« C’était le 2 octobre 2000. Il avait 17 ans. Ce jour-là, dans les villages arabes d’Israël, la grève générale avait été déclarée, et une manifestation était organisée en faveur des Arabes des territoires occupés. Mon fils était dehors, il portait, en signe de solidarité, le t-shirt vert de l’association de jeunes « Seeds of peace », à laquelle il appartenait. Il ne participait pas à la manifestation. La police est entrée dans mon village, deux policiers se sont précipités sur mon fils. Je les ai vus de loin. J’ai crié, j’ai voulu les arrêter. L’un lui a asséné un coup de crosse, l’autre lui a tiré une balle dans le cou. L’ambulance qui l’a transporté à l’hôpital a eu beaucoup de mal à se frayer un chemin entre les barrages et les chars israéliens. Asel est mort, 13 Arabes ont été tués dans les jours qui ont suivi.
Quand il y a une manifestation juive, on ne tire pas sur les manifestants. Contre les Palestiniens, on envoie des tireurs d’élite. Et c’est l’un des aspects les plus humains de la vie que l’on assassine ainsi : la solidarité. Les Palestiniens n’ont pas le droit d’être solidaires.
Aujourd’hui, je me bats pour que justice soit faite. Pour que le gouvernement israélien prenne ses responsabilités face à l’assassinat de ces 13 arabes abattus par sa police. Depuis un an, je subis chaque jour les tracasseries de la justice israélienne et la discrimination.
Quand une mère juive perd son enfant dans un attentat, la télévision la montre en pleurs. C’est un être humain dans la douleur. Quand des Palestiniens sont tués, ils ne sont que des chiffres : « 13 morts… » sans visage, 13 morts sans mères qui pleurent…
Nous avons reçu 4.000 cartes de soutien de membres d’Amnesty International pour Asel… C’est un appui psychologique, mais ce que je vous demande aujourd’hui, c’est de m’aider à obtenir justice pour mon fils et les autres victimes arabes. Je sollicite votre appui concret pour que l’enquête aille jusqu’au bout. Je demande aux organisations de défense des droits humains de prendre la relève si l’enquête en Israël devait être étouffée, et de porter l’affaire devant la justice internationale. J’ai 50 ans. Voilà 30 ans que j’enseigne l’Arabe et la tolérance à mes élèves, à mes enfants aussi. J’ai choisi de consacrer ma vie à former les esprits, plutôt qu’à faire fortune. Aujourd’hui, j’ai l’impression de me trouver à la croisée des chemins : je voudrais préserver ce patrimoine de vie et de tolérance. Mais comment continuer à prêcher la paix et la coexistence à mes élèves quand ils me répondent : « Et Asel, et les autres… » ».
Propos recueillis par Annie Bougault de Benedictis, à l’occasion des « Rencontres en Résistance » du Festival « Voix de Femmes ».





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