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BELGIQUE - Nouveau plan intégré contre la violence conjugale : passer enfin de la parole aux actes ?

lundi 6 mars 2006

Le 8 février 2006, une conférence interministérielle rassemblant des représentants des différentes entités fédérées a accouché d’un « Plan d’action national commun au Fédéral, aux Communautés et aux Régions » ainsi que d’une définition commune de la violence dans le couple.

La Belgique s’était dotée d’un nouveau [1] Plan d’action national contre la violence conjugale en mars 2004 et des objectifs ambitieux y figuraient. Amnesty International et de nombreuses organisations de la société civile notaient cependant dès juin 2005 que très peu d’objectifs de ce plan avaient ne serait-ce que commencé à être mis en œuvre et proposaient des priorités d’actions aux différents niveaux de pouvoir dans notre pays.

Amnesty International se félicite de voir que nos différentes autorités sont enfin parvenues à un accord sur la définition de la violence conjugale, accord qui permettra, espère l’organisation, de mieux cerner statistiquement ce phénomène et d’y apporter des réponses plus adaptées.

C’est en effet un problème central depuis des années : bien que la violence conjugale soit un phénomène impossible à chiffrer de façon exhaustive, la Belgique accuse un retard certain par rapport à d’autres pays européens et ne dispose pas de chiffres fiables permettant d’analyser plus finement le phénomène. Cette définition commune devrait faciliter la collecte d’informations auprès de différentes sources : police, parquets, services d’urgence des hôpitaux.

Cependant, si le plan prévoit bien une sensibilisation de la police et des parquets à cette nouvelle méthodologie d’enregistrement des données, ainsi qu’une expérience-test dans les hôpitaux, on y lit par ailleurs que cet objectif de collecte des données pourrait prendre encore... cinq ans.

« Il est vraiment urgent de disposer de données plus fines concernant ce phénomène qui touche, selon le dernier sondage que nous avons réalisé [2], près d’un ménage sur trois », estime Amnesty International. « Un meilleur enregistrement des données permettrait aussi un meilleur suivi des dossiers au niveau des parquets et des juges », rajoute l’organisation.

En matière de sensibilisation, les autorités belges prévoient toute une série d’actions, qui vont de la rediffusion de dépliants jusqu’à une campagne gouvernementale de sensibilisation aux violences conjugales, en tout cas du côté de la Communauté Française. Ces propositions rejoignent des propositions d’Amnesty International et de nombreuses organisations, qui regrettaient l’absence de campagnes d’envergure et surtout inscrites dans la durée. «  On regrettera néanmoins que cette campagne de la Communauté Française soit prévue pour 2006 uniquement et que des moyens aussi limités lui soient accordés . Espérons en tout cas que toutes les actions lancées seront coordonnées entre elles », ajoute-t-elle. « La lutte contre la violence conjugale requiert une action à long terme, qui vise le changement des mentalités et des comportements ; il faut investir la même énergie dans ces campagnes que celle que l’on a mise dans les campagnes contre l’alcool au volant. Nous avons besoin de “Bob” contre la violence partout ! »

De nombreuses mesures touchant le monde de la Justice sont proposées dans le plan. « Une circulaire de la ministre de la Justice et du collège des Procureurs généraux existe déjà, rappelle Amnesty International. Nous attendons avec impatience que son contenu soit rendu public car elle devrait proposer à tous les arrondissements judiciaires du royaume de mettre en place des politiques dans l’esprit de ce qui a été réalisé ces derniers temps à Liège et à Anvers. »

La formation des magistrats [3] et des personnels des maisons de justice est également à l’ordre du jour. « La ministre de la Justice va également se pencher sur une évaluation de la protection des victimes et de leur entourage. C’est important, en effet, estime l’organisation de défense des droits humains : la mesure d’éloignement de l’auteur du domicile conjugal, pourtant prévue par la loi, semble difficile à mettre en œuvre dans beaucoup de zones de police. Il est d’ailleurs significatif que trois propositions de loi sur ce sujet figurent à l’agenda du Parlement. »

