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III.2) L’attitude de la Chine au sein de la communauté internationale

lundi 22 octobre 2007, par Laura Lhoir

Pendant longtemps, la Chine était en retrait des affaires du monde : pour des raisons idéologiques, elle s’opposait aux États-Unis et à l’URSS tout en soutenant les pays du Tiers-Monde. Cette politique la privait d’une grande influence sur la scène mondiale, d’autant que la stricte application du modèle communiste n’en faisait pas un acteur économique majeur.

Depuis les années 1980 et l’ouverture économique, la Chine effectue un retour en force sur la scène internationale, tant sur le plan politique, économique que militaire. Mais l’ouverture économique de la Chine n’a pas entraîné une réelle ouverture sur la question des droits humains.

La répression des manifestations de Tienanmen en 1989 est restée gravée dans les mémoires, comme un des événements marquants du vingtième siècle. On se souvient de l’espoir qui animait les jeunes, et par contagion une grande partie de la société chinoise, croyant à l’aboutissement rapide de réformes démocratiques. On se souvient de la célèbre photo d’un étudiant chinois seul, debout, face à un char… et des visages de centaines d’étudiants, froidement abattus, tandis que des milliers d’autres étaient jetés en prison.

La répression du mouvement de contestation porta un coup d’arrêt durable aux réformes politiques en République populaire de Chine. Le gouvernement renvoya les journalistes étrangers et contrôla strictement la couverture de l’événement par la presse chinoise. Ces événements ont provoqué l’indignation au sein de la communauté internationale. L’ONU et l’Union Européenne ont décrété un embargo sur la vente d’armes à la Chine. Les États-Unis ont mis un terme à leur coopération en matière militaire et de renseignement.

Pour rétablir son image, la Chine a voulu se présenter comme un pays ouvert, coopératif et respectueux des normes internationales. C’est dans ce but qu’elle a posé sa candidature pour l’organisation des Jeux Olympiques. Il faut dire que beaucoup de pays ont depuis nettement adouci leurs critiques vis-à-vis de la Chine, au nom de leurs intérêts économiques. Sur certains dossiers, la Chine se montre très ferme. Aujourd’hui que la restitution des territoires de Honk-Kong et Macao est achevée, il reste principalement deux grands points de tension, en dehors de conflits territoriaux plus limités avec des pays voisins (Japon, Vietnam, Indonésie, Malaisie…) :

- l’île de Taïwan : le gouvernement de Taïwan est l’héritier du gouvernement précommuniste (nationaliste) de la Chine, réfugié sur cette île après la prise du pouvoir par Mao sur le reste du territoire chinois en 1949. Taïwan a acquis une indépendance de fait, même si elle n’est pas reconnue officiellement. En effet, la Chine populaire considère que Taïwan fait partie de son territoire, et fait pression sur les autres pays pour qu’ils ne reconnaissent pas Taïwan comme une nation indépendante. Étant donné le poids beaucoup plus important de la Chine, peu de pays reconnaissent officiellement Taïwan. Vanuatu, les Îles Marshall sont parmi les seules nations à reconnaître les deux.

Taïwan a été exclue de l’ONU en 1971. À partir de cette date, la République populaire (communiste) de Chine (RPC) est reconnue comme le seul représentant légitime de la Chine. C’est pourquoi Pékin exerce une pression constante pour affirmer son autorité sur cette île, allant jusqu’à obtenir son éviction de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Si les liens politiques entre Taïwan et la RPC sont quasi inexistants, il existe pourtant de nombreux échanges économiques et culturels. Pour plus d’informations, cliquez ici.

