Dans un rapport consacré spécifiquement aux droits des femmes dans les États indiens d’Uttar Pradesh et du Rajasthan, Amnesty International y soulignait l’année dernière le lien ténu qui existe entre la condition de la femme indienne et le système des castes. L’enquête, ciblée sur les femmes appartenant aux castes les plus basses (dalits ou Intouchables, castes considérées comme « arriérées » et castes tribales ou adivasi), insiste sur la dépendance des femmes qui en sont issues vis-à-vis des groupes plus puissants qui les exploitent et vont jusqu’à les maltraiter.
Des efforts sont pourtant réalisés par les autorités afin de donner plus de pouvoir aux femmes. Des plans d’assistance existent, des groupes d’auto-assistance se créent, des lois sont adoptées pour mieux protéger les adivasi et les femmes des castes « arriérées ». Parmi ces lois, certaines punissent le viol, les atteintes à la pudeur, etc. Mais leur application fait défaut, et des secteurs de l’administration et du système de justice pénale reflètent et perpétuent des pratiques discriminatoires courantes dans la société.
« Un produit de consommation courante »
Comme l’a rappelé un membre de l’ONU en 1997, « les femmes sont un produit de consommation courante en Inde ». L’infanticide féminin se pratique, tout comme les violences domestiques, les meurtres pour dot (pratique interdite depuis 1961 mais toujours en usage), le harcèlement et les trafics sexuels, et ce, quelles que soient la religion, la caste et la classe. Les violences contre les femmes sont des gestes symboliques contre leur famille, leur communauté : elles en incarnent en effet l’honneur. Ce sont elles qui subissent la majorité des atrocités liées à la caste. Les témoignages se suivent, tragiquement semblables. Une femme est violée. Elle veut porter plainte, mais elle sait qu’à côté des menaces des auteurs, elle devra affronter ce que tous endurent dans les bureaux de police (suspects comme membres des familles, plaignants...) : elle recevra des coups. Les claques, les coups de lathis (batons) et de pieds sont une pratique généralisée à l’égard de tout ceux qui approchent un commissariat.
Rien d’étonnant si, dans ce contexte, la police refusera souvent d’enregistrer la plainte, ce qui est pourtant obligatoire et capital pour la suite judiciaire. Dans les rares cas où la plainte est enregistrée, le policier doit choisir sous quelle section (viol, attentat à la pudeur, etc.) l’inscrire. Il choisit souvent une section « minimale », ce qui permet aux auteurs d’être libérés sous caution ou, en cas de procès, de ne risquer que des peines légères. Les examens médicaux sont rarement proposés ; ils se passent parfois en présence de policiers.
Quant aux juges, ils n’accordent guère plus d’importance à la violence contre les femmes, surtout si celles-ci appartiennent aux basses castes. Par ailleurs, les auteurs et leur famille se vengent sur la femme qui ose porter plainte et sur sa propre famille ; les obligeant parfois à quitter le village. Souvent, la famille de la femme et sa communauté la mettent au ban quand elle demande justice ou la poussent à accepter des arrangements, voire à épouser son violeur.
Des lois inopérantes
Les bonnes intentions des autorités indiennes ne sont pas suffisantes face à la non-application des lois. Or, les femmes sont très démunies et connaissent mal ces lois : elles ne peuvent lutter seules. Et ceux qui devraient les aider, policiers et membres de l’appareil judiciaire, sont en général plus proches des auteurs de violence que des victimes : ce sont des hommes, sans sensibilisation à ces problèmes, appartenant souvent à la caste des auteurs. De nombreux articles des règlements, comme celui qui vise simplement à rembourser des frais de déplacement aux victimes, sont peu ou jamais appliqués. Aucune sanction n’est prise contre des policiers coupables de complicité. Les auteurs sont libres d’exercer des pressions énormes sur la victime afin qu’elle retire sa plainte. Le fossé reste tragiquement large entre les bonnes intentions des autorités centrales et la réalité des pratiques quotidiennes dans les commissariats et dans les tribunaux du pays.
Lectures conseillées :
Rapport AI : « Inde. La lutte contre la peur et la discrimination. L’impact de la violence contre les femmes en Uttar Pradesh et au Rajasthan », ASA/20/16/2001.
« Moi, Phoolan Devi, reine des bandits », ed. Fixot, 2001 (ou coll. J’ai lu, 1997)





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