Les policiers font enfin l’objet d’une attention spécifique : des formations, tant de base que barémiques, sont prévues et n’attendraient plus que des arrêtés royaux ou ministériels pour être enfin concrétisées. « C’était là une des revendications majeures des acteurs du terrain, rappelle Amnesty International ; des contacts que nous avons eus avec des commissaires, il ressort que la violence conjugale représente jusqu’à 30 % des motifs d’intervention de certaines polices zonales. »

De manière générale, il faut constater le rôle central dévolu à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. Ce dernier est chargé, tout au long du document, de centraliser un grand nombre d’informations. Le fait qu’il est désormais doté d’une personnalité juridique va lui permettre d’ester en justice, même si le plan reste flou sur ce que cela signifiera concrètement en matière de violences conjugales. Pour Amnesty International, «  bien qu’une cellule de l’Institut traite spécifiquement de la violence conjugale , il serait tout de même important que cette dernière figure explicitement dans son plan stratégique, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui . Plusieurs partenaires que nous avons consultés se demandent aussi si l’Institut dispose des ressources suffisantes pour faire face à toutes les missions qui lui sont confiées... ».

«  Ce plan constitue certainement un pas en avant , constate Amnesty International, ne fut-ce que parce que les différents partenaires ont pu apporter leurs pièces au puzzle. Mais il s’agit aussi d’un patchwork de mesures dont certaines étaient prévues de longue date et dont on espère que leur mise en œuvre se fera cette fois-ci plus rapidement . Ensuite, une des revendications majeures des associations - à savoir une véritable ligne téléphonique d’aide aux femmes victimes - n’est pas rencontrée. Le plan est très faible également dans la définition des objectifs à atteindre, et surtout des méthodes d’évaluation, notamment en ce qui concerne la prévention. Il est triste de constater que cellesci se résument souvent au nombre de brochures distribuées, et non pas aux changements de comportement ou d’opinion attendus. Il sera difficile pour l’Institut, souvent chargé de cette évaluation, de réaliser un travail de qualité sur base d’indicateurs aussi pauvres. Enfin, le plan reste souvent flou quant aux budgets, et certains d’entre eux, pourtant urgents, comme ceux relatifs au soutien des victimes, sont reportés en Wallonie à 2007. »

Amnesty ne peut donc conclure qu’en exprimant des sentiments mitigés. « Si l’on ne peut que se féliciter de voir que les choses bougent enfin et que les différents acteurs sensés intervenir en la matière vont enfin être réunis autour d’une même table, il est malgré tout difficile de ne pas en retirer l’impression d’un long alignement de mesures disparates et qui manquent parfois de souffle », conclut l’organisation.

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Notes

[1] Un premier plan avait été élaboré en 2001, couvrant la période 2001-2003.

[2] Sondage (non publié) réalisé pour Amnesty International Belgique francophone par IPSOS, auprès d’un échantillon représentatif de 404 personnes, entre le 16 décembre 2005 et le 6 janvier 2006.

[3] Une enquête de l’ULB en 2002 signalait que « cette loi [la loi relative à la violence conjugale] n’a pas modifié la politique criminelle en la matière, ni l’attitude des polices et des parquets à l’égard de cette problématique. (...) Aucun des magistrats du parquet interrogé n’a utilisé les nouveaux pouvoirs conférés par la loi du 24 novembre 1997. » Voir La politique judiciaire en matière de violence au sein du couple, Étude de Nathalie Kumps et Gert Van Beek (KUL & ULB).

4 Messages de forum

  • Il serait peut-être utile de connaître cette définition, gouvernementale, des violences conjugales.
    Je me demande si ces nouvelles dispositions vont orienter notre campagne dans notre pays ?

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  • Je pense qu’il serait grand temps de changer les lois en Belgique.
    N’ouliez pas la fameuse loi que quand vous quittez le domicile conjugal, vous êtes fautif et que vous devez emportez vos biens ( PAS DE VOL ENTRE EPOUX ) !

