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Sara et Simon

2002, par Cécile Rolin

Sara Mendez faisait partie de ces résistants uruguayens réfugiés en Argentine. En vertu du plan Condor, un grand nombre d’entre eux y furent arrêtés par la police. Sara accoucha en prison d’un petit garçon, Simon. Vingt jours plus tard, il lui est arraché par un policier qui lui dit « Ne vous en faites pas, Madame, nous ne faisons pas la guerre aux enfants ». Libérée en mai 1981, Sara se met à la recherche de son fils. Sa quête durera 25 ans. Et puis, grâce aux efforts d’un sénateur, et malgré l’inertie du pouvoir en place, les événements se précipitent. Il semble que Simon vive à Buenos Aires, dans la famille du policier qui l’a adopté après son enlèvement. Le jeune homme n’a pris connaissance du fait de son adoption que tout récemment. Il a accepté de se soumettre à un test ADN.

Début Mars 2002, Sara Mendez écrit au directeur de la Republica (quotidien uruguayen) :

« À la fin de la semaine passée, j’ai été informée que vous aviez connaissance des nouvelles découvertes concernant la recherche de mon fils Simon. Pendant les presque 26 ans de mes recherches personnelles, je n’ai jamais voulu transformer ce crime de lèse-humanité, qu’a été l’enlèvement de Simon, en affaire privée. Mais cette fois, je vous demande de garder cette information en réserve. D’abord nous n’avons pas encore les résultats de l’ADN, ensuite s’il est vrai que j’ai parlé sincèrement et chaleureusement au téléphone avec celui qui pourrait être mon fils, je n’ai pas encore pu le voir. Enfin, je me suis engagée auprès de lui à respecter la discrétion nécessaire à sa vie privée. Je sais qu’au moins deux autres journaux sont informés. Je leur ai demandé également de sacrifier l’intérêt journalistique (...) Il faut respecter non seulement la filiation de ce jeune homme mais aussi la possibilité qu’il s’agisse d’un échec de plus. La leçon de tout ceci, c’est qu’il ne faut jamais baisser les bras. Aujourd’hui il ne reste que quelques jours à attendre pour clore ce chapitre ou au contraire continuer. »

Quelques jours plus tard, l’analyse de l’ADN prouve de façon irréfutable la filiation de Simon avec sa mère. Sara se rend à Buenos Aires où son fils l’attend avec des fleurs. On lit dans la presse :

« Notre mère Courage a levé l’embargo sur son histoire. Et la bonne nouvelle est que ce nouvel évangile, l’évangile selon Simon, est devenu la propriété du peuple entier. Je connais la nouvelle identité de Simon, son visage, son nom, celui de ses parents adoptifs. Notre journal considérerait comme immoral de révéler ces faits. Nous demandons à tous les collègues de ne rien faire paraître avant que les intéressés ne le décident. N’entachons pas cette rencontre d’amour et de vie construite sur les ruines du malheur. Je propose un pacte d’honneur. Que le journaliste ou le media qui révélerait ces faits soit couvert de honte. Il faut que le journalisme uruguayen donne une leçon au monde ! »

De fait, aucune révélation n’a eu lieu...et Sara a pu rencontrer son fils à Buenos Aires. Avant cette rencontre, le 15 Mars, elle écrivait :

« Durant tous ces jours, j’ai gardé le silence (...). Je ne suis pas seulement une mère qui cherche son fils depuis presque 26 ans. Je suis aussi une militante des droits humains. Et pourtant, dernièrement je me suis rendu compte que j’étais préparée à surmonter l’épreuve de la recherche mais pas celle de revoir un fils que je n’ai pu voir en tout que 20 jours. Ce jeune homme, cela fait exactement 11 jours qu’il sait qu’il n’est pas celui qu’il croyait être et que ceux qu’il croyait être ses parents et ses frères biologiques ne le sont pas. Est-ce si difficile de comprendre que si pour moi c’est une épreuve, pour lui c’est infiniment pire ? Ceux qui me connaissent savent que je me bats pour la vérité et que ma lutte a des paramètres éthiques et politiques. Mon fils doit le savoir aussi. Et notre relation doit se construire dans la confiance (…). Pouvez-vous m’accompagner dans cette voie ? »

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