Index AI : AMR 01/011/2003 ÉFAI
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Rio de Janeiro — Les persécutions dont sont victimes les défenseurs des droits humains sur le continent américain atteignent des proportions critiques. C’est aux Amériques que le nombre de militants des droits humains tués est le plus élevé au monde, a déclaré Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International.
Depuis le Brésil où elle effectue sa première visite, Irene Khan a lancé un nouveau rapport publié par Amnesty International sur les défenseurs des droits humains aux Amériques et leur rôle primordial. Ce rapport recense les homicides, les actes de torture, les « disparitions », les détentions arbitraires, les inculpations pénales fallacieuses, les menaces et les mesures de surveillance dont sont victimes les militants des droits humains en Amérique Latine, dans les Caraïbes, aux États-Unis et au Canada.
Au Brésil, ainsi que sur le reste du continent, les défenseurs des droits humains sont exposés à un danger croissant. Souvent disqualifiés par les autorités et une partie des médias comme étant de simples « défenseurs de criminels », les militants des droits fondamentaux - tels que ceux qui luttent pour leurs terres, les journalistes, les avocats, les dirigeants indigènes et les proches des victimes d’atteintes aux droits humains - doivent faire face à des mesures d’intimidation et à des menaces, parfois même à des exécutions extrajudiciaires. L’impunité prévaut dans la plupart de ces affaires et les gouvernements n’accordent que peu d’attention - voire aucune - aux informations faisant état de violences perpétrées contre des défenseurs des droits humains.
« Un grand décalage subsiste entre les discours et les actes des gouvernements : dans les forums internationaux, ils ont ouvert la voie à l’élaboration de traités juridiques destinés à protéger les défenseurs des droits humains ; pourtant, ces mêmes principes ne sont pas mis en œuvre dans leurs propres pays », a déploré Irene Khan.
Depuis août 2002, pas moins de 15 défenseurs des droits humains et nombre de syndicalistes ont trouvé la mort en Colombie. Au Guatémala, 18 militants, dont l’un a eu la langue et les oreilles arrachées, ont été tués entre 2000 et 2003. Au Honduras, plusieurs défenseurs de l’environnement et un avocat spécialiste des droits humains ont été assassinés entre 2001 et 2003.
Dans de nombreux pays comme l’Argentine, le Paraguay, Haïti, la Bolivie, le Canada et les États-Unis, le recours aveugle et excessif à la force lors de manifestations a débouché sur un grand nombre d’homicides, de blessés, de placements en détention et d’allégations de torture, toutes violences perpétrées contre ceux qui exerçaient leur droit à la liberté de réunion pacifique.
Au cours des deux dernières années, particulièrement à Cuba, au Guatémala et en Colombie, on a assisté à une multiplication alarmante des inculpations pénales fallacieuses mettant en jeu des militants des droits humains, notamment des journalistes, et des plaintes pour diffamation ou d’autres formes de desacato (outrage à l’autorité). La surveillance, les incursions dans les locaux des organisations non gouvernementales (ONG) et le vol d’informations importantes se sont généralisés et sont devenus monnaie courante.
« Les défenseurs des droits humains sont une composante essentielle d’une société civile libre, a indiqué Irene Khan.
« Le manque de confiance de la population dans les institutions officielles, les déficiences et l’inefficacité des institutions judiciaires et politiques, la corruption et l’impunité ont conduit les défenseurs des droits humains aux premières lignes de la lutte visant à s’assurer que les États s’acquittent de leurs devoirs et respectent les libertés fondamentales. »
D’autre part, sur le continent américain - en Équateur et au Guatémala notamment -, les militants des droits humains qui tentent de faire le point sur la relation entre droits fondamentaux et politiques proposées en matière de zones de libre-échange, d’investissement et de commerce, font de plus en plus l’objet d’agressions et de mesures d’intimidation.
« On ne peut assimiler le fait de critiquer les gouvernements à une menace pour les États. Dénoncer les politiques commerciales et les sociétés du secteur privé ne peut pas être considéré comme un péril pour les intérêts économiques nationaux, tout particulièrement dans des pays où les défenseurs des droits humains sont des éléments essentiels d’une société dynamique en pleine mutation », a souligné Irene Khan.
La plupart des enquêtes sur des infractions commises contre des défenseurs des droits humains sont menées dans le plus grand secret, avec force contradictions et irrégularités, les auteurs cherchant à effacer toute trace de leurs crimes et à égarer la justice. Le plus souvent, les allégations n’étant pas prises au sérieux, aucune enquête judiciaire n’est ouverte. Si des progrès ont été réalisés dans un petit nombre d’affaires, c’est principalement grâce à la pression exercée par la communauté internationale.
Cinq ans se sont écoulés depuis l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme, ensemble de principes élaboré afin de veiller à ce que les États garantissent les droits de ceux qui défendent les droits humains.
« Les gouvernements des Amériques doivent relever le défi qui consiste à transformer les beaux discours sur les droits humains en véritables engagements. Il leur faut inscrire parmi les priorités en matière de droits humains, au niveau tant national que régional, la protection de ces défenseurs », a affirmé Irene Khan.
Dans son rapport, Amnesty International invite tous les gouvernements des Amériques à élaborer un projet visant à mettre en œuvre les principes de la déclaration des Nations unies. Ce projet doit prendre en considération les recommandations émanant des organisations locales et nationales de défense des droits humains, ainsi que celles des organismes internationaux.
Le Brésil est le premier pays de la région à développer un Projet de coordination nationale pour la protection des défenseurs des droits humains. Celui-ci facilitera la création de commissions dans les États où l’insécurité de ces militants est à son comble.
« Les problèmes structurels et le manque de ressources risquent de faire obstacle à la poursuite des améliorations en matière de sécurité des militants des droits fondamentaux. Cependant, c’est en fait l’absence de volonté politique des gouvernements qui permet que les violences touchant ces militants se perpétuent et que l’impunité règne pour ces agissements », a conclu Irene Khan.
Complément d’information
Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International, se trouve au Brésil pour une mission de huit jours, au cours de laquelle elle se rendra à São Paulo, Rio de Janeiro et Brasilia, en vue de rencontrer les autorités gouvernementales, des représentants de la société civile et des victimes d’atteintes aux droits humains. Elle cherchera à établir un dialogue avec les autorités sur la situation des droits humains dans le pays et le rôle du gouvernement sur la scène internationale l
Pour consulter la version intégrale, en anglais, du rapport intitulé Essential actors of our time : Human Rights defenders in the Americas. (Index AI : AMR 01/009/2003), novembre 2003, cliquez sur : http://web.amnesty.org/library/inde...




