« Toute personne a le droit à la liberté d’expression et d’opinion, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».
Article 19 de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme
La liberté d’expression est essentielle… Elle fait partie de la nature humaine : depuis que l’être humain s’est organisé en société, il a cherché à comprendre le monde qui l’entoure et à l’améliorer, notamment grâce au langage, qui le distingue des animaux.
La liberté d’expression est également essentielle au bon fonctionnement de la démocratie. En effet, sans elle, pas moyen d’être informé de ses droits et de ses obligations. Pas moyen non plus de dénoncer les injustices et d’y remédier.
C’est pourquoi les journalistes jouent un rôle essentiel dans la défense des droits humains et que la presse est devenue « un quatrième pouvoir », car le seul fait d’accéder à l’information et de la diffuser permet d’influencer la vie sociale et politique d’un pays, voire d’un continent ou même du monde, grâce à l’apparition des nouvelles techniques de communication (internet, télévision…).
« Une chose dont on ne parle pas, n’a jamais existé. C’est l’expression seule qui donne la réalité aux choses ».
Oscar Wilde (1856-1900)
RECHERCHE
Demandez à vos élèves de chercher dans l’actualité des conflits dont on ne parle jamais et dont ils n’ont jamais entendu parler dans la presse ou à la télévision. Comment expliquent-ils ce phénomène ? Et chez nous, en Belgique, y a-t-il à leur avis des thèmes dont on ne parle pas ? Pour quelles raisons ?
EXPRESSION ECRITE, ARGUMENTATION
Lettre d’un ami chinois
Gao Zhisheng, connu sous le sobriquet d’« avocat aux pieds nus », doit sa notoriété à ses prises de position pour les droits de l’homme et à ses remarquables lettres ouvertes à M. Hu Jintao et à M. Wen Jiabao, les dirigeants du Parti communiste. Il écrit, dans sa troisième lettre :
« M. Hu Jintao et M. Wen Jiabao, permettez-moi de dire avec respect que nous devons avoir le courage et la moralité d’admettre que la machine politique, qui a brutalement torturé notre nation pendant un demisiècle, est entachée du sang et des larmes de personnes innocentes et que la piteuse destinée du peuple chinois, du fait de la coercition et l’oppression de milliers d’années de tyrannie, n’a pas encore pris fin. Nous devons reconnaître que notre nation, notre peuple, ont le droit de vouloir la démocratie, la liberté, un Etat de droit et des droits de l’homme et que ce désir n’a jamais été aussi fervent qu’aujourd’hui. Toute tentative actuelle d’obstruer la quête des droits susmentionnés s’avèrera vaine. Je vous prie de pardonner ma franchise mais toutes les dettes de sang se sont gravées dans les yeux, l’expérience et les souvenirs salis des gens. Messieurs, ce n’est que lorsqu’on a au cœur la sécurité des personnes souffrantes qu’on peut trouver une vraie sécurité. De même, c’est seulement lorsque vous vous soucierez du futur de notre nation que vous aurez aussi un bel avenir ! »
(Le 12 décembre 2005).
Analysez cette lettre avec vos élèves. Sur quels principes l’auteur base-t-il ses arguments ? Quels sont les risques auxquels s’expose le signataire de cette lettre ?
Vous pouvez demander à vos élèves d’écrire une lettre aux autorités chinoises afin de demander un plus grand respect des droits humains. Demandez-leur d’imaginer et de rédiger la lettre argumentative à partir d’une situation décrite dans ce dossier. Voir aussi la vidéo parlant de l’arrestation de Gao Zhisheng sur Youtube (en anglais), cliquez ici.
LA CENSURE EN QUESTION
« Toute personne a droit à la liberté d’expression ; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix. »
Article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, signé par la Chine en octobre 1998.
Il s’agit d’un article du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Vous pouvez demander à vos élèves de commenter cet article. Vous pouvez aussi leur demander de le reformuler avec leurs propres mots.
