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Paroles

mercredi 10 avril 2002, par Cécile Rolin

Au moment où Milosevic, grand instigateur de la haine contre tout ce qui n’était pas serbe, passe devant ses juges, sans avoir rien perdu de son arrogance, voici le témoignage d’un simple Bosniaque qui, au cœur de la violence, avait conservé miraculeusement la plus essentielle de toutes les vertus, celle qui fit justement toujours défaut à Milosevic : la pitié.

Un prisonnier serbe

On obligeait les prisonniers serbes à tendre les mains devant eux et on les leur attachait avec du fil barbelé. L’incident relaté ici est une des raisons pour lesquelles je suis devenu « déserteur ». Je vins à passer auprès d’un petit homme mal rasé, en uniforme de l’Armée fédérale, qui se tenait accroupi, les mains ainsi ligotées près du canal qui longe la route allant au village de Gavenac, près de Modrica. D’une voix suppliante, il m’appela et me demanda de lui ouvrir la poche supérieure gauche de sa veste. Je m’exécutai et y trouvai la photographie de deux enfants (un garçon et une petite fille plus jeune). Je la glissai entre ses doigts ensanglantés, fis demi-tour et m’enfuis. Au dos de cette photo, il était écrit « Papa, reviens » (Garevac, juin 1992, Bosnie-Herzegovine).

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