Le statut de Taïwan revient régulièrement à la une de l’actualité. Ainsi, le trajet de la flamme olympique décidé par les autorités chinoises a provoqué la polémique, car l’étape de Taïwan précède celle de Hong- Kong, ce qui laisse entendre que l’île appartient à la Chine, au même titre que Hong- Kong. Certains observateurs vont jusqu’à craindre un conflit armé avec Taïwan en cas de mauvais résultats économiques, afin de détourner l’attention de la population et de réveiller son sentiment nationaliste. Selon Jean-François Huchet, directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine et de la revue “Perspectives chinoises”, « quand vous discutez avec les Chinois de l’avenir de Taïwan, même avec des intellectuels très bien informés, ils parlent non plus avec la tête, mais avec les tripes. S’il était confronté au mécontentement populaire, le régime pourrait être amené à déclencher une guerre hasardeuse. De même, si Taipei venait à déclarer son indépendance, l’armée chinoise réagirait sans aucun doute. Et la population aussi ! A moyen terme, il est peu probable que la Chine soit capable d’envahir l’île. Le sujet reste néanmoins sensible. D’autant que les Américains sont attachés aux liens qui les unissent à Taïwan. C’est un point de confrontation potentiel. »

- Le Tibet : La province autonome du Tibet, ou Xizang, fait partie intégrante du territoire chinois, depuis l’invasion du Tibet par l’armée chinoise en 1949 et son annexion à la Chine en 1951. Pékin ne tolère aucune revendication visant à accorder un autre statut à cette région, qui est devenue un symbole de l’oppression chinoise aux yeux des Occidentaux. La présence en Inde d’un gouvernement tibétain en exil et le soutien de nombreuses vedettes ou personnalités à la défense du peuple tibétain n’ont pour l’instant jamais fait fléchir la ligne dure suivie par Pékin. Pour plus d’informations, voir le chapitre I.11 sur le Tibet.

La Chine, la nouvelle puissance mondiale ?

La Chine est devenue un acteur global qui pèse sur l’ensemble des dossiers internationaux et donc sur la situation des droits humains à l’extérieur de ses frontières. Jean-Paul Marthoz, directeur éditorial de la revue Enjeux internationaux, nous résume la situation :

« L’émergence de la Chine se déroule dans un contexte nouveau. Les grandes idéologies marxistes sont défuntes. Le tiersmondisme est moribond. L’influence internationale des Etats-Unis a été considérablement affectée par la politique aventurière de l’administration Bush et par son mépris des règles internationales qui a sapé son extraordinaire soft power. L’Union européenne est en panne. Les enjeux sont désormais géopolitiques : on assiste à une redistribution des cartes au niveau international. Les enjeux sont économiques avec une course à la puissance et une ruée vers les ressources naturelles qui redessinent l’importance relative des régions du monde.

Ils sont environnementaux avec une conscience de plus en plus aigue des conséquences de l’activité humaine sur l’avenir de la planète.

Ils sont identitaires avec la résurgence des ethnismes et des intégrismes.

Ils sont sécuritaires avec des menaces moins structurées et prévisibles que celles de l’époque de la Guerre froide : la prolifération nucléaire dans des États voyous, les États faillis, le terrorisme, l’expansion des groupes criminels au sein de l’économie mondiale et des sociétés, les acteurs nonétatiques.

La présence de la Chine en Afrique, en Asie centrale et en Amérique latine, est directement liée à son développement économique et à ses besoins de matières premières, de pétrole et de marchés. Mais elle répond aussi à la volonté de la Chine de renforcer son poids diplomatique, non plus cette fois seulement pour affaiblir Taiwan ou esquiver les attaques des ONG sur le Tibet ou les droits de l’homme, mais bien pour acquérir les outils d’une grande puissance.