La Chine a signé ce traité il y a plusieurs années. Pourtant, ce pays a mis en place tout un système de censure, qui touche les journalistes, les internautes, les éditeurs… Recherche : sur base des informations données dans le Chapitre 1.2 sur la liberté d’expression, comparez la censure en Chine avec celle exercée en Tunisie ou dans d’autres pays autocratiques (pour votre recherche, consultez les sites d’Amnesty et de Reporters sans frontières).
Débat / Recherche
Posez à vos élèves la question suivante : qu’évoque la censure pour vous ? Pensezvous qu’elle est nécessaire au bon fonctionnement d’un régime ? Pourquoi ?
Développez votre réponse avec des exemples précis.
Que désigne le mot chinois Dazibao ? En quoi est-il lié à la propagande ou à la liberté d’expression ?
Débat / Dissertation
Proposez à vos élèves d’écrire une dissertation
sur la liberté d’expression à partir du
cas de Shi Tao et de l’intervention de
Yahoo. Posez-leur les questions suivantes
pour alimenter leur réflexion :
Qui porte la responsabilité de l’arrestation
de Shi Tao ?
Est-ce qu’Internet en Chine est un outil
pour la défense des droits humains ou
au contraire un outil au service de la
censure et de la répression politique ?
Peut-on accepter l’argumentation
chinoise, selon laquelle il y a des secrets
d’Etat que l’on ne peut divulguer ?
Les journalistes ont-ils le droit ou le
devoir de tout dire ?
Selon vous, faudrait-il apporter certaines
limites à la liberté d’expression ? Si oui,
lesquelles ?
Résumé de « l’affaire Shi Tao ».
Shi Tao, un journaliste chinois, a reçu en juin 2007 la Plume d’or 2007, un prix qui récompense les défenseurs de la liberté de la presse.
Ce cyber-dissident chinois a été condamné à dix ans de prison en Chine pour « divulgation illégale de secrets d’Etat à l’étranger ». Dans les faits, il a envoyé par mail à un site basé à l’étranger un document officiel montrant comment le gouvernement chinois muselait la presse au sujet du quinzième anniversaire du massacre de la place Tian-anmen.
Il a été repéré par la police chinoise grâce à l’assistance du bureau de Yahoo basé à Hong Kong (voir chapitre 1.2. sur la liberté d’expression et le chapitre 2.3. sur le rôle des multinationales).
La très officielle Association de la Presse Chinoise est rapidement intervenu en exigeant que le prix lui soit retiré, arguant que le journaliste avait été condamné légalement pour « divulgation de secret d’Etat ». Georges Bloch, président du WEF (le World Editors Forum, ou congrès international de la presse), a répondu : « si cette loi rend possible d’envoyer un journaliste en prison pour une telle raison, elle devrait être immédiatement abolie vu qu’elle est en contradiction avec toutes les conventions internationales sur la liberté d’information et les droits de l’homme. » Il a continué en affirmant que la liberté de parole n’existait pas en Chine : « si elle existait, ni Shi Tao, ni des dizaines d’autres journalistes ne seraient en prison ».
De son côté, la WAP (la World Association of Newspapers, l’Association Mondiale des Journaux, qui a décerne les plumes d’or) a déclaré : « les autorités chinoises qui ont puni de dix ans de prison un jeune journaliste doivent revoir au plus vite cette décision. Shi Tao est innocent. Nous appelons la communauté internationale à redoubler d’efforts pour faire libérer Shi Tao et les 80 autres journalistes et internautes détenus en Chine ».
Lettre ouverte des écrivains chinois
À un an des Jeux olympiques, des écrivains chinois ont écrit une lettre courageuse, dans laquelle ils osent demander des réformes au gouvernement.
