« Tout individu à droit à la vie »
Article 3 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme.
Amnesty International s’oppose à la peine de mort, car c’est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit, et qu’il viole le droit à la vie.
DÉBAT : Pour ou contre la peine de mort ?
Bien