Il est 13 heures. Une belle et chaude journée du mois de juillet. Devant la porte, quelques personnes qui paraissent désœuvrées accueillent le visiteur avec de chaleureux « bonjour ».
Les autorités fédérales ont conclu un accord avec la Rode-Kruis en région flamande et avec la Communauté française en région francophone pour qu’elles prennent en charge les réfugiés qui ont introduit une demande d’asile. Il existe une bonne trentaine de ces « centres ouverts » en Belgique.
Le centre d’Alsemberg existe depuis 1998. Son personnel compte une vingtaine de membres qui veillent pour l’instant (mais cela change tous les jours) sur 145 occupants alors que le centre a une capacité de 165 lits. Si le centre d’Alsemberg ne dispose pas d’équipe médicale spécifique, les besoins de santé physique et surtout mentale des pensionnaires n’en sont pas moins rencontrés de façon permanente. Un sujet délicat à relier aux circonstances du départ et aux conditions souvent pénibles d’arrivée sur le sol belge.
Comment arrive-t-on à Alsemberg ?
Avec un visa touristique ou par une filière de passeurs moyennant de gros sous ? On ne le sait pas vraiment, personne n’en parle… Le premier acte du parcours du candidat-réfugié passe par l’Office des Étrangers qui décide de l’envoyer vers tel ou tel centre d’accueil, en fonction des places libres, jusqu’à ce que sa demande soit jugée recevable ou non. Si la demande est irrecevable, il doit quitter le territoire. Les centres accueillent des familles et des isolés, des personnes de toute nationalité pour éviter la formation de ghettos. Les séjours sont, en moyenne, de six, huit semaines jusqu’à trois mois et même parfois plus d’un an. Bien sûr le désespoir guette… Les pensionnaires ne peuvent pas travailler à l’extérieur. C’est l’État qui pourvoit à tous leurs besoins vitaux : logés, nourris, blanchis.
Mais comment les occuper pour éviter qu’ils ne succombent à la mélancolie et au désespoir ? Grâce à un groupe de bénévoles, des animations sont assurées : cours de langue, d’informatique, de coupe et couture, de secourisme, atelier de réparation de vélos. Les bénévoles sont choisis et acceptés en raison d’un engagement social au départ, mais ils ont toutes sortes de motivations qu’on ne leur demande pas. Une chose est sûre : ils veulent aider les gens !
« Une nouvelle dimension à la vie »
À Alsemberg, la vie quelque peu marginale des réfugiés s’ordonne autour des lieux de convivialité qui permettent d’articuler la vie sociale du centre comme la salle de projections ; le « praatcafé » (sans alcool !) ; la salle des fêtes où l’on danse ; le local avec des jeux pour les petits enfants. Pas de problèmes de langues au centre. Tout le monde se débrouille pour se faire comprendre sans heurts. Pas d’intégration réelle non plus : on ne reste pas assez longtemps.
« Côtoyer toutes ces cultures différentes, c’est un enrichissement de chaque instant. Il y a parmi ces gens des personnes raffinées, cultivées, attachantes, profondément humaines qui apportent une nouvelle dimension à la vie ». Pour Marc Uyttenhove, le directeur du centre d’Alsemberg que tout le monde ici appelle Monsieur Marc, le respect des différences est primordial. Une notion qui ne pose visiblement pas trop de problèmes aux habitants de Beersel. Contrairement à ce qui s’est passé ailleurs en Belgique, l’installation d’un centre ouvert dans cette commune de la grande périphérie bruxelloise s’est déroulée sans résistance réelle de la part des habitants, grâce à une préparation minutieuse de la part des autorités communales. La barrière psychologique séparant réfugiés et autochtones n’en est pas pour autant brisée, presque au soulagement de la direction du centre d’Alsemberg.
« Nous encourageons nos pensionnaires à garder leur place et à ne pas s’imposer aux habitants », souligne Marc Uyttenhove. « Nous disons aux voisins de ne pas attirer nos pensionnaires chez eux, car s’ils en accueillent un, ils doivent les accueillir tous et cela n’est évidemment pas possible, les évincés ne comprendraient pas… ».
Le centre d’Alsemberg n’en reste pas moins un lieu ouvert sur l’extérieur. Chaque année, une journée « Portes ouvertes » y est organisée afin, notamment, d’attirer de nouveaux bénévoles et de familiariser la population à la problématique des réfugiés. Cette année, Monsieur Marc compte bien accueillir de très nombreux visiteurs, dont certains, espère-t-il, deviendront de nouveaux « passeurs de vie ».