En voici un extrait :
« Aujourd’hui, un an avant la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques à Pékin, le CIO de Pékin a publié son slogan « Un monde, un rêve ». Les citoyens chinois comme nous devraient être fiers de pouvoir organiser cette fête qui symbolise la paix, l’amitié et la justice. Mais, avec regret, quand on voit la réalité, même au cours de la préparation de cet événement, on est obligé de se demander comment ce slogan décrit le monde, et pour qui ce rêve se réalise-t-il ? Comment faire pour que la Chine puisse organiser une vraie fête dans l’esprit Olympique, qui sera la fierté de tous les citoyens chinois, et appréciée par le monde entier ? Nous vivons dans un monde de plus en plus globalisé, mais ce monde n’est guère paisible. La confrontation entre les riches et les pauvres, la violation des droits de l’homme par la dictature, et la menace de la vie par la violence, sont à la une de l’actualité quotidienne. Les peuples qui ont échappés à la guerre, à la pénurie ou aux malheurs dûs à la politique, sont de plus en plus conscients que les droits de l’homme sont des valeurs universelles. Ceux-ci jouent un rôle important pour amener un monde de paix, de liberté et de justice. Le monde qui est décrit dans ce slogan est certainement un monde où tous les gens jouissent des droits de l’homme. Un monde qui ne respecte pas les droits de l’homme, ne peut être qu’un monde brisé ou la dignité, l’égalité et l’harmonie se font rares. Ainsi, le même rêve décrit dans ce slogan, devrait être juste ce que réclame la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et ce qu’affirme la Loi constitutionnelle de la république populaire de Chine : les Droits de l’Homme.
C’est pour cette raison, que nous conseillons au CIO de Pékin de rectifier ce slogan en rajoutant les éléments des droits de l’homme, ce qui correspond plus à l’esprit olympique. À cette occasion, le gouvernement chinois devrait montrer une belle image comme la plupart des pays civilisés, en respectant les Droit de l’Homme promis dans la loi constitutionnelle, et tenant compte de son engagement d’amélioration des droits humains au moment de la demande de l’organisation des jeux olympiques. Le slogan olympique de Pékin devrait être : Un monde, un rêve, et les droits de l’homme universels.
Avec ce slogan, tous les citoyens chinois seront encouragés par cet événement, ce serait une opportunité réelle pour le progrès de la Chine, pour l’harmonie de la société. Y a-t-il un autre rêve plus merveilleux que "le même monde, les mêmes droits de l’homme" ?
Nous avons ce rêve, mais nous avons aussi des inquiétudes. Ces dernières années, bien que le gouvernement chinois répète ses engagements dans la protection des droits de l’homme, ainsi que l’abolition du système de “détention et rapatriement” en 2003, et l’inscription dans la loi constitutionnelle de la clause "protection des droits de l’homme" en 2004, le gouvernement chinois n’a pas pris des mesures réelles pour prouver ses efforts pour l’amélioration des droits de l’homme. Au contraire, ce que nous avons vu, entendu et vécu, c’est le détournement des informations et la répression de la liberté d’expression.
Les défenseurs des droits de l’homme sont de plus en plus opprimés, les critères des droits de l’homme reconnus internationalement sont déformés, les actes de violence contre les pauvres sont de plus en plus fréquents et atroces. Même la préparation des Jeux Olympiques devient une excuse pour le gouvernement afin de violer les droits des pauvres gens. Tous ces faits sont contraires à l’esprit Olympique, la Chine perd sa crédibilité devant la communauté internationale et devant ses propres citoyens.
Le gouvernement est conscient de la gravité de ces faits, c’est pour cela que le pouvoir central a annoncé une politique « basée sur l’humain » et une « société harmonieuse ». Mais, l’essentiel n’est pas d’annoncer des slogans, il faut prendre des mesures concrètes. Si les droits de chaque citoyen ne peuvent pas être respectés, même si on mobilise toutes les ressources pour peindre les façades des villes, pour construire des batiments pharaoniques, ou décrocher de nombreuses médailles, on ne peut pas cacher la réalité : la Chine est un pays qui ignore les droits de l’homme.
Comment la flamme olympique peut déguiser une société si conflictuelle, et camoufler l’environnement gravement pollué ? Si le gouvernement agit ainsi, comment ses propres citoyens peuvent-ils partager le même rêve ?
