La peine de mort est un acte de violence. Elle ôte la vie à un être humain de façon brutale, quel que soit le mode d’exécution choisi. Elle est dangereuse, car elle entretient un climat de violence trouble, et a une influence néfaste sur tous ceux qui en sont les participants.
Effets non désirés
À l’origine des temps, vengeance privée, la peine de mort pâssa progressivement d’un réflexe instinctif à une organisation rationnelle et scientifique de la procédure pénale.
Actuellement, dans certains pays, la mise à mort des condamnés est encore toujours un spectacle. C’est le cas, par exemple, en Arabie saoudite, en Chine. Mais l’effet que l’on attend peut être surprenant. Certaines recherches ont pu prouver que les exécutions pouvaient, provisoirement, entraîner une augmentation du nombre des homicides.
Une analyse a été faite par deux chercheurs, à partir du taux mensuel d’homicides dans l’État de New York entre 1907 et 1963. La conclusion en a été qu’il y avait eu, en moyenne, deux homicides de plus dans le mois qui avait suivi une exécution, ceci étant attribué à l’effet « brutal et violent » des exécutions, effet semblable à celui causé par d’autres événements violents rendus publics, comme les suicides, les massacres et les assassinats [1]
En public
Dix-huit pays au moins, dans le monde, maintiennent les exécutions publiques. Elles ont lieu souvent en présence de milliers de personnes. Parfois, la police doit charger la foule lorsque, excitée par le spectacle, elle rompt tous les barrages. Une exécution en Chine, près de Zengzhou, en septembre 1983, est restée dans les mémoires. Quarante-cinq condamnés devaient être mis à mort. Un témoin oculaire a raconté : « Après l’exécution, les premiers rangs ont rompu le cordon de policiers pour s’approcher des corps, et se sont brusquement arrêtés, saisis d’horreur, une fois parvenus assez près que pour voir les détails. Mais la pression derrière eux était si forte que beaucoup ont été projetés vers l’avant et forcés de piétiner les cadavres. Certains sont même tombés sur eux » (Liu Fong da et John Creger, American Spectator, décembre 1986).
Au Pakistan, après des exécutions devant plus de 10 000 personnes, en février 1988, le quotidien « Dawn » commentait l’événement dans les termes suivants : « Nous pouvons être certains que l’effet déshumanisant de tels spectacles sur l’esprit des gens (…) Nous sommes surpris que les autorités ne pensent pas aux conséquences sociales à long terme que peut avoir l’étalage public de la cruauté (…) De tels châtiments vont donner de l’État une image empreinte de violence »
L’effet sur les participants
Il est bien évident que tous les acteurs d’une exécution, tous les fonctionnaires policiers, procureurs, juges, gardiens de prison, ou encore, les avocats, les experts appelés à témoigner lors du procès, les jurés qui doivent décider du verdict, subissent durant le processus de la condamnation ou de l’exécution d’un prisonnier, une épreuve souvent pénible.
L’exécution peut constituer un trouble profond pour ceux qui ont appris à connaître le condamné ( [2]). Elle affecte également les proches de la victime du crime pour lequel le prisonnier est exécuté.
On prétend parfois que la peine capitale était le seul moyen de compenser les souffrances causées par un meurtre. Mais une exécution ne peut rendre la vie à la victime, ni atténuer la peine ressentie par la famille. Bien souvent, la longueur du procès prolonge l’angoisse des proches de la victime et entrave leur apaisement. Si certaines familles ont assuré que l’exécution du coupable les avait soulagées, d’autres ont déclaré qu’elles ne pensaient pas que la peine capitale doive être infligée ( [3]).
La cruauté de la peine de mort s’étend aussi à la famille et aux amis du condamné. Si l’exécution a lieu en secret, comme au Japon par exemple, il n’y aura pas de dernier adieu. Si l’exécution est annoncée, la douleur sera accentuée par l’humiliation résultant des conditions dégradantes de la mise à mort.
Le droit de tuer
Les répercussions de la peine de mort vont bien au-delà de la mise à mort d’un criminel. Lorsque l’État prend une vie, il envoie un signal disant qu’il y a des situations dans lesquelles le fait de tuer est acceptable, lorsqu’il est prévu par le droit. (…) S’il est bien de tuer un criminel violent, peut-être est-il également acceptable de tuer des opposants politiques, des membres des minorités, des pauvres ou d’autres personnes.
Cette logique est inacceptable dans une société démocratique, en ce sens qu’elle ouvre la porte à l’usage arbitraire du pouvoir comme substitution à la démocratie et à l’État de droit. (La peine de mort hors la loi : Conseil de l’Europe ; octobre 2001)





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