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TRAITE DES ÊTRES HUMAINS ET COUPE DU MONDE - Carton rouge à la traite des êtres humains pendant la Coupe du monde

mercredi 26 avril 2006

Index AI : ACT 77/008/2006

DÉCLARATION PUBLIQUE

Amnesty International craint une augmentation de la traite des femmes et des jeunes filles à des fins d’exploitation sexuelle pendant la Coupe du monde de la FIFA en Allemagne cet été. L’organisation appelle les institutions et gouvernements européens à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher que cela ne se produise.

Entre le 9 juin et le 9 juillet 2006, la Coupe du monde de football masculin se déroulera en Allemagne. On s’attend à ce que les douze villes dans lesquelles auront lieu des matches (Berlin, Cologne, Dortmund, Francfort, Gelsenkirchen, Hambourg, Hanovre, Kaiserslautern, Leipzig, Munich, Nuremberg et Stuttgart) soient le théâtre d’une grande affluence ; un million d’hommes, peut-être plus, vont se rendre en Allemagne et les villes allemandes hôtes vont faire face à une croissance du commerce du sexe. Il y a des craintes que cela ne conduise à une augmentation de la traite des femmes et des jeunes filles à des fins d’exploitation sexuelle en Allemagne au cours de cette période. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a exprimé son inquiétude face à la possibilité de voir entre 30 000 et 60 000 femmes et jeunes filles faire l’objet de traite à des fins d’exploitation sexuelle pendant la Coupe du monde.

La traite des êtres humains constitue une violation des droits fondamentaux de la personne, notamment du droit à la dignité et au respect de son intégrité physique et mentale, du droit de circuler librement, du droit de ne pas être soumis à la torture et même dans certains cas, du droit à la vie. Les gouvernements doivent veiller à la protection et au respect des droits des personnes victimes de la traite - notamment les femmes et les enfants contraints à la prostitution.

En conséquence, afin de prévenir la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle et pour que les victimes de la traite des êtres humains obtiennent toute l’aide dont elles ont besoin,

Amnesty International appelle :

- la Commission européenne, conformément à la résolution du parlement européen du 15 mars sur la prostitution forcée dans le contexte d’évènements sportifs, à lancer une campagne d’information à l’échelle européenne, visant à « informer et éduquer le grand public, en particulier les sportifs, les admirateurs et les supporters, sur la problématique et la portée de la prostitution forcée et de la traite dees êtres humains, mais surtout - et c’est là l’aspect le plus important - à réduire la demande en sensibilisant les clients potentiels » ;

- la Commission européenne, conformément à la résolution du parlement européen du 15 mars sur la prostitution forcée dans le cadre d’évènements sportifs, à « lancer une campagne de prévention s’adressant aux victimes potentielles, les informant sur les risques et les dangers de se retrouver prises au piège dans les réseaux de traite des êtres humains et, par conséquent, de devenir des victimes de la prostitution forcée et de l’exploitation sexuelle, et les informant également de leurs droits et de la façon dont elles peuvent obtenir de l’aide dans les pays de destination » ;

- la communauté européenne à signer et ratifier la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains ;

- l’Union européenne à veiller à ce que toutes les mesures existantes et toutes celles à venir concernant la traite des êtres humains offrent au minimum la même protection ou, si possible, une protection plus forte que celle établie par les normes minimales de la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains.

Amnesty International appelle :

- les autorités allemandes à prêter attention à toutes les formes et lieux possibles de traite des femmes et des jeunes filles présentes durant la Coupe du monde ; l’organisation leur demande plus particulièrement de surveiller les installations mobiles abritant des travailleurs du sexe, y compris des victimes potentielles de la traite d’êtres humains, aux abords des stades pendant et après les matches et d’arrêter et de poursuivre les personnes soupçonnées de se livrer à la traite d’êtres humains ;

- les autorités allemandes à se préparer à faire face à l’augmentation attendue de la traite d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle en accordant un soutien supplémentaire aux organisations concernées, comme les ONG offrant une ligne d’assistance téléphonique aux victimes de la traite ou un hébergement aux femmes victimes de la traite, ainsi qu’aux organisations gouvernementales et non gouvernementales menant des campagnes d’informations pour sensibiliser l’opinion publique allemande au problème ;

- les autorités allemandes à ne pas rapatrier les femmes victimes de la traite d’êtres humains avant de leur avoir fourni une aide médicale, psychologique et légale substantielle. Cette aide ne devrait pas être accordée sous condition de coopération avec les autorités pour poursuivre les trafiquants ;

- les autorités allemandes à autoriser les victimes à rester en Allemagne pendant un délai de réflexion et de rétablissement d’au moins trente jours, conformément à ce que prévoit la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains ;

- la Fédération allemande de football à poursuivre son soutien à la campagne nationale Coup de sifflet final - Halte à la prostitution forcée et à user de son influence pour dénoncer la traite des êtres humains et l’exploitation de travailleuses du sexe de toutes les manières possibles.