En tant que citoyens de la Chine, et citoyens du monde dans une époque globalisée, nous espérons que les problèmes des droits de l’homme peuvent être résolus définitivement, que les jeux olympiques puissent se dérouler dans des conditions libres et paisibles, que les étrangers puissent apprécier notre pays qui respecte les droits humains. Mais la réalité de la Chine nous déçoit, et nous met en colère. Nous savons que sur le sujet des droits de l’homme, notre gouvernement devrait et pourrait faire mieux, mais nous avons perdu petit à petit l’espoir et la confiance dans notre gouvernement qui est en crise de légitimité. (...) »
Pour voir la lettre dans son intégralité, cliquez ici.
Mise en scène / Happening
Proposez à vos élèves de faire connaître cette lettre de façon originale :
inventez une mise en scène, avec des
écrivains prenant la parole, puis la
police chinoise qui intervient afin de les
faire taire…
action Dazibao : affichez la lettre ainsi
que des slogans sur les JO partout dans
l’école, comme les Dazibao, ces journaux
muraux qu’utilisaient les étudiants
chinois lors des manifestations de la
place Tienanmen en 1989. Proposez
ensuite un débat avec la vision d’un
reportage (par ex avec le DVD sur la
peine de mort en vente chez Amnesty).
ANGLAIS Étude d’une chanson
Proposez à vos élèves de traduire cette chanson écrite par un dissident chinois. Demandez-leur en même temps de faire une recherche sur les événements de la place Tiananmen, en juin 1989, lorsque l’armée chinoise a réprimé les manifestations étudiantes.
CHANSON POUR LES ETUDIANTS DE TIANANMEN
To the Students at Tiananmen by WANG YU
From the time you gathered at Tiananmen Our daylight dissolved into your midnight To become a white night enmeshed in nightmares As twilight descended upon your shoulders Dawn’s light slowly ascended Our terrified eyes Irrepressible cries of horror As yet another white night arrived We lived in A nightmare between The eastern and western hemispheres Between one night and the next and one dream and the next The direction shifted And crisis concealed itself beside you From the first it was a group of you Betraying yourselves Beware ! Youth of China History bowed its head in shame The badge of revolution rusted And warped A thief’s cunning A butcher’s treachery Exhausted We glued our eyes to the news On the glittering screen In the newspaper We joined our hearts to your bodies The white night scorched us At some unknown time The troops appeared And shouted with rage— Your echo Resounded across the globe You were our hope China’s future In the heart of the motherland With youth you attacked Withered arteries And transplanted them with living Democracy and freedom In May 1989 The world watched you in hope Youth of China As you shed your light on the darkness And lit a lantern in the heart of the motherland Where darkness transited into white night Hope battled despair Blind to the tanks Blind to recklessness Have no fear that someone will oppose the future An eternally unobstructable willpower Is passed from one generation to the next Youth of China Marching heroically toward The breach of dawn. Composed June 3, 1989
LITTÉRATURE / FRANCAIS
Dès 1978, de jeunes poètes crient leurs doutes envers la société communiste. Bei Dao devient, dans les années 70, le porteparole d’une génération sacrifiée par la Révolution culturelle et se retrouve rapidement frappé d’une interdiction de publier en Chine. Il s’exile alors vers l’Europe et les Etats-Unis mais continue d’écrire dans sa langue maternelle.
Il faut que je te dise, Monde,
Je n’y crois pas !
Je ne crois pas que le ciel soit bleu,
Je ne crois pas à l’écho du tonnerre,
Je ne crois pas que les rêves soient faux
Je ne crois pas que la mort ne soit pas récompensée.
Bei Dao
Un Nobel de langue chinoise
En 2000, le prix Nobel de littérature est attribué à Gao Xingjian. C’est la première fois en 100 ans qu’il récompense un écrivain de langue chinoise. À Stockholm, dans son discours de réception du prix, Gao Xingjian, français depuis 1998, adresse de sévères critiques au régime communiste. Pour lui, l’écrivain a besoin d’une totale liberté pour exercer son art. HISTOIRE / SCIENCES SOCIALES
Sur base des affiches de propagande chinoise et de témoignages de victimes, demandez à vos élèves de présenter la période de Révolution Culturelle en Chine. Vous trouverez sur ce site les illustrations d’affiches de propagande :