En d’autres termes, la Chine qui avait été perçue, à partir de la visite de Nixon en 1971 comme une opportunité, d’abord pour affaiblir l’ennemi principal, l’URSS, ensuite pour offrir un espace de profit aux grandes entreprises, est désormais perçue, dans de nombreux secteurs comme une rivale voire comme une menace. »

Certains voient la Chine comme la prochaine puissance mondiale, soit à une place à part, au-dessus des autres, soit à côté des Etats-Unis, de l’Union Européenne, du Japon, de la Russie, voire de l’Inde… Ainsi, selon Catherine Coulomb, auteur d’un récent essai intitulé « Chine, le nouveau centre du monde ? », « la Chine est en train de donner naissance au plus grand empire que la terre ait jamais connu. (…) Elle deviendra LA première puissance du globe, en opérant une mutation sans précédent. Son économie planifiée et étatique bascule vers une économie de marché. Agricole et rurale, elle se transforme en économie urbaine, industrielle et de services. Enfin, son monde jadis autarcique s’ouvre comme jamais aux échanges internationaux, pour se déployer de manière totale, globale, maximale ».

D’autres au contraire prédisent que la Chine ne pourra pas combiner sa puissance économique avec un rôle majeur au niveau géo-politique. Ainsi, pour Cai Chongguo, auteur de l’essai « Chine, l’envers de la puissance  », l’influence de la diplomatie chinoise sera limitée par la face cachée du développement chinois :

« L’envers du décor est sombre. De multiples faiblesses –sociales, économiques, énergétiques, militaires, industrielles, financières, environnementales (…) minent ce pays lancé dans un développement à marche forcée. Ces fragilités résultent directement des décisions prises arbitrairement par le gouvernement précédent qui, sans le dire, a choisi un mode de développement fondé sur le commerce international plutôt que sur la croissance du pouvoir d’achat de la population. (…). La Chine traverse aujourd’hui une phase cruciale de son histoire. Affaiblie par ses problèmes intérieurs, engluée dans un système hybride de pays capitaliste et de régime communiste dictatorial, elle déploie beaucoup d’efforts pour s’intégrer dans la société internationale. Avant de lui ouvrir les bras, les pays occidentaux doivent s’interroger : un pays qui ne peut régler par le dialogue ses problèmes intérieurs, qui ignore les opposants et méconnaît les conflits d’intérêts entre catégories sociales, peut-il être un interlocuteur crédible pour ses homologues  ? Un pays qui ne respecte pas les droits de l’homme et réprime son peuple lorsqu’il revendique la démocratie et la liberté d’expression, peut-il jouer un rôle positif dans le monde ? »

Vers un nouveau nationalisme chinois

« (…) Depuis 1989 et le discrédit jeté sur le socialisme, analyse Jean Philippe Béja, la direction du Parti a tenté de développer une nouvelle légitimité fondée sur la culture traditionnelle et sur un nationalisme plus classique.

L’évolution politique de l’Europe de l’Est et de l’ex-Union soviétique a montré que cette idéologie était prompte à renaître sur les décombres du “socialisme réel”. Aussi, tout en proclamant leur foi renouvelée dans le “socialisme de marché”, la “pensée-maozedong et la théorie de Deng Xiaoping”, les dirigeants communistes chinois n’hésitent pas à affirmer haut et fort leur confiance dans la supériorité de la nation chinoise (Zhonghua minzu). »(5)

Ce nouveau nationalisme se base aussi sur l’héritage de Confucius, le père de la pensée chinoise(6). Il insiste sur les traditions chinoises qui valorisent l’harmonie de la société et du groupe par rapport aux intérêts individuels, pour rassurer une population inquiète face aux influences étrangères et à l’urbanisation. Les discours nationalistes actuels rappellent volontiers à quel point la Chine a été humiliée par l’Occident dans les différentes guerres coloniales. Ils rejettent les critiques sur les violations des droits humains, qui ne seraient qu’une nouvelle forme de colonialisme, ou d’impérialisme visant à imposer le modèle libéral occidental.

