Public-health crisis after the election violence in Kenya
by Charles O Obonyo, Dickens S A Omondi, Pauline N Mwinzi in The Lancet vol 371, 19 april 2008
Depuis les troubles survenus secondairement aux élections du 27 décembre 2007 au Kenya, on note de grave dysfonctionnement dans l’organisation des soins de santé.
Beaucoup de professionnels de santé on été déplacés et ceux qui sont restés n’osent sortir de chez eux vu le climat d’insécurité. Certains médecins craignent des attaques pour raison ethnique de la part de leurs patients. Difficile pour eux de respecter le devoir de tout médecin de soigner toute personne dans le besoin quel que soit ses croyances ou origines ethniques.
Environ 30% des infrastructures de santé du pays ne sont plus fonctionnelles. Il existe par ailleurs un problème d’approvisionnement en matériel médical et médicaments. De nombreux patients décèdent donc suite à des problèmes de santé qui seraient en condition normale facilement guérissables. Diverses organisations humanitaires sont apparues sur le terrain mais leur travail n’est pas efficient, vu les problèmes de coordination.
Un demi millions de Kenyans ont dû bouger dans le pays, d’autres encore ont passé les frontières. Les conditions de vie dans les camps de réfugiés sont déplorables. La population n’a plus accès aux soins de santé de première ligne. Un besoin urgent de soutien psychologique se fait sentir. Les morgues sont saturées, et les corps sont stockés négligemment entraînant un risque sanitaire important et de lourds traumatismes psychologiques pour les proches des victimes. Nombre de ces corps sont devenus méconnaissables.
La crise qu’a connu le Kenya met en évidence la fragilité du système de santé local et les faiblesses des services mortuaires et de médecine légale.
Intimate partner violence and women’s physical and mental health in the WHO multi-country study on women’s health and domestic violence : an observational study
by Mary Ellsberg, Henrica A F M Jansen, Lori Heise, Charlotte H Watts, Claudia García-Moreno, on behalf of the WHO Multi-country Study on Women’s Health and Domestic Violence against Women Study Team in The Lancet 5 april 2008, 371
Cette étude standardisée, réalisée entre 2000 et 2003, repose sur l’interview de femmes âgées de 19 à 45 ans, vivant dans 10 pays sélectionnés pour représenter au mieux la population mondiale (milieu rural et urbain sur différents continents). Ces femmes ont été interrogées concernant des violences physiques ou sexuelles qu’elles auraient subies et occasionnées par un partenaire mâle, occasionnel ou légitime. Les femmes qui ont reporté avoir subi des violences ont ensuite été interrogées quand aux blessures qui en ont résulté.
24097 femmes ont accepté l’interview jusqu’à son terme. L’analyse des résultats issus des différents sites d’études met en évidence un lien entre le fait d’avoir subi des violences domestiques et le sentiment d’avoir une mauvaise santé. On note par ailleurs une récurrence de certaines plaintes dans les semaines suivant l’agression, telles que difficulté de marche, douleur, difficulté à accomplir les activités de la vie quotidiennes, pertes de mémoires, fatigue et leucorrhées. L’étude montre que les femmes ayant subi ne fût-ce qu’une fois des violences domestiques sont plus sujettes au stress et aux idées suicidaires que les autres. De 19 à 55% des femmes victimes de violences en gardent des séquelles.
Cette étude montre bien que la violence domestique, en plus d’être un problème de non respect des droits humains, est aussi un véritable problème de santé publique, qui devrait d’ailleurs être pris en charge comme tel au niveau national et international.
Health and human right under assault in Zimbabwe
by Allen S Keller, Samantha A Stewart, Shari Eppel in “The Lancet” vol 371 29 march 2008
On observe au Zimbabwé une recrudescence de violence à l’encontre de l’opposition politique, qui risque d’augmenter dans le décours des élections du 29 mars. Cette répression de l’opposition aggrave la crise existante concernant la santé et les droits humains dans le pays. Le Zimbabwé à le plus haut taux de mortalité infantile et la plus courte espérance de vie du monde. La répression politique et l’instabilité économique pousse de nombreux Zimbabwéens à s’expatrier. Et on note une migration interne de près de la moitié de la population. Après un ralliement pacifique en mars 2007, on a noté une résurgence des violences au Zimbabwé. Des ONG impliquées dans la problématique du respect des droits de l’homme ont rassemblés des documents prouvant que le gouvernement use systématiquement de la torture et de violence pour détruire l’opposition. Ces conflits politiques ont perturbés les secteurs de légaux et médicaux. Tout personnel de santé ou légiste assistant des victimes de tortures ou des associations de défense des droits de l’homme, se voient eux même menacés. Les prisonniers politiques sont privés d’accès aux soins de santé ou du service d’un avocat. Un état d’impunité règne. Et les autres pays d’Afrique du Sud, par leur allégeance à Mugabe, par la peur d’être considérés comme un outil de l’UE ou des EU, et à cause d’une série d’autres contraintes, n’osent condamner clairement ces violences. Il semblerait que la présence de professionnels de santé et de légistes internationaux devienne indispensable afin d’assister leurs collègues Zimbabwéens et de témoigner au reste du monde les violences commises.
