Le 14 novembre 2000, le Parlement européen adopte une charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Le 7 décembre, les chefs d’État et de gouvernement la signent.
Comment ne pas s’en réjouir ? À la première lecture, le texte de la Charte paraît clair et raisonnable. Alors ? Un pas en avant dans la défense des droits humains ? La Belgique ne vient-elle pas de recommander à la Convention pour l’avenir de l’Europe (présidée par Valery Giscard d’Estaing) de l’inclure dans la future constitution européenne ?
Et bien, Roland de Bodt n’est pas de cet avis. Attaché depuis vingt ans à l’étude de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, ce mordu des droits humains vient de faire paraître un petit livre rageur et pamphlétaire où il souligne les différences radicales, allant jusqu’à la contradiction, entre les deux textes. Contrairement à la Déclaration universelle de 1948, la Charte n’est à ses yeux ni égalitaire, ni universelle. Tout d’abord, parce que sur beaucoup de points (déplacement, travail, droit à la santé…) elle accorde des droits plus étendus aux Européens qu’aux non Européens (si tous les Hommes sont égaux, pourrait-on dire que les Européens sont un peu plus égaux que les autres), ensuite parce que dans une série de cas (mariage, objection de conscience, droits des travailleurs…) les droits des individus sont laissés à l’initiative de chaque État membre.
Contrairement à la volonté exprimée en 1948 dans la Déclaration universelle, la Charte restaure la primauté des droits des États sur celui des personnes et ouvre la porte aux pires dérives sécuritaires et discriminatoires comme l’ont montré certaines propositions au Conseil européen de Séville de juin dernier




