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VÉNÉZUÉLA : Les droits humains encore une fois dans la balance

mardi 25 février 2003

Index AI : AMR 53/005/2003

Amnesty International a déclaré ce vendredi 21 février être sérieusement préoccupée par les évènements survenus cette semaine au Vénézuéla - parmi lesquels l’arrestation d’un membre important de l’opposition et la mort de dissidents de l’armée - qui pourraient conduire à une nouvelle dégradation de la situation des droits humains dans le pays », selon l’organisation.

À minuit le mercredi 19 février, Carlos Fernandez, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie Fedecamaras et l’un des dirigeants les plus remarqués de la grève générale à laquelle avait appelé l’opposition, a été arrêté par des policiers en armes dans un restaurant de Caracas et inculpé de « rébellion, trahison, incitation à commettre des actes criminels, conspiration et sabotage ». Selon nos informations, il aurait été autorisé à consulter un avocat et son épouse a pu constater, après lui avoir rendu visite, qu’il n’avait pas subi de mauvais traitements.

D’autres mandats d’arrêt auraient été décernés à l’encontre de plusieurs membres en vue de l’opposition impliqués dans la grève nationale de soixante-trois jours, parmi lesquels Carlos Ortega, chef de la Confédération vénézuélienne des travailleurs (CTV, Confederacion de Trabajadores Venezolanos) qui serait entré en clandestinité et affirme craindre pour sa sécurité s’il était arrêté.

Le gouvernement nie toute ingérence de l’exécutif pour des motifs politiques dans ces arrestations ; cependant quelques jours auparavant, le président Hugo Chavez avait demandé aux juges et procureurs généraux de prendre des mesures contre les organisateurs de la grève. En outre, il a publiquement exprimé sa satisfaction après l’arrestation de ceux qu’il a appelé des «  conspirateurs d’un coup d’État ».

« Le pouvoir judiciaire a un rôle clé à jouer pour empêcher que ces évènements ne déclenchent une crise encore plus importante au niveau des droits humains », a alerté Amnesty International. L’organisation a déclaré que toute action judiciaire à l’encontre des anciens dirigeants de la grève devait se faire indépendamment de toute ingérence politique et dans le strict respect des procédures légales internationales reprises par la Constitution.

Les arrestations sont intervenues quelques jours seulement après la mort de trois soldats dissidents et d’une femme au cours du week-end dernier. Les victimes, dont les corps ligotés et bâillonnés ont été retrouvés au début de cette semaine à Caracas, avaient été tuées par balles. Les corps portaient des traces de torture selon les informations reçues. Les victimes avaient participé à la manifestation anti-Chavez qui avait occupé la Plaza Altamira à Caracas. Le gouvernement a attribué ces morts à des querelles internes tandis que des membres de l’opposition ont déclaré publiquement qu’il s’agissait de motifs politiques.

« Du fait du rôle crucial que peut jouer le pouvoir judiciaire pour atténuer la tension autour de cette affaire, une enquête immédiate, impartiale et approfondie sur ces homicides est nécessaire, a ajouté Amnesty International.

« Des mesures immédiates doivent être prises pour protéger les témoins qui pourraient faire l’objet d’actes d’intimidation du fait de la politisation de cette affaire. »

Un accord contre la violence et pour la paix et la démocratie avait été signé par le gouvernement et l’opposition le 18 février. L’accord, élaboré par César Gaviria, secrétaire général de l’Organisation des États américains (OAS), est un appel à l’élaboration « d’un climat de paix et de calme dans le pays » et un appel au pouvoir législatif pour qu’il établisse une «  commission de la paix » qui serait chargée d’enquêter sur les morts survenues pendant le coup d’État manqué contre le président Hugo Chavez en avril 2002.

Amnesty International a réitéré son appel au gouvernement, à l’opposition et à la communauté internationale, leur demandant de veiller à ce que le respect des principes des droits humains soit au centre de l’agenda de résolution de la crise.

Complément d’information Tout au long de cette année, la polarisation politique au Vénézuéla a menacé de conduire à une violence généralisée. La tension a été particulièrement intense durant les soixante-trois jours qu’a duré la grève nationale, terminée en début de mois et qui avait été lancée par l’opposition dans le but de renverser le président Chavez. Trois personnes ont été tuées au cours d’une manifestation de l’opposition le 6 décembre à Francia Square à Caracas. La grève a paralysé de nombreux secteurs de l’économie et certains analystes prévoient que les chiffres de l’économie vénézuélienne pourraient baisser de 25 p. cent cette année. Le 11 avril 2002, une grève nationale similaire avait conduit à des actes de violence et à la mort de vingt personnes. Cette violence avait à son tour conduit au coup d’État manqué et à la détention provisoire du président Chavez. Le 13 avril, le président est revenu à la tête du pays à la suite des nombreuses protestations nationales et internationales qui s’étaient élevées contre la rupture de l’ordre constitutionnel. Depuis, il y a eu plusieurs tentatives pour une solution négociée. César Gaviria, président de l’Organisation des États américains, est le médiateur actuel dans les pourparlers entre le gouvernement et l’opposition. Pour en savoir plus, veuillez consulter le document AMR 53/001/2003 publié par Amnesty International en janvier 2003 et intitulé Venezuela, a human rights agenda for the current crisis [Vénézuéla. Respecter les droits humains pour sortir de la crise], disponible sur Internet à l’adresse suivante : www.web.amnesty.org/ai.nsf/r...

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