Dans un climat plutôt agité (relations tendues avec le Pakistan et vagues de violences perpétrées entre Hindous et Musulmans), l’Inde a élu un nouveau chef d’Etat musulman : APJ Abdul Kalam. Quoique la fonction de président soit purement honorifique, il est à noter que le nouveau président succède à un intouchable : K R Narayanan. L’Inde, puissance régionale émergente, se distinguant par sa relative stabilité démocratique et économique, est-elle en droit pour autant de se targuer d’être multi-religieuse et multi-culturelle ?
On aimerait le croire. Mais force est de constater que ce pays est rongé de l’intérieur par un mal pernicieux : le système des castes et son flot de discriminations. La presse indienne regorge d’articles relatant des actes discriminatoires souvent impunis : violences policières, attaques contre les minorités musulmanes et chrétiennes, ainsi que contre les dalits et les aborigènes.
Le système des castes, vieux de 2000 ans, définit la place d’un individu par son ascendance. Cette hiérarchie sociale est divisée en 4 castes. Une cinquième catégorie, en dehors de cette hiérarchie, regroupe ceux qu’on dénomme communément les intouchables ou dalits.
Considérés comme impurs, ils sont pour les deux tiers analphabètes et bien souvent sans terre. À peine 10 % d’entre eux ont accès à l’eau potable ou à l’électricité. Ils sont économiquement pauvres, socialement rejetés, politiquement inexistants [1]. Depuis l’indépendance, l’Inde a essayé d’éradiquer les inégalités de ce système. La constitution de 1950 a aboli le terme intouchable et un dispositif légal a été mis en place. Des mesures de discrimination positive réservent aux personnes provenant des castes et tribus reconnues des quotas dans le système éducatif, la fonction publique et la représentation politique. Au Parlement, un cinquième des sièges est réservé aux membres des basses castes et dans certains États des coalitions politiques comprenant des partis influents parmi les dalits sont au pouvoir
Victimes du poids de la tradition
Cependant, les quotas ne parviennent à assurer ni égalité ni sécurité à tous les citoyens indiens. La loi ne fait pas le poids par rapport à la tradition.
À la suite du tremblement de terre de janvier 2001, dans le Nord du Gujarat, le gouvernement indien avait débloqué des fonds pour venir en aide aux populations sinistrées. Les dalits tout comme les musulmans n’ont pourtant pas eu le même accès aux vivres distribués ou à l’eau potable. Certaines personnes de castes supérieures ont même refusé de partager le logement de fortune avec des dalits. Malgré le dispositif légal, ceux-ci restent les victimes du poids de la tradition ainsi que des abus de la police. À maintes reprises, Amnesty International et Human Rigths Watch ont dû intervenir pour dénoncer les brutalités policières à l’égard des intouchables, s’insurger contre l’arrestation de défenseurs des droits humains ou dénoncer les violences familiales et villageoises envers des fiancés de castes différentes.
En plus des injustices sociales et économiques, l’Inde connaît aussi la discrimination religieuse. On déplore trop souvent des attaques contre des églises, mosquées ou membres du clergé. Des partis, comme le Parti national hindou (BJP) ou le Parti ultra-nationaliste hindou (VHP), s’appliquent à diviser le pays sur des questions de religion. En 1992, une mosquée a été détruite à Ayodhia au Gurajat par des extrémistes hindous dans le but d’y construire un temple dédié à Rama. Résultat : 200 morts. Début mars 2002, 700 personnes majoritairement musulmanes ont été tuées lors d’émeutes inter-confessionelles. Dans ce contexte dramatique, la population semble en avoir assez des problèmes politico-religieux. Elle n’a cure du temple dédié à Rama. Les hindous ont de plus en plus conscience d’avoir été manipulés par un pouvoir politique qui se dit laïc. Ces querelles ne profitent en fin de compte qu’aux chefs fondamentalistes et religieux. Preuve en est, le BJP ne connaît dernièrement que des revers électoraux.
Durban
Peut-on parler de racisme ? Lors de la Conférence mondiale contre le racisme à Durban, l’an passé, bon nombre d’ONG représentant les dalits étaient présentes. Leurs revendications n’ont pourtant pas fait le poids face aux résistances du Gouvernement indien qui maintient que la question des discriminations basées sur la caste est un problème interne qui n’a rien à voir avec du racisme.
Ce tableau peu reluisant doit toutefois être nuancé. Il est clair que la tradition supplante le cadre législatif censé protéger les minorités et laisse une large place à l’intolérance. Il ne fait pas bon vivre pour un dalit ou un chrétien dans les campagnes du Gujarat et autres Bihar, Uttar Pradesh, Rajasthan, Maharatra, Orissa ou Madhya Pradesh. Néanmoins, il existe une exception à la règle : l’Etat du Kerala dans le Sud, qui peut se vanter d’être un modèle d’égalité sociale et d’accès à l’éducation.
« Il n’y a pas de différences entre les groupes humains. Le monde entier est d’origine divine ». Ces sages paroles sont extraites du Mahabharata – récit épique en sanscrit. À bon entendeur...





2 Messages de forum