Amnesty International appelle :

- tous les États susceptibles d’être l’un des pays d’origine des femmes victimes de la traite pendant la Coupe du monde à lancer une campagne de sensibilisation aux risques encourus en cas de séjour illégal en Allemagne durant cette période et à soutenir les ONG nationales offrant conseils et soutien pratique aux femmes victimes ou susceptibles de devenir victimes de la traite d’êtres humains ;

- tous les États comptant des fans de football résolus à se rendre en Allemagne à sensibiliser leurs ressortissants au fait que de nombreuses travailleuses du sexe présentes en Allemagne durant la Coupe du monde pourraient être des victimes de la traite d’êtres humains ;

- tous les gouvernements européens à faire en sorte que des informations fiables concernant les possibilités d’immigration légale et sûre ainsi que les méthodes employées par les trafiquants soient disponibles à tout moment, en particulier au cours des mois et des semaines précédant la Coupe du monde ;

- tous les États membres du Conseil de l’Europe à prendre les mesures nécessaires en vue de la ratification de la Convention sur la lutte contre la traite des êtres humains, et invite la communauté européenne à adhérer à cette même Convention sans plus attendre. À ce jour, 25 des 46 États membres du Conseil de l’Europe ont signé la Convention ; celle-ci entrera en vigueur lorsque dix États l’auront ratifiée ou y auront adhéré.

Amnesty International appelle :

- l’organisme international de contrôle du football, la FIFA, à suivre les recommandations de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et à « prendre ses responsabilités quant à la condamnation de l’exploitation des femmes, parfois corollaire déplorable de l’organisation d’événements sportifs, et donc [à] dénoncer tout agissement qui porte atteinte aux droits de la personne humaine  ».

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6 Messages de forum

  • Je suis étonné positivement par le ton et les termes employés dans cet appel , où l’éternel amalgame « prostitution - traite des êtres humains » a été parfaitement évité. Cependant, je vois mal comment les autorités allemandes/européennes et des pays d’origine pourront éviter à la prostitution forcée d’être exercée à grande échelle lors de cet évènement. Le rassemblement de milliers d’hommes produira inévitablement la chasse au sexe et les exutoires qui s’ensuivent.Ce n’est effectivement qu’à long terme ( en faisant respecter la vraie égalité homme/femme, donc en éduquant les masses populaires ou non, donc en créant les environnements équilibrés propices à cet épanouissement,donc en freinant ou mieux , supprimant la course au profit à tout prix ) que nous pourrions arriver à un vrai respect des prostitué(e)s par leurs client(e)s potentiel(le)s.

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    • Votre réponse appelle me semble-t-il plusieurs remarques. Vous semblez tout d’abord être étonné, voire soulagé (« étonné positivement ») que la prostitution et la traite des êtres humains ne soient pas « amalgamés ». Pour le coup, votre réaction est surprenante. Non, il ne s’agit pas d’une « éternelle » rengaine mise régulièrement à l’ordre du jour. Au regard de l’histoire, c’est récemment que la prostitution est jugée comme une traite d’êtres humains ou, pour utiliser un autre vocable non simplificateur, un esclavage. Et à ce titre, il n’est pas non plus question d’amalgame comme s’il s’agissait d’un mélange abusif et de confusion. Vous parlez précisément de prostitution forcée, et bien, qu’est-ce que l’esclavage sinon la privation de la liberté, la privation des droits, l’usage de la force, l’enfermement, l’humiliation et, en un mot pour ce qui concerne le débat, la prostitution (1).

