GÉOGRAPHIE / ÉTUDE DU MILIEU
Le groupe des Han représente l’immense majorité de la population chinoise. Le gouvernement reconnaît le statut de « nationalités minoritaires » aux autres groupes qui se distinguent par leur mode de vie, leurs coutumes, leur religions, leur langue. La Constitution leur accorde les mêmes droits de citoyens qu’aux Han… Mais dans la pratique, ces minorités doivent faire face à de nombreuses discriminations.
Les Han représentent 92% de la population chinoise. Les 8% restants se répartissent en 55 minorités ethniques. Certaines, comme les Zhuang, dans le Sud-Ouest, comptent 16 millions de personnes ; d’autres, moins de 50 000 individus (les Dulong du Yunnan sont 7000, les Lhoba du Tibet 3000). Le gouvernement chinois a distingué cinq régions où les minorités ont plus d’autonomie pour gérer leurs affaires internes, mais toujours sous le contrôle de fonctionnaires chinois. Il s’agit du Tibet, de la Mongolie-Intérieure, du Xinjiang (minorité ouïghoure), du Ningxia (minorité hui) et du Guangxi (minorité zhuang).
[Source : La Chine et les Chinois, de Liliane et Noël Dutrait, éd. Milan Jeunesse, coll. Les Encyclopes.]
Recherche
Demandez à un groupe d’élèves de chercher des informations sur les différentes minorités ethniques vivant en Chine et de présenter à la classe leurs coutumes, leurs spécificités religieuses, culturelles ou historiques. (Par manque de place, nous ne détaillons ici que les deux minorités les plus exposées aux discriminations, à savoir les Tibétains et les Ouïghours).
LES OUÏGHOURS
La minorité ethnique des Ouïghours, qui sont essentiellement musulmans, vit principalement dans la région autonome du Xinjiang. Ils constituent aujourd’hui la plus importante (officiellement, près de 9 millions) des minorités nationales reconnues de cette région de Chine, que les Ouïghours appellent le Turkestan oriental.
Les Ouïghours sont d’origine turque qui pratiquent la religion musulmane et possèdent leur propre langue, notée en alphabet arabe. La région du Xinjiang (qui signifie « nouvelle frontière »), située à l’extrême limite de la Chine vers l’Ouest, est essentiellement désertique. Elle est réputée pour les productions fruitières de ses oasis. Le Xinjiang entretient une frontière avec huit pays différents, dont la Russie, le Pakistan et l’Inde.
RÉDACTION / RECHERCHE
Vous pouvez demander à vos élèves d’effectuer des recherches sur cette minorité ethnique qui devra répondre aux questions suivantes « qui sont les Ouïghours ? Que signifient les mots « séparatistes » et « extrémistes religieux » ? Qu’entend-on par « le massacre de Gulja » ?
Voici un témoignage de Rebiya Kadeer.
Vous pouvez demander à votre classe d’effectuer des recherches sur cette femme et d’établir sa biographie. Vous pouvez ensuite leur demander de raconter à leur tour, à partir de recherches, sous forme de rédaction, de pièce théâtrale ou de poème, ou encore sous la forme d’un dialogue entre plusieurs personnes de la classe.
MES GEOLIERS CHINOIS, PAR REBIYA KADEER
Mercredi, 30 mai 2007
« Rien n’égale les souffrances d’une mère quand ses enfants souffrent. L’angoisse est encore plus forte lorsque cette souffrance est infligée à titre de vengeance par un gouvernement vindicatif déterminé à punir ceux qui lèvent la voix contre ses multiples violations des Droits de l’Homme. Sortie de prison en 2005, après cinq années d’incarcération en Chine, j’avais été prévenue par les autorités chinoises de ne plus aborder publiquement le sujet des Droits de l’Homme. Il me fût rappelé que j’avais une famille en Chine. Le gouvernement chinois a tenu parole. Ma famille a subi une pression constante de la part des autorités et mes enfants ont été régulièrement détenus, torturés ou emprisonnés. Aujourd’hui mon fils Ablikim Abdureyim a rejoint en prison son frère cadet Alim. Ablikim a été condamné à neuf ans d’incarcération pour avoir « incité et mené des activités sécessionnistes ».