Selon Catherine Coulomb, ce nationalisme « n’avait jamais disparu de la scène chinoise, pas plus qu’une xénophobie populaire rémanente. Aujourd’hui, il semble s’orienter contre les Etats-Unis, maîtres du grand commerce mondial, de toutes les inégalités et de la décadence morale. Mais aussi contre le Japon, l’ancien envahisseur qui n’a pas renoncé à ses ambitions dominatrices, le concurrent trop proche dont il faut se démarquer ». (7)

Le Parti Communiste Chinois surfe sur cette vague nationaliste lorsque cela l’arrange, et brandit la menace qui pèse sur l’unité du territoire avec le risque de perdre Taïwan, touchant à un sentiment très profond partagé par la grande majorité des Chinois.

Les autorités chinoises dénoncent souvent le caractère occidental des droits humains, qui seraient en contradiction avec les valeurs chinoises, lesquelles mettent en avant le rôle central de la famille et non les droits de l’individu. Au lieu d’une seule base commune à l’ensemble des pays, Pékin voudrait un système de droits humains où se côtoient plusieurs visions différentes respectant les spécificités culturelles de chaque pays. Le Parti Communiste Chinois insiste par exemple pour que le droit au développement soit considéré comme un des droits fondamentaux. Notons que de plus en plus d’intellectuels chinois refusent de considérer les droits humains comme une valeur occidentale incompatible avec les valeurs chinoises. Selon Daniel Bell, professeur de philosophie politique à la City University de Hong Kong, la majorité des intellectuels en Chine pensent que « (…) la société chinoise n’est pas encore économiquement et socialement prête pour proclamer tous les droits de la personne. En revanche, ce stade de développement atteint, il ne devrait pas y avoir d’obstacle à l’établissement de ces droits. »(8)

Une position qui fait bondir Wei Jingsheng, un défenseur des droits humains chinois qui a passé plus de 18 ans en prison à cause de ses idées :

« Les soi-disant valeurs historiques et culturelles avancées par les dirigeants chinois pour contester le caractère universel des droits humains et la démocratie, et prôner un développement économique sans liberté, n’ont aucun sens. L’Histoire même en apporte le démenti : le peuple français n’avait ni le niveau de vie ni les moyens d’information des Chinois d’aujourd’hui quand il a fait la révolution de 1789. L’aspiration des Chinois n’est pas seulement de s’enrichir ». (9)

La plupart des défenseurs des droits humains chinois se réfèrent explicitement aux droits humains, tels qu’ils sont énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Pour eux, comme pour beaucoup d’observateurs, la Chine ne peut rejeter ces droits au nom de sa spécificité politique, culturelle, économique ou démographique.

La place des droits humains dans le débat sur le développement de la Chine Beaucoup d’hommes d’affaire occidentaux ont un argument tout prêt lorsqu’il s’agit de justifier leurs investissements en Chine, pays où les droits humains sont loin d’être respectés : le développement économique ne pourra que renforcer le bien-être des Chinois, et donc favoriser la démocratie.

Ainsi, pour Geert Noels, économiste en chef chez Petercam William Bourton, la Chine représente un des marchés les plus importants pour les pays de l’Euroland, et entrer en conflit avec elle ne résoudrait rien. Voici un extrait de son interview au Soir, dans le contexte de l’annulation d’une visite du Dalaï Lama en Belgique, suite à des pressions de Pékin sur Bruxelles.

« En tant qu’économiste, on a une opinion partagée sur la Chine : il y a des aspects très positifs et d’autres très négatifs. On peut ainsi évoquer le développement, la croissance mondiale, les opportunités économiques, mais aussi la pollution extrême, le manque de protection des droits intellectuels, la situation sociale, etc. Mais les choses évoluent. Depuis 2001, et l’introduction de la Chine dans la World Trade Organization, le pays connaît une révolution économique, mais aussi une évolution de l’attitude des autorités, 16 ans après Tien An Men. Ce que je veux dire, c’est que la première réaction n’est pas toujours la bonne. Ainsi, celle, préconisée par certains, d’entrer en conflit avec la Chine... Elle ne résoudrait rien pour personne : ni pour le Dalaïlama, ni pour la Belgique (en termes d’intérêts économiques), ni pour la Chine. Il faut savoir en effet qu’un blocage économique peut avoir des conséquences sur le plan du développement de la population, sur le développement de la démocratie et sur l’attitude du pays dans les questions « géopolitiques » - ici, en l’occurrence, vis-à-vis du Tibet ou de Taïwan. […] Le tout est de savoir s’il est utile d’entrer dans une logique de confrontation, de blocage ou d’exclusion ou si, à terme, il n’est pas plus utile de continuer le développement économique et de transférer, goutte par goutte, des valeurs et des opinions différentes dans le pays en question, de se servir de l’économie pour faire passer un message de liberté et de démocratie...  » (10)