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  • A ce jour, je n’ai toujours pas obtenu de réponse concernant l’harcèlement, les menaces, l’humiliation ect... dont beaucoup de femmes sont victimes de la part de leur mari !
    J’ai eu le courage de le quitter après 17 ans de mariage
    Quand je fais le bilan maintenant, 2 ans après m’être enfuie, je suis écoeurée et même dégoutée de la justice en Belgique
    Rien n’a été respecté, ni jugement du juge, ni plis de huissier.
    La justice à laissé Monsieur bien tranquille et ce dernier à revendu tout mes biens ( meubles, piano chaise roulante ect.... )
    Je n’ai même pas récupéré une cuillère de mon ménage !
    Par contre, on ne me rate pas pour les dettes !
    Monsieur, lui vit bien à l’aise chez sa maitresse, s’est rendu insolvable ( la justice lui a bien laissé le temps pour ça) et moi je peux me débrouiller toute seule en ayant bien grassement payé avocat et huissier !!!!!
    Je suis handicapée et personne ne m’a aidé !
    J’ai un contrat de mariage séparation de biens qu’on m’a dit d’encadrer car cela n’a pas de valeur ??????????
    Alors, en ce qui concernce l’aide aux victimes, excusez-moi mais c’est un leurre !!!!!
    Tout ce que je reçois comme réponse, c’est :
    C’est la loi Madame, vous me devez autant !!!!!!!!!!!!!!

    Merci la justice ! Ma confiance est maintenant nulle car c’est la loi du plus fort et des truands qui règnent en Belgique !

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    • Alors ça, c’est tout simplement ridicule et dégoutant !!! Imaginez qu’une femme soit juste en train de se faire tabasser par son mari, et qu’elle ait tout juste assez de force pour se libérer de son emprise et s’enfuir de la maison, elle sera tout de même fautive ? Fautive pour avoir sauvée sa vie ? Ou pour avoir empêcher l’homme de se servir d’elle comme d’un punshing-ball et de se défouler dessus ? Mais qu’est-ce que c’est que ces stupidités ?!?
      Vous insinuez que la femme doit d’abbord attendre de se faire tuer pour être certaine d’avoir gain de cause ? De toute façon, ça a toujours été comme ça ! Quand une agression à lieu, la police arrive toujours quand tout est fini et nous dit après « désolé madame, vous n’avez aucune blessure sérieuse, rentrez chez vous et oubliez ça » alors autant dire « ah, vous n’êtes pas à l’agonie ou morte, alors ne nous dérangez plus ! » Et je sais de quoi je parle ! J’ai été violée a l’âge de 18 ans, et la police n’a absolument rien fait excepté de me dire « mais enfin mademoiselle, il fallait le repousser ! » Mais comment voulez-vous qu’une gamine de 18 ans fasse contre un mec de 25 ? J’étais toute seule contre lui ! C’est tellement facile de dire « oui mais, vous auriez dû... » On a moins de force que l’homme et c’est pour ça qu’ils en profitent !! J’ai vu récemment un film basé sur une histoire vraie à propos d’une famille pourtant heureuse qui se trouve menacé par le nouveau mari de la mère, il la frappait régulièrement, et quand elle est partie du domicile conjugal pour aller porter plainte, la police lui a dit de retourner avec cet homme car il est le père de son enfant... En gros, elle devait se faire tuer juste parce que l’homme, c’est lui ! Jusqu’au jour où il finisse par la tuer avec un marteau, fesant de sa propre fille de 3 ans une orpheline car il s’est tué lui aussi pour ne pas avoir à aller en prison. Et les deux premières filles de la femme se retrouvaient dépressives chroniques a cause de cette trajédie. C’est une histoire vraie et ça arrive encore partout dans ce monde de fous !! Tout ça parce que la police refuse de se mettre en danger. Je pense même que « Les forces de l’ordre » comme ils se nomment avec beaucoup d’arrogance, ont en réalité, peur de se faire attaquer eux aussi par ces hordures ! JE TROUVE CA VRAIMENT REVOLTANT ET CRUEL !!! C’EST INJUSTE !!! POURQUOI LES FEMMES DOIVENT TOUJOURS SUBIR LES LUBIES DES HOMMES ??? ET POURQUOI IL Y A SI PEU DE CHOSES FAITES CONTRE CA ??? Je me demande parfois si le vote et les choix de la femme sont réellement valables parce que personne ne les écoute ! La femme est secondaire et n’éxiste que pour servir les hommes et accepter tout ce qu’ils nous font endurer sans broncher ! C’EST UNE HONTE !!

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