La véritable raison de cette condamnation est ma propre activité de défense des Droits de l’Homme au nom des 10 millions de Turcs Ouïgours qui vivent en Chine dans la région autonome du Xinjang Ouïgour, l’ancien Turkestan de l’est. L’arrestation, la détention, le procès et la condamnation d’Ablikim (ci-dessous) violent la constitution chinoise. Mon fils n’a même pas pu avoir l’aide d’un avocat. Son procès aurait dû être public, pourtant même aucun membre de notre famille ne fût admis. En fait nous ne fûmes même pas averti de l’existence de ce procès… Malheureusement mon cas n’est pas unique. De nombreuses familles Ouïgours ont été confrontés à la définition vague des « crimes contre la sécurité de l’État » qui sert de prétexte au parti communiste. La même semaine et au même tribunal que mon fils, Huseyn Cecil citoyen Ouïgour et Canadien a été condamné à la prison à vie sous prétexte d’ « activités terroristes » et de « complot sécessionniste ». Aucune preuve ne fut présentée et Pékin, ici, a clairement agi en violation des lois internationales en refusant de reconnaître la citoyenneté canadienne de Mr Cecil et l’assistance de son consulat.
Ces dernières années, et particulièrement à l’approche des Jeux Olympiques de Pékin, les dirigeants chinois font régulièrement état de progrès en matière de Droits de l’Homme. Le Président Hu Jintao a maintes fois souligné l’importance du respect de l’état de droit, pierre angulaire d’une Chine nouvelle et meilleure. Dans son discours à l’université de Yale, l’an passé, il a promis de « protéger la liberté du peuple, la démocratie et les Droits de l’Homme selon la loi ».
Cependant, un véritable état de droit digne de ce nom reste inconnu en Chine pour tous les groupes ethniques, y compris la majorité Han. Le gouvernement continue d’emprisonner son propre peuple, de lui dénier ses droits légaux afin d’éliminer la dissidence. À Pékin, des politiciens habitués à la diplomatie internationale répètent ce que le Monde veut entendre, tandis qu’au niveau local d’autres violent allègrement la constitution. Trop souvent la communauté internationale se complait à écouter ces fausses promesses et ignore la réalité misérable des Droits de l’Homme en Chine.
La Chine ne deviendra une grande nation, méritant le respect du monde, que lorsqu’elle respectera d’abord les Droits de l’Homme sur tout son territoire et le garantira à ses citoyens. Si Pékin souhaite vraiment montrer son sérieux quant aux Droits de l’Homme, remettre en liberté mes deux fils serait un bon début ».
Rebiya Kadeer est présidente de l’association Ouïgour Américaine et du congrès Ouïgour mondial.
LES TIBÉTAINS
Le Tibet est une région très pauvre, mais qui occupe une place stratégique importante : situé à la frontière du Népal, c’est au Tibet que les plus grands fleuves de Chine prennent leur source (voir chapitre 2.6. Impacts sur l’environnement). MATHÉMATIQUES / POURCENTAGES Actuellement, environ 135 000 Tibétains sont réfugiés dans le monde : 100 000 en Inde, 15 000 au Népal, 1 500 au Bhoutan, 2 300 en Suisse, 2 000 aux USA et au Canada, 100 en Grande-Bretagne, 200 en France. La population chinoise (Han) au Tibet aurait depuis peu dépassé le nombre de Tibétains. Il y aurait 6,1 millions de Tibétains contre 7,5 millions de colons chinois. Énoncé : Vous pouvez demander aux élèves de transformer ces données en pourcentages et de les mettre sous forme de graphique en camembert. Demandez-leur ensuite d’analyser ces résultats. Débat sur le Tibet Comparez les arguments pro-chinois et protibétains, en vous basant sur plusieurs sites internet.
SITES PRO-TIBÉTAINS :
Site du gouvernement tibétain en exil
Site de la campagne internationale pour le Tibet (en anglais)
http://www.solidaritetibet.org/
SITES PRO-CHINOIS :
http://www.china.org.cn/fabook/ me...
http://french.peopledaily.com.cn/fr...
http://www.china.org.cn/fa-xizang/ ...
