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La crise des droits humains s’aggrave en Colombie

2002

La crainte de violations massives des droits humains s’accroît en Colombie, au moment où l’élection présidentielle doit succéder à l’échec du processus de paix entre le gouvernement et le groupe d’opposition armé Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia (FARC, Forces armées révolutionnaires de Colombie).

Fin février, le président Andrés Pastrana a mis fin aux négociations de paix, a envoyé des milliers de soldats lourdement armés réoccuper la zone démilitarisée qui avait été cédée aux rebelles en 1998 et a bombardé la région par voie aérienne. Les forces paramilitaires, soutenues par l’armée autour de cette zone, ont menacé d’intervenir à la suite des militaires pour éliminer les sympathisants supposés des FARC.

Au vu des récents massacres en Colombie et des propositions formulées par certains candidats à la présidence, il apparaît que la population civile de ce pays est de plus en plus vulnérable et impliquée dans le conflit armé, ce qui augmente le risque de guerre civile, a souligné en mai dernier Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International, à l’issue de sa première visite dans ce pays. Les civils sont pris au piège, entraînés malgré eux dans le jeu stratégique et militaire des belligérants, qui se refusent l’un comme l’autre à reconnaître le droit inaliénable de la population civile à ne pas être impliquée dans le conflit, constate également Amnesty International.

De larges portions du territoire colombien sont coupées du monde extérieur. Certaines sont bouclées par des groupes paramilitaires agissant de connivence avec l’armée, d’autres sont fermées aux personnes extérieures en vertu de la nouvelle loi sur la sécurité, qui a pourtant été récemment déclarée anticonstitutionnelle et illégale par la Cour constitutionnelle colombienne. Dans ce contexte, Amnesty s’ alarme devant la proposition de deux candidats à la présidence visant à convertir un million de Colombiens en informateurs des forces armées, ce qui les entraînerait encore davantage dans le conflit.

Amnesty International a par ailleurs lancé un appel à tous les groupes armés d’opposition pour qu’ils se conforment au droit international humanitaire, mettent un terme aux enlèvements et aux attaques sans discernement qui touchent la population civile, et renoncent à tuer les personnes qu’ils accusent de collaborer avec leurs ennemis.

L’organisation de défense des droits humains a condamné sans appel les violations du droit humanitaire international commises par les FARC, notamment à Bojaya en mai dernier, et a exhorté ce mouvement à signer sans retard un accord humanitaire pour protéger la population civile. Amnesty rappelle toutefois que 85 % des violations des droits humains continuent d’être commises par les paramilitaires bénéficiant de l’appui implicite ou direct des forces armées. L’organisation internationale demande aux candidats au scrutin présidentiel de s’engager, de manière ferme et sans équivoque, à mettre fin à l’impunité, à combattre les groupes paramilitaires et à briser leurs liens avec les forces armées, ainsi qu’à protéger les défenseurs des droits humains et les secteurs les plus vulnérables de la société colombienne.

(Texte tiré de Le Fil d’AI (mai 2002), AMR 23/047/02, AMR 23/025/02, AMR 23/054/02)

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