Pourtant, on ne peut pas dire que cette stratégie du « goutte par goutte » a fonctionné jusqu’à présent depuis que la Chine s’est ouverte sur le plan économique. La situation des droits humains n’y est pas globalement meilleure, sauf quelques timides avancées sur le contrôle des condamnations à mort et des promesses non tenues concernant la fermeture des camps de travail forcé. L’argument économique, s’il est compréhensible, ne va pas à sens unique. Car si le monde a besoin du fantastique marché chinois, il ne faut pas oublier que l’inverse est également vrai : la Chine est de plus en plus dépendante de matières premières et de ressources énergétiques. Ainsi, pour l’association

Les Amis du Tibet, l’équation économique peut être renversée au désavantage de la Chine :

« La Chine a davantage besoin de nos investissements que nous n’avons besoin de ses produits pour maintenir son taux de croissance et pour financer sa puissance. Qu’elle s’avise de « punir » les États « rebelles » [ceux qui oseraient critiquer la situation des droits humains en Chine] en s’en prenant aux investisseurs ou aux acheteurs issus de ces pays et qui financent sa croissance, et c’est l’effet boule de neige assuré devant la perte de confiance des investisseurs étrangers. Tout l’équilibre social et politique de la Chine d’aujourd’hui serait mis à mal... » (11)

Certains, comme Guy Spitaels, vont jusqu’à relativiser l’importance des droits humains dans ce débat. À la question « L’élément « droits de l’homme » n’est pas fondamental ? », l’ancien Président de la Région wallonne répond et auteur de l’essai « Chine-USA : la guerre aura-telle lieu ? » (éd. Luc Pire) répond :

« Je ne sais pas s’il est fondamental : un peu de modestie ne messiérait pas sur ce que nous avons fait et sommes capables de faire... Si j’étais un petit paysan ou un petit ouvrier, je préférerais être chinois avec le parti unique qu’Indien avec la multiplicité de partis. Voyez le développement chinois, la possibilité d’avoir du travail, de donner de l’éducation aux enfants, l’absence de famine, d’anarchie... Il faut considérer les besoins des populations, construire par le développement humain. Mais je suis naturellement pour notre système, le pluralisme, qui est une longue histoire. Et je ne ferme pas les yeux devant les morts de Tian’anmen ou sur les manières fortes utilisées au Tibet. » (12)

Guy Spitaels dit qu’il ne ferme pas les yeux sur les morts de Tian’anmen ou du Tibet, mais il passe pourtant sous silence les plus graves violations des droits humains dont est aujourd’hui victime une grande partie de la population chinoise. Ainsi, le directeur d’Amnesty Belgique Francophone, réagit sur son blog personnel aux propos de Guy Spitaels :

« Selon Guy Spitaels, il vaut mieux être un petit paysan chinois plutôt qu’un petit paysan indien. S’inscrivant résolument dans la vague révisionniste qui trahit ou travestit les travaux de Amartya Sen et Jean Drèze , notre “sage-expert” passe aux pertes et profits de l’histoire les millions de morts du Grand Bond en avant ou de la Révolution culturelle pour encenser les autorités chinoises actuelles. Que des dizaines de jacqueries aient lieu chaque jour, aujourd’hui en Chine, il n’en pipe pas un mot, pas plus que des dizaines de milliers de personnes qui y sont détenues illégalement et de façon arbitraire, ou que du recours fréquent à la torture. La peine de mort y est pratiquée à l’échelle industrielle, et alimente le trafic d’organes. Mais cela est peu de choses comparé à la stabilité du monde, et au danger du “lâcher-tout démocratique”.  »(13)

