À la fin du mois de mars, huit poètes et romanciers ont arpenté durant une semaine la Cisjordanie, à l’invitation du poète palestinien Mahmoud Darwich.
Quel était le but de ce voyage ? Selon Russell Banks, l’écrivain américain membre de ce petit groupe, « nous avions l’espoir que des écrivains, en réinventant le langage, puissent contribuer à faire cesser les massacres ».
Tous les participants étaient des membres du Parlement international des Ecrivains (PIE), une association de défense des artistes menacés. Parmi eux, deux prix Nobel de littérature, le Portugais José Saramago et le Nigérian Wole Soyinka. Certains avaient connu la dictature et parfois la prison comme le Sud-africain Breyten Breytenbach et l’Espagnol Juan Goytisolo. Ils étaient porteurs de messages d’artistes de différents pays, dont Jacques Derrida (France), Toni Morrison (Etats-Unis), Margaret Atwood (Canada).
La délégation a visité Ramallah, plusieurs camps de réfugiés et a parcouru Gaza du nord au sud, bouleversée à la vue des destructions et de la détresse des habitants. « Je ne savais pas que pour assurer la sécurité, il fallait raser les champs d’orangers, cribler de balles les façades, voir les enfants chercher leur cartable dans les ruines de leur maison » a déclaré Christian Salmon, secrétaire du PIE. En fin de semaine, tous se sont rendus à Jérusalem et à Tel-Aviv pour y rencontrer des écrivains israéliens. Avec David Grossman, le courant a eu du mal à passer, celui-ci reprochant aux visiteurs de n’écouter que des Palestiniens et d’être sourds aux arguments de la partie adverse. Quelques jours auparavant, José Saramago avait fait une déclaration malheureuse, comparant la situation dans les territoires occupés à celle d’Auschwitz, ce qui causa une certaine indignation. Mais l’écrivain israélien Amnon Raz rectifia rapidement : « le mot exact pour définir la situation serait plutôt celui d’apartheid ». L’éditrice Yael Lerer estima pour sa part que : « une telle provocation peut réveiller la société israélienne qui a besoin d’un choc pour sortir de la crise actuelle ».
Le PIE propose une solidarité concrète avec les artistes palestiniens. Puisque « la parole palestinienne elle-même est en état de siège, nous devons lever ce siège et faire connaître les textes des écrivains d’ici ». Ces auteurs seront publiés dans la revue de l’association « Autodafé ». Elle s’efforcera aussi, avec l’Union des écrivains palestiniens, de repérer les auteurs qui auraient éventuellement besoin de se réfugier à l’étranger et les fera héberger dans une ville-refuge.