Anti-human-trafficking law sparks debate in India
by Patralekha Chatterjee in The Lancet, vol 371, 22 march 2008
Le gouvernement indien envisage de rendre le commerce du sexe illégal. Ce projet n’est pas sans inquiéter les professionnels de santé, qui craignent l’apparition d’un commerce sous terrain, et la difficulté de contrôler et de prévenir l’expansion du HIV/SIDA qui en découlerait.
Le ministre des droits de la femme et de l’enfant voudrait modifier la législation sur la prostitution, de telle sorte que les consommateurs, et non les travailleurs du sexe eux-même, soient punis. Il réclame également des peines plus sévères pour les proxénètes. Le ministre indien de la santé est contre ce nouveau projet, tout comme bon nombre de prostituées, qui sont venues manifester devant le parlement indien. En novembre 2007, une commission composée d’avocats, de scientifiques, de représentants d’agences internationales et d’associations de travailleurs du sexe, s’est réunie en une consultation nationale pour discuter de ce projet de loi et de ses conséquences potentielles sur les travailleurs du sexe et en terme de santé publique. La principale critique à la réforme proposée est qu’elle considère que tous les travailleurs du sexe sont emprisonnés dans un trafic, ne tenant pas compte des personnes qui décident de leur plein gré de se prostituer afin de subvenir à leurs besoins. De plus, en criminalisant ainsi les consommateurs, ce projet de loi va être un obstacle aux campagnes de prévention concernant les maladies sexuellement transmissibles. Les clients vont se cacher, et tout le commerce sexuel va suivre le mouvement et se poursuivre dans l’ombre, devenant ainsi inaccessible aux campagnes de santé publique. Le commerce du sexe risque de devenir plus encore stigmatisé qu’il ne l’est déjà. Or, c’est surtout en créant un sentiment d’appartenance à une communauté qui a la possibilité de décider de sa destinée que l’on peut espérer une modification durable des comportements à risque.
Les derniers chiffres officiels estiment la prévalence du HIV chez les adultes en 2006 à 0,36%. Chez les femmes se prostituant, sa prévalence est de 5%, et semble en hausse. Or, entre 2003 et 2006, la prévalence chez ces femmes ne faisait que chuter. Les travailleurs du sexe ont été les premiers à adopter largement les mesures de prévention prônée pour lutter contre l’épidémie de HIV.
Le débat qui se discute aujourd’hui en Inde est en fait un débat mondial. Nombre de pays ont, ces dernières années, adopté une réforme similaire et en ont découvert les conséquences.
Recognising the unique health-care needs of sexual minorities
by Ruth Mc Nair in The Lancet vol 371 2 février 2008
The Lancet met en évidence le livre The health of sexual minorities : public health perspectives on lesbian, gay, bisexual and transgender populations écrit par Ilan H Meyer, Mary E Northridge eds Springer, 2007
Beaucoup de professionnels de la santé considèrent qu’ils ont à prendre en charge leurs patients homosexuels, bisexuels et transsexuels par la même approche que pour tout autre patient. Or, c’est en reconnaissant leurs particularités, mais également leurs besoins particuliers, qu’on pourra offrir à ces patients la meilleure prise en charge possible.
Ilan Meyer a beaucoup travaillé sur le retentissement de la discrimination dont sont victimes les minorités sexuelles sur leur santé mentale. Mary Northridge a axé sa recherche sur la façon de diminuer ses discriminations sociales.
Leur livre tente de montrer en quoi la diversité culturelle de ces minorités sexuelles influence le comportement, les croyances, les pratiques, les modèles de communications, le tout ayant des répercussions sur la santé et sur la qualité et l’efficacité des soins médicaux fournis à ces personnes. Les auteurs cherchent par ailleurs à interpeller le lecteur sur le risque de surmédicaliser ces minorités stigmatisées, au prétexte qu’elles sont considérées comme biologiquement anormales.
Un chapitre du livre, consacré plus particulièrement aux personnes transsexuelles, vise à expliquer les bases physiologiques et sociales de l’identité sexuelle.
Ce livre à la grande qualité d’insister sur les liens entre santé et droits de l’homme. Malheureusement, il offre peu d’applications concrètes à la clinique, et les personnes intéressées par les sujets exposés devront se référer à d’autres textes pour approfondir le sujet.