Droits humains et politique internationale  : un équilibre difficile

Le fait que la Chine viole massivement les droits humains n’implique pas forcément que le monde entier doive interrompre toute relation politique ou économique avec ce pays. Le boycott économique est d’ailleurs une méthode très controversée, qui peut se retourner contre les intérêts de la population civile, comme ce fut le cas en Irak sous le régime de Saddam Hussein.

Enfin, ce type de sanctions pourrait aussi cacher les intérêts économiques des pays qui les prônent.

Amnesty travaille pour que les droits humains soient toujours à l’esprit des gouvernements, dans leur politique étrangère, qu’elle soit économique ou diplomatique. Mais il ne faudrait pas pour autant que ces droits humains soient manipulés pour servir des intérêts privés. Le « deux poids, deux mesures », les condamnations « à géométrie variable » des violations des droits humains sont monnaie courante, comme l’illustre si bien la politique des Etats-Unis, prompte à mettre en avant les droits humains lorsqu’il s’agit de pays « ennemis » (l’Iran, la Syrie, Cuba, la Corée du Nord,…) mais à oublier ces mêmes droits lorsqu’il s’agit de pays stratégiquement alliés (Arabie Saoudite, Egypte, Pakistan, Ouzbékistan…) ou lorsqu’il s’agit de détenir et d’interroger des personnes suspectées de terrorisme dans leurs propres bases militaires.

Le respect des droits humains devrait être considéré comme un élément fondamental dans toute relation internationale, sous peine d’apparaître en complète contradiction avec les valeurs contenues dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il en va de la crédibilité des États, tant sur le plan interne qu’à une échelle plus globale. À cet égard, l’attitude de la communauté internationale vis-à-vis de la Chine est hélas trop souvent conciliante et frileuse… Il est temps de réaffirmer haut et fort que le développement économique ne peut se faire au détriment des droits humains, en Chine comme partout ailleurs dans le monde.

(1) Citation parue dans Le Vif-L’Express n°32, 10 août 2007)

(2) Extrait d’une conférence lors de l’Assemblée Générale d’Amnesty Belgique Francophone en avril 2007.

(3) COULOMB Catherine, Chine, le nouveau centre u monde ?, éd. L’Aube, 2007, pages 451-452.

(4) CHONGGUO Cai, Chine : l’envers de la puissance, éd. Mango, 2005, pages 155-159.

(5) Extrait de l’article Nationalisme : les intellectuels sont partagés de Jean Philippe Béja, Perspectives chinoises n° 34, mars - avril 1996, page n°6, CLIQUEZ ICI

(6) Voir l’article de Jean-Philippe Béja, “Naissance d’un national-confucianisme”, Perspectives chinoises n°30, juillet-août 1995, p. 6

(7) COULOMB Catherine, Chine, le nouveau centre du monde, éd.l’Aube, 2007, page 256.

(8) Source :Arrêt sur les droits de l’homme en Chine, Entretien avec Daniel Bell et Joseph Chan, Raisons politiques, n°3, mars 2001. CLIQUEZ ICI

(9) Extrait d’un article de Bernard Debord, paru dans la Chronique d’Amnesty d’octobre 2005 - Amnesty International/ France, CLIQUEZ ICI

(10) Le Soir du 190/05/07

(11) A vendre : « Belgian carpets » made in China, Le Soir du 19 mai 2007

12) LE SOIR, 16/04/07

13) Article publié le 2 mai 2007. CLIQUEZ ICI

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