Site de l’Ambassade de Chine en France
Site du gouvernement de la région autonome du Tibet (traduction du chinois par Google)
LITTÉRATURE
Les larmes de Nyima Tsering , de Woeser
Le lama Nyima Tsering se tenait devant la porte d’entrée du Potala. Il était prêt à répondre aux questions de touristes venus de loin, en anglais ou en chinois. Car c’était son travail. Mais il était surtout connu de la population pour ses fonctions officielles : il était membre permanent de l’assemblée populaire de la ville de Lhassa. On le voyait souvent à la télévision tibétaine. Avec toujours cette même attitude calme et digne. Un jour, on lui demanda de remettre deux photos aux autorités : il fallait lui faire un passeport. D’ici quelques jours, il allait devoir partir à Pékin pour y rejoindre les représentants d’un certain ministère, avant de partir avec eux en Norvège pour participer à une conférence internationale sur les droits de l’homme. Nyima Tsering était ému, et inquiet. […]
Quelques jours plus tard, il s’envolait pour la Norvège. C’était la première fois qu’il quittait son pays. Dans cette délégation d’une dizaine de personnes, il était le seul Tibétain, le seul lama en robe. Le premier jour de la conférence, on se rendit à l’ambassade pour un banquet. L’ambassade de Chine, bien sûr. Quand la voiture s’arrêta, il entendit un cri, un cri lancé par de nombreuses personnes massées sur le trottoir : “Lama gyami (en tibétain : chinois), lama gyami, lama communiste…” […]
Le troisième jour, Nyima Tsering fut invité à prendre la parole à la conférence. Il était là pour témoigner, en tant que moine, de la bonne protection des droits de l’homme au Tibet. […] Soudain, un délégué américain demanda : “Avez-vous la liberté de voir le dalaï-lama ?” Nyima Tsering sursauta. Il était préparé à ce genre de question, mais en entendant le mot “dalaï-lama” il sursauta quand même. Il répondit de manière astucieuse : “C’est une question politique, à laquelle je ne répondrai pas.” […]
Le quatrième jour, alors qu’il se promenait dans un parc, une jeune fille en jean vint à lui. Il vit immédiatement qu’elle était tibétaine. Elle lui tendit les deux mains avec une expression de familiarité. Nyima Tsering les prit. C’est alors qu’elle se mit à pleurer à grand bruit. “Que faitesvous ici, à suivre ces Chinois ? Vous êtes tibétain, lui cria-t-elle, ne restez pas avec eux”… Le jour du départ arriva enfin. Il restait deux heures à attendre à l’aéroport. Les cadres de l’ambassade étaient partis. Nyima Tsering marchait librement, portant ses pas où il voulait. A un moment, une idée traversa son esprit : et si je ne repartais pas avec eux ? J’ai mon passeport, assez d’argent… Bien sûr, ce ne fut qu’un éclair. On l’a déjà dit, Nyima Tsering est quelqu’un de calme et de digne. C’est pourquoi il repartit avec les autres. Mais, lorsque l’avion décolla, deux coulées de larmes glissèrent lentement sur son visage amaigri.
Extrait d’une nouvelle de Woeser, Courrier International, n°745, février 2005.
Analyse de cet extrait
Que ressent le Lama tibétain ?
En quoi cette nouvelle exprime la difficulté des Tibétains de vivre leur culture et leur religion en Chine ?
Recherche Qu’est-ce qu’un Lama ? Faites le portrait de Tenzin Gyatso, le XIVe Dalaï-Lama.
POUR EN SAVOIR PLUS
CHANSON
Étudier les paroles de la chanson « Seven years in Tibet » de David Bowie. Voir les paroles, cliquez ici
Le clip de la chanson est disponible sur youtube.
FILMS
- Sept ans au Tibet, de Jean-Jacques Annaud (1997).
Le film raconte l’histoire de Heinrich Harrer entre 1939 et 1951. Heinrich Harrer, alpiniste autrichien, fait partie d’une expédition germanoautrichienne visant à gravir le Nanga- Parbat, un sommet inviolé de l’Himalaya, situé en Inde, au moment même où éclate la Seconde Guerre mondiale, en abandonnant sa fiancée enceinte en Autriche. Fait prisonnier par les Anglais avec ses compagnons, Harrer réussit à s’évader en 1944. Commence alors une longue errance qui le mènera, avec son ami Peter Aufschnaiter, à Lhassa, la capitale du Tibet, où il fera la connaissance du XIVe Dalaï Lama, alors âgé de 6 ans, dont il deviendra l’ami. Cette rencontre le transformera. L’invasion du Tibet par la Chine en 1950 l’obligera à fuir. Par la fin, il voit pour la première fois son fils... qui lui partagea sa passion d’alpiniste.
