouffer du chrétien » kopte ou autre.

    jp

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