La Chine est en transition, d’une économie dirigée à une économie de marché. Les entreprises d’État sont toujours majoritaires dans beaucoup de secteurs. Mais le gouvernement chinois a pris des mesures pour restructurer les grandes entreprises d’État et pour privatiser celles de petite et moyenne taille.
L’exceptionnelle croissance économique chinoise et les réformes économiques ont eu plusieurs conséquences bénéfiques pour certaines catégories de la population :
une augmentation du niveau de vie
urbain ;
une classe moyenne en croissance ;
une indépendance plus grande pour les
entrepreneurs ;
des réformes politiques graduelles qui
permettent un meilleur niveau de
démocratie au niveau local ;
une forte augmentation des investissements
étrangers.
Mais cette croissance a eu également un énorme coût social !
Entre 1995 et 2004, le nombre de sociétés qui étaient sous le contrôle de l’État a été réduit de moitié, passant de 300 000 à 150 000… Cela s’est traduit par le licenciement de 59 millions de personnes, soit 42% des personnes employées dans les entreprises d’État. Pendant la même période, l’emploi dans les nouvelles entreprises privées a seulement accru de 16 millions d’employés. Ainsi, le nombre de travailleurs urbains occupant un emploi officiel se réduit chaque année de plusieurs millions. La qualité générale de l’emploi a diminué, puisque la plus grande croissance de l’emploi s’est faite dans le secteur informel et dans les professions libérales indépendantes. L’inégalité de revenu dans les zones urbaines a augmenté de moitié de 1990 à 2001 - donnant à la Chine une disparité de revenu beaucoup plus élevée que dans des pays comme l’Inde et l’Indonésie.
Tandis que le PIB (le produit intérieur brut) par personne dans la campagne est évalué à 350 $ américains par an, il est de 4,500 dollars américains à Shanghai ! Les 10% les plus riches de la population chinoise sont presque 20 fois plus riches que les 10% les plus pauvres. Les revenus ruraux n’atteignent qu’un tiers des revenus des villes.
Dans 35 zones pauvres et rurales, examinées pour un projet de la Banque mondiale, quatre enfants sur dix âgés de 7 à 15 ans n’avaient suivi aucune étude. Selon les évaluations officielles, 30 millions de personnes vivent dans la pauvreté en Chine. La Banque mondiale a évalué le nombre dont le revenu n’excède pas un dollar par jour entre 100 et 150 millions de personnes.
« Les étrangers ont les yeux rivés sur les chiffres de la croissance, souligne Wen Tiejun, doyen de la faculté d’économie agricole et de développement rural à l’Université du Peuple (Renmin) de Pékin. Ils admirent nos gratte-ciel et repartent avec des images de métropoles ultramodernes dans la tête. Dans les campagnes, pourtant, où vivent toujours 700 millions de Chinois, il y a beaucoup de problèmes ». (1)
Beaucoup d’obstacles continuent à priver la population de meilleures conditions de vie. Ces dernières années, entre 100 et 150 millions de personnes ont volontairement quitté des zones rurales pour chercher de meilleurs emplois et des conditions de vie dans des villes. On leur a souvent refusé l’accès aux services fournis par le gouvernement, y compris la formation scolaire et les soins médicaux, bien que quelques collectivités locales permettent de temps en temps l’accès à quelques avantages aux migrants.
Le chômage urbain est sans doute beaucoup plus élevé que le chiffre officiel de 4%... La proportion réelle de chômeurs en ville pourrait atteindre les 20%. L’ouverture commerciale en Chine a eu un effet négligeable sur la pauvreté globale. La Banque mondiale s’attend même à ce que la pauvreté soit influencée négativement par l’adhésion de la Chine à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) : environ trois quarts des ménages ruraux (et un sur dix des ménages urbains) auront perdu des revenus durant la période de 2001 à 2007.
On considère souvent la Chine comme un modèle couronné de succès concernant la mise en œuvre des réformes de marché, de libéralisation et de privatisation. Cette image a été mise en doute par des experts comme Sharon Hom : « demandez donc leur avis sur le progrès économique et sur la qualité de la vie aux centaines de millions de migrants quittant les campagnes pour s’installer en ville, aux 700 millions d’habitants ruraux privés des services de santé élémentaires, aux 160 millions de personnes qui vivent toujours dans la pauvreté absolue (…). Les tensions sociales sont alimentées par le mécontentement populaire face à la corruption et face aux confiscations de terres, face aux expulsions forcées massives sans compensation équitable, face à l’écroulement de la sécurité sociale (des services de santé de base à l’enseignement primaire), face aux mauvaises conditions de travail et aux salaires impayés. Même le journal officiel de Chine a reconnu que sans des mesures efficaces et rapides, le niveau de tension sociale, aujourd’hui qualifié de niveau « jaune », va atteindre le niveau « rouge », c’est-à-dire un niveau dangereux pour la stabilité sociale, avant 2010. »(2)
La Chine, malgré sa réussite économique, reste un géant aux pieds d’argile. Selon Jean-François Huchet, directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine et de la revue “Perspectives chinoises”, le Parti communiste (PC) est extrêmement bien préparé pour faire face aux contestations isolées, de type traditionnel.
“Depuis une quinzaine d’années, observe-t-il, il a développé un vrai savoir-faire répressif et a gagné en subtilité. Un exemple : quelque 30 à 50 millions de personnes ont perdu leur emploi, depuis la fin des années 1980, à la suite des réformes dans les entreprises d’État. Jusqu’à présent, le Parti a été très habile, en distribuant de l’argent, en cooptant des groupes et en restant présent sur le terrain, un peu à la manière des mouvements islamistes dans certains pays arabes. Surtout, le PC a veillé à ce que les mouvements contestataires ne puissent se coordonner. Le Parti tire sa force de son unité, mais il serait d’une fragilité extrême en cas de conflit interne – au sein du bureau politique par exemple. Que se passerait-il si des événements comparables à ceux qui se déroulèrent sur la place Tienanmen, en 1989, venaient à se reproduire ? Les dissensions, au sommet du Parti, pourraient-elles bloquer certains leviers de pouvoir ? Aujourd’hui, les progrès technologiques –téléphones portables, Internet- permettent aux citoyens de diffuser l’information. Dans ces conditions, ceux qui sont au sommet de l’Etat auraientils suffisamment de poids face à l’armée ou à la police pour imposer une répression de nature à garantir leur maintien au pouvoir ? ».(3)