- Kundun de Martin Scorsese, retrace la jeunesse de Tenzin Gyatso, le XIVe Dalaï Lama, de sa naissance paysanne à son exil vers l’Inde, en 1959. Ce qu’il reste de nous, film documentaire réalisé par Hugo Latulippe et François Prévost en 2004. Déjouant la douane et la sécurité chinoise, une jeune femme originaire du Tibet réfugiée au Québec se rend dans son pays d’origine avec les deux réalisateurs. Porteuse d’un message d’encouragement filmé du Dalaï-Lama à son peuple, ils rencontrent en secret des Tibétains qui visionnent le message. Au fil de leurs rencontres de personnes issues de différents milieux et dans de multiples situations, se brosse un portrait de cette population opprimée par l’occupation chinoise. Ce film documentaire québecois a remporté de nombreux prix, dont le prix Jutra (prix du cinéma québecois) du meilleur documentaire en 2005.
ROMANS
Dans la gorge du dragon par Eliot Pattison
et Freddy Michalski, éd. Livre de Poche,
2004. (Prix Edgar Award 2000)
Ce roman policier permet Pour avoir mis trop d’obstination à résoudre une affaire impliquant un dirigeant du Parti communiste, Shan Tao Yun, ancien inspecteur chinois, endure l’épuisement, la faim et la peur depuis trois ans dans un camp de travaux forcés au Tibet. Après la découverte du corps décapité d’un Américain aux abords du camp, ses codétenus, des moines tibétains, refusent de reprendre le travail, au péril de leur vie. Sur ordre de l’abject colonel Tan et pour sauver ceux qui sont devenus ses amis, Shan accepte de mener l’enquête. Elle le conduira, envers et contre tous, jusque dans l’antre du dragon... - Au Royaume des Femmes, d’Irène Frain, éd. Fayard, 2007.
Un roman policier plein de suspense, qui permet de découvrir le peuple tibétain et sa religion, ses rituels, ses superstitions et la réalité de l’occupation chinoise. Joseph Rock, explorateur et botaniste des années 20, est prêt à tout pour devenir celui qui découvrira la montagne la plus haute de l’Everest. D’après les confidences d’un vieil officier britannique qui lui parle d’un mystérieux peuple d’Amazones caché dans les pentes de cette montagne, Rock va traverser la Chine et le Tibet. Flanqué de douze serviteurs, muni d’un gramophone, d’une baignoire gonflable et de sa précieuse argenterie, le voici parti à l’assaut de la légende. Mais ce royaume existe-t-il vraiment ?
- Les pavots rouges, d’Alai, éd. du Rocher, coll. Terres étrangères, 2003.
La famille Maichi, dont le père est chef de clan, vit au Tibet, juste avant l’invasion des troupes de la Chine communiste. Nous découvrons avec stupeur des coutumes ancestrales : difficile de se croire au XXe siècle au vu de traditions que nous qualifierions de « barbares » et de façons de vivre dignes du Moyen Age ! Un livre passionnant, couronné par le prix « Mao Dun », la plus haute distinction littéraire de Chine (ce qui n’est pas étonnant, puisqu’il donne une vision plus proche du régime que celle d’habitude véhiculée en Occident sur le Tibet).
ESSAIS / DOCUMENTAIRES - Dix ans avec Alexandra David-Néel, de Marie-Madeleine Peyronnet (Plon)
La vie d’Alexandra David-Néel racontée par sa secrétaire. Cette exploratrice d’exception fut orientaliste, chanteuse d’opéra, journaliste, écrivain et la première femme d’origine européenne à séjourner à Lhassa, qui était la capitale interdite.
- Tibet, otage de la Chine de Claude B. LEVENSON, éd. Picquier poche Poche n° 225, 2004.
Biographe du dalaï-lama, auteur de nombreux livres sur le Tibet, l’auteur a volontairement écarté ici toute démonstration polémique pour confier ce qu’elle a vu, senti, entendu, dans une narration d’une grande richesse de cœur et d’émotion.
- Le Tibet est-il chinois ? de Anne-Marie Blondeau et Katia Buffetrille, éd. Albin Michel, 2002.
Cet ouvrage ne cède à aucun parti pris et recherche seulement l’objectivité. La genèse de l’ouvrage est liée à une réaction de spécialistes occidentaux à la publication en 1988 d’un pamphlet chinois intitulé Le Tibet, cent questions et réponses. Ce document affirmait présenter le résultat des recherches des tibétologues chinois sur les points controversés de l’histoire tibétaine et de la politique chinoise au Tibet. Anne-Marie Blondeau et Katia Buffetrille, les éditrices, ont conservé le plan du pamphlet et ont placé en regard des réponses des savants chinois celles des savants occidentaux pour chacun des thèmes traités. L’éventail est vaste, de l’histoire à l’éducation, de la médecine à la démographie en passant par les émeutes, la folklorisation de la culture tibétaine, etc...