      Vous abordez, après avoir ignoré pudiquement le rôle d’un tel « rassemblement de milliers d’hommes » (en rut ? - non, en fait il s’agit uniquement de la guerre par foot interposé, médiatiquement programmée) la manière d’éviter la « chasse au sexe » et vous parlez à ce sujet de « vraie égalité homme/femme » et d’éducation des « masses », point de vue que je partage tout à fait, de même lorsque vous parlez de supprimer la « course au profit à tout prix ». Mais votre dernière remarque balaie d’un geste la précédente : « le vrai respect des prostitué(e)s par leurs client(e)s potentiel(le)s ». Comment pouvez-vous parler de vrai respect des esclaves ? Non, il s’agit de combattre l’esclavagisme, nuance ! En admettant ce que vous dites, on accepte tacitement l’usage marchand du corps de la femme et on est d’accord pour évacuer le problème moral en conférant légitimement à la femme prostituée le statut de « travailleuse du sexe », avec droits comme tout salarié (ici, aujourd’hui...etc.) en bénéficie.

      On ne peut accepter l’idée d’un « authentique métier » (2), d’une reconnaissance de celui-ci, comme du respect du travail bien fait par des professionnelles.
      La réalité, c’est des jeunes filles violées, séquestrées, violentées, dépersonnalisées. Pour tenter de changer le rapport de domination et d’exploitation masculine (3) , le refus de l’exploitation des femmes - de la prostitution à la publicité, semble être la seule alternative pour que hommes et femmes travaillent à leur émancipation et liberté communes.

      (1) Voir le témoignage d’une jeune moldave de 21 ans, même site, « Kosovo, KFOR et prostitution... »

      (2) « Ni coupables ni victimes : libres de se prostituer » par Marcela Yacub, Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet, Le Monde du 9 janvier 2003.

      (3) Lire à ce sujet « La domination masculine » de Pierre Bourdieu, Le Seuil, 1998.

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    • j’espére ne pas comprendre la finalité du propos de Jean ; en effet la vrai éqalité hommes femmes ne se limitent pas « au vrai respect des prostitué(e)s par leurs client(e)s » mais bien au refus de la prostitution ,à cette banalisation de la consommation du corps de l’autre. je considère que le traffic internationnal d’etre humain ne doit pas occulter la prostitution « traditionnelle » , « nationnale » et contrairement aux représentations , la question du choix me parait bien flou. Je conseille à tous de lire les ouvrages de Claudine Legardinier (journaliste) et de Richard Poulain (sociologue). C’est trés instructif . Et oui, on apprend que l’immense majorité des traditionnelles ont été victimes lors de l’enfance d’abus sexuels, d’inceste ,de maltraitance, sans parler des injonctions parentales « tu n’es qu’une pute, tu n’es rien » . d’ailleurs personne ne s’interroge sur l’age moyen d’entrée dans la prostitution dans les pays occidentaux , 14 ans . Tout va bien.

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    • C’est bien connu : le foot attire le fric ; le fric, la fripouille et les autorités ferment les yeux : ces gens -là rapportent du fric et sont de bons indics ; pourquoi se priver ? C’est indigne et abject.
      Machen Sie bitte die Augen gross auf und erlauben Sie solche Taten bitte nicht !Es ist nicht würdig.

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  • profondémment choqué, et écoeuré par ce milieu, et la validation par un organisme et une compétition officielle de cet odieux traffic. Une bonne bière, un match et ensuite une pipe dans un bordel allemand, c’est vraiment déguelasse, et je regrette vivement que les « journalistes », ou plutôt les pseudo-stars de la télé n’en informent pas plus les spectateurs de manière franche. ce sont des pauvres filles de l’Est ou d’Asie qui vont encore trinquer pendant que les mafias albanaises, russes et autres s’en mettent plein les poches. Mais si en plus le gouvernement allemand valide çà !!!

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  • À priori je n’ai rien contre la prostitution tant qu’elle est exercée par des personnes qui sont volontaires à le faire, qu’elles sont rénumérées et en sécurité.
    Mais j’ai des frissons dans le dos à l’idée que des jeunes femmes et jeunes filles soient enlevées, bernées et forcées de se livrer à tous ces abuseurs sans conscience, sans respect et sans pitié. Autant ceux qui en font le marché que ceux qui en profitent.
    Hélas les ramifications sont étendues à l’échelle planétaire. Les systèmes sont corompus. Le réseau est puissant.
    Que peut-on faire, je me le demande. Informer ne suffira pas, ça prend des mesures draconiennes de la part des gouvernements. Il faudrait aussi que tous ces hommes en manque de sensations fortes se responsabilisent et considère que toute femme est un être humain qui a des droits et non une poupée gonflable dont on se sert à outrance et dont on se débarrasse lorsqu’elle est trop mal en point.
    Il faut que les autorités s’unissent pour contrer ce marché de la plus haute indécence.
    Liligou /Canada

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