À l’automne prochain, le Parti communiste chinois tiendra son 16e Congrès. Ce sera l’heure d’une grand-messe rituelle qui, tous les cinq ans, permet d’officialiser des décisions prises, quelques mois plus tôt, à Pékin et dans la station balnéaire de Beidaihe, par le cercle restreint des plus hauts dirigeants du pays. Au menu : le renouvellement des diverses instances du parti (Bureau politique, Comité central, Secrétariat, Commission militaire, etc.) et le nouveau plan quinquennal qui détaille les options stratégiques du développement économique.
L’heure du grand changement ?
Cette année, le rendez-vous prend un relief particulier. D’abord, parce que la direction du pays sera remaniée en profondeur avec le départ à la retraite non seulement du secrétaire général du parti, Jiang Zemin, mais des trois autres vedettes du Politburo : Li Peng (qui quittera également la présidence du Parlement au printemps suivant), Zhu Rongji (qui abandonnera pareillement la direction du gouvernement) et Li Ruihuan. Une nouvelle génération, faite principalement de sexagénaires, prendra donc la relève au sommet de la hiérarchie communiste. Ensuite, parce que la Chine est à un tournant de sa politique de réformes et affronte des difficultés économiques sans précédent. Elle est désormais plongée dans la restructuration de ses grandes entreprises publiques, laquelle disloque du même coup le système de sécurité sociale que celles-ci assuraient du berceau à la tombe. Le chômage est en hausse vertigineuse et l’adhésion à l’OMC n’arrangera rien, puisqu’elle devrait entraîner au moins vingt millions de pertes d’emploi dans le milieu agricole. Le secteur bancaire traverse une crise de grande ampleur, ses principales institutions étant discréditées par des scandales politico-financiers d’envergure. Le mécontentement populaire, pour sporadique qu’il soit encore, menace de s’étendre si le gouvernement ne réussit pas à garantir le paiement des salaires et allocations en temps utile.
Enfin, parce que l’attribution des Jeux olympiques à la ville de Pékin en 2008, si elle constitue une indéniable consécration pour le régime communiste, fixe aussi une échéance délicate pour les progrès que la communauté internationale peut espérer en termes de démocratisation et de respect des droits de l’homme. La Chine, qui sera scrutée de plus en plus attentivement par les médias du monde entier, voudra donner d’elle-même l’image la plus valorisante : celle d’une nation moderne et prospère, certes, mais aussi celle d’un régime politique en adéquation avec son temps, qu’il s’agisse de protéger l’environnement ou d’édifier un véritable État de droit.
Un partisan de la méthode forte au Tibet part favori
Or, l’équipe dirigeante qui devra relever ces multiples défis au lendemain du 16e Congrès, demeure une énigme pour les observateurs, aussi bien chinois qu’étrangers. Du successeur présumé de Jiang Zemin à la tête du parti et de la République, Hu Jintao, on ne sait, par exemple, pas grand-chose, l’homme ayant peu voyagé à l’étranger et s’étant tout aussi peu exprimé en public. On retient surtout de lui son passage au Tibet, qui coïncida avec la répression des émeutes indépendantistes et l’imposition de la loi martiale à Lhassa en 1989. Mais, à l’époque, M. Hu séjourna davantage à Pékin que dans la capitale tibétaine... Réputé proche de feu Hu Yaobang, sans conteste le plus libéral des chefs que se donna le PC chinois, et de son successeur, Zhao Ziyang, limogé dans la foulée des manifestations de la place Tian’anmen, Hu Jintao passe aussi pour un esprit pragmatique et ouvert, même s’il est sans doute vain d’attendre de lui, comme d’aucune des personnalités qui seront promues lors du congrès, une volonté empressée de démocratiser le régime.
Ce qui préoccupe davantage les observateurs chinois, c’est la carrure des futurs dirigeants et leur aptitude à combattre des fléaux tels que la corruption. Ils sont ainsi unanimes à déplorer le départ de Zhu Rongji, incontestablement le dirigeant le plus populaire et probablement le plus intègre de la Chine d’aujourd’hui. Wen Jiabao, qui devrait prendre le relais comme Premier ministre en mars prochain après avoir été, en toute logique, élevé au Comité permanent du Bureau politique (l’instance suprême du pouvoir) par le Congrès, ne paraît pas avoir le même poids, même si ses compétences ne sont généralement pas mises en cause. Dans l’immédiat, le principal motif de satisfaction réside dans les déboires que semble essuyer le clan Li Peng, étroitement associé à la répression de la place Tian’anmen. Des personnes lésées par une opération frauduleuse dans laquelle est impliqué un des fils de M. Li, ont été officiellement autorisées à protester devant le siège de l’Assemblée populaire nationale alors en session, ce qui suggère que l’ancien Premier Ministre, quoique toujours numéro deux en titre du régime, n’est plus intouchable. Au-delà de son propre effacement lors du Congrès pour limite d’âge, c’est le sort de tous ses protégés qui est devenu incertain. Il pourrait signifier un affaiblissement significatif du courant conservateur que Li Peng incarne au sein du Parti communiste chinois. Attesté, ce serait là un des enseignements majeurs du 16e Congrès.




