En huit ans, les États-Unis n’ont pas poursuivi une seule personne pour torture
(Washington, DC, le 11 avril 02) ˆ Le gouvernement des États-Unis admet que pas moins de 1.000 tortionnaires présumés ont pu fuir leur pays d‚origine vers les États-Unis pour échapper à la justice. Pas un seul d‚entre eux n‚a été poursuivi alors que la justice américaine a été dotée, il y a huit ans, d‚une législation qui lui permet de poursuivre les faits de torture. Dans un nouveau rapport, intitulé : « Les États-Unis, Œ lieu de refuge ‚ pour les tortionnaires » , Amnesty International critique cette inaction et estime qu‚elle traduit un manque de volonté politique. Ce qui risque de faire des États-Unis un sanctuaire pour ceux qui violent les droits humains dans le monde.
Amnesty International insiste vivement pour que, en vertu de la Convention contre la torture, les tortionnaires présumés qui vivent aux Etats-Unis, ou qui sont gardés en détention par le Service d’immigration et de naturalisation des États-Unis (INS), soient immédiatement poursuivis. Les États-Unis ont ratifié la Convention contre la torture en 1994 et l’ont incorporée dans leur législation.
Les recherches d’Amnesty International confirment qu’au moins 150 tortionnaires présumés vivent aux États-Unis. Aucun d’entre eux n’a été poursuivi pour ses crimes. Les autorités américaines n’ont déféré aucun de ces cas devant la justice, bien qu’ayant été informées de l’identité de beaucoup de suspects et des preuves existant contre eux. Constatant ces défaillances, Amnesty International a conservé les noms de la plupart des suspects pour les empêcher d‚échapper à la justice.
Le rapport cite 13 individus qui sont entrés ou qui vivent aux États-Unis, malgré les allégations selon lesquelles ils ont commis des actes de torture et d’autres violations des droits humains à Cuba, en Somalie, au Guatemala, en Éthiopie, au Salvador, en Bosnie-Herzégovine, à Haïti, au Honduras et au Chili.
« Au cours des huit dernières années, malgré la présence d’au moins 150 tortionnaires présumés aux États-Unis, le gouvernement américain n’a pas poursuivi un seul individu pour torture, choisissant plutôt d’ignorer, de déplacer ou d’étouffer le problème », a déclaré William F. Schulz, directeur exécutif d’Amnesty International USA.
« Ceux qui ont torturé et commis des assassinats dans d’autres pays ne devraient pas pouvoir échapper à la justice, et vivre aux Etats-Unis sans crainte d’être arrêtés ou poursuivis », a-t-il ajouté. « Le gouvernement américain est partisan de mettre les gens en prison, comme cela a été prouvé par la mise en détention de quelque 1.200 individus après les attentats du 11 septembre, la grande majorité de ces individus ayant été inculpés pour de simples problèmes de visa. Quelle ironie, alors, de refuser d‚agir contre au moins 150 personnes vivant dans ce pays pour lesquels il existe de bonnes raisons de croire qu’elles sont responsables de crimes beaucoup plus graves ».
La couverture du rapport montre le major d’armée péruvien Tomas Ricardo Anderson Kohatsu, qui est accusé d’avoir torturé deux femmes, officiers de renseignement, en 1997, en les violant, en les battant, et en les soumettant à des chocs électriques. Alors qu’il se trouvait aux États-Unis en mars 2000, Kohatsu a été interrogé par le Département de la Justice concernant les allégations de torture qui pesaient sur lui, mais il a été autorisé à retourner au Pérou après une intervention du Département d’État pour empêcher son arrestation.
« Nous ne devons pas fermer la porte à ceux qui fuient la torture et l’oppression mais, par contre, nous devons arrêter et poursuivre ceux qui ont perpétré ou ordonné la torture, le viol et le meurtre », a encore ajouté le représentant d‚Amnesty International USA. « Les États-Unis doivent remplir leurs obligations légales et dire clairement que nous ne sommes pas un lieu de refuge pour les tortionnaires », a-t-il conclu.
Amnesty International a appelé l’administration Bush à prendre l’engagement de poursuivre les tortionnaires et ceux qui, vivant ou venant aux Etats-Unis, portent atteinte aux droits humains. Des fonds devraient être consacrés à la création d‚un bureau, au sein du Département de la Justice, chargé d’émettre un rapport annuel sur les progrès réalisés.
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