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Les stades : une histoire entre répression et revendication

2002, par Anne Lowyck

Chaque fois qu’une nation plonge dans le chaos, la dictature ou la guerre civile, le risque est grand de voir les stades servir les intérêts du pouvoir. Certains épisodes parmi les plus sombres de l’histoire se sont déroulés dans les « Temples modernes ».

En Espagne, durant la guerre civile, les phalangistes ont fusillé de nombreux républicains dans le stade Bernabeu de Madrid, qui allait au cours des années ’50 vibrer aux exploits du Real, et servir de vitrine au régime de Franco. En France, le vélodrome parisien du Vel d’Hiv a fait office en juillet 1942 de lieu de rassemblement des juifs de France avant leur déportation vers Auschwitz. Au mois de juin 1966, c’est devant un public en délire, dans le stade des Martyrs de Kinshasa que le premier Ministre Kimba et trois membres de son cabinet ont été pendus sur ordre de Mobutu.

Dans l’Amérique du Sud des années ’70, chaque régime autoritaire n’a pas manqué d’entretenir une relation presqu’ incestueuse avec le football.

Au Chili, après le coup d’état de Pinochet de septembre 1973, le Stadio Nacional a servi de lieu de transit et d’interrogatoire. Après un premier « tri », les opposants politiques étaient libérés ou déportés vers un camp de concentration.

En Argentine, la junte militaire a confisqué, à des fins de propagande et de légitimation, la « Copa Mundial 1978 », réitérant la triste expérience des jeux olympiques de Berlin orchestrés par Hitler. Les stades n’ont pourtant pas à cette occasion été transformés en outil de répression.

Si dans l’inconscient collectif, les stades argentins sont associés à la pratique de la torture, c’est à cause d’un détail qui a fait le tour du monde : les tortionnaires de l’école de mécanique avaient pour habitude de pousser le volume radio au maximum pour couvrir, par les clameurs des tribunes, les hurlements des torturés. Plus récemment, dans l’ Afghanistan des Taliban, où toute activité sportive été prohibée, le terrain de football du stade de Kaboul avait été transformé en véritable scène de théâtre d’un spectacle pour le moins macabre : la barre transversale des buts servait à pendre les hommes, le rond central à couper les mains des voleurs, la surface de réparation à lapider les femmes adultères.

Et en Chine, les condamnés sont littéralement exécutés « à la chaîne » devant des milliers de spectateurs rassemblés dans de gigantesques enceintes.

A côté de ces heures sombres, les stades ont à certains moments été le lieu privilégié de l’expression d’une révolte face à un pouvoir oppresseur. Ainsi, c’est dans les stades que les Chiliens ont exprimé pour la première fois leur opposition au régime Pinochet. Les chants contre la dictature partaient des gradins populaires, sans que la police n’ose intervenir [1]. C’est également dans les stades argentins que les portraits géants des disparus ont été pour la première fois brandis.

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Notes

[1] En Amérique latine, football rime avec social, par Eduardo Febbro in Manière de voir, n° 39, mai-juin 1998

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