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Afrique : les racines du mal

lundi 11 février 2002, par Brian May

Depuis quelques années, un discours remporte un vif succès auprès de nombreux dirigeants africains : partant de l’idée que l’homosexualité est une perversion transmise par les Blancs, elle ne peut donc revendiquer faire partie de la culture africaine. Où donc ce discours trouve-t-il ses racines ? [1]

On ne s’engagera pas trop en disant que l’homosexualité est sûrement une des représentations concrètes de l’idée du « Mal » que se fait Robert Mugabe, Président du Zimbabwe. Comment en serait-t-il autrement sachant ceci : lors de son discours d’ouverture de la foire du livre à Harare en août 1995, hors de lui, il définit les homosexuel(le)s comme « (valant) moins que les porc et les chiens ». Écart de langage ? Bavure linguistique ? On pourrait le croire si d’autres dirigeants, actuels ou anciens, n’avaient pas tenu les mêmes propos. C’est le cas, presque mot pour mot de Sam Nujoma, Président de Namibie. Yahya Jammeh, président de la Gambie, rejoignit le chœur en déclarant sur la très sérieuse chaîne BBC : « Je peux vous déclarer avec certitude qu’il n’y a pas de gays ni de lesbiennes parmi (les) animaux (de mon zoo privé). Ils se conduisent, eux, selon les lois normales de la nature. »

Des paroles aux actes

image 283 x 177En qualifiant les gays et les lesbiennes en Afrique de sous-humains, Mugabe et compagnie ont préparé le terrain aux discriminations que connaissent les homosexuel(le)s tant au sein de leur famille que de la société. L’histoire nous a appris que la déshumanisation facilite les atrocités commises contre les groupes que l’on a choisi de mettre de côté. D’ailleurs, il arrive souvent qu’à la parole discriminante soit associé le geste. Quand le Président de l’Ouganda, Yoweri Museveni mit en garde, devant une assemblée d’étudiants, les gays et les lesbiennes du pays, il le fit en leur faisant comprendre qu’il avait ordonné à sa police secrète d’arrêter ces apôtres de la débauche, ces sapeurs de la morale et de la tradition africaine.

La discrimination ouvre donc la voie à toutes les déportations, à tous les actes de torture et elle installe en même temps un climat d’impunité, puisque la persécution trouve sa justification dans l’État lui-même. Plus de crainte à avoir donc quand on « casse du Pédé ».

Pour être un véritable Africain

Les homosexuel(le)s n’ont jamais eu de chance : sous le colonialisme, être un bon Africain c’était croire en Dieu et donc condamner sans réserve Sodome. Sous les régimes marxistes, le bon citoyen africain devait fuir l’homosexualité, celle-ci étant vue comme une déviation propre à la bourgeoisie, une conséquence de la décadence capitaliste.

Maintenant, en ces temps d’après guerre froide, un retour aux traditions africaines, aux « vraies valeurs », est à l’ordre du jour. Le véritable Africain, c’est celui qui retrouve ses racines, ses coutumes, ses traditions après les grands égarements de ce siècle. Et, comme, bien entendu, l’homosexualité étant quelque chose venant de l’Occident, elle n’a pas sa place en Afrique.

Il y a pourtant quelque chose de vrai dans ce dernier déni. Certes, l’homosexualité a toujours existé dans les sociétés africaines. Mais ce qui ne fait pas partie d’une certaine tradition ou comportement africain c’est la revendication de cette homosexualité comme identité sexuelle définissant l’individu. Selon Peter van den Akker et Bart Luirink [2], en Afrique, la sexualité fonctionne selon des codes bien précis qui ne souffrent pas discussion. L’homosexualité existe,mais on n’en parle pas, on ne lui donne pas de nom. Ce qui est à l’opposé d’une démarche plus occidentale qui, beaucoup plus individualiste, a tendance à donner un nom, à définir les choses. L’homosexualité a, petit à petit, été acceptée en Europe comme une identité sexuelle qu’il faut faire reconnaître et défendre par tous les moyens.

Finalement, ce qui gêne le plus les dirigeants africains cités au début de ce texte, ce n’est pas tant l’homosexualité en tant que telle que le travail qui vise à en faire la promotion. Se battre pour ses droits, comme le fait le GALZ au Zimbabwe voir encadré c’est forcément s’opposer à l’autorité qui les bafoue. Les mouvements africains de défenses des homosexuel(le)s – en étroite collaboration avec les associations de femmes - ouvrent la porte à d’autres mouvements de contestation qui petit à petit mettent à mal les assisses autoritaires et patriarcales sur lesquelles plusieurs gouvernements africains reposent.

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Notes

[1] Cet article a pour source une étude faite par deux militants homosexuels des Pays-Bas, Peter van den Akker et Bart Luirink, basés en Afrique du Sud. Elle a été publiée sur le site Internet « Behind the mask » (www.mask.org.za) hébergé au Zimbabwe

[2] Idem

2 Messages de forum

  • > Afrique : les racines du mal Le 4 septembre 2002 à 10:48

    Cet article a peut-être le mérite de dénoncer la situation des homosexuels en Afrique. J’aurais aimé découvrir dans cet article des preuves que l’homosexualité a existé en Afrique avant l’arrivée des blancs.

    Surtout, une étude précise sur la façon dont l’homosexualité était vécue, les pays où cela s’est passé.

    Le problème aujourd’hui est de prouver, d’attester que cela a existé et dans la tolérance la plus enviable au regard de ce qui se passe aujourd’hui. Un livre comme Eros noir se révèle plein de surprises !

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    • > Afrique : les racines du mal Le 18 mai 2003 à 22:56 , par Daniel

      bonjour
      je suis bisexuel et blanc
      je m’interresse cette question aussi
      je suis a la recherche de documentations et de livres (si possible en français) sur l’homosexualité hier et aujourd’hui en afrique
      avez vous quelques pistes a me proposer ..

      merci
      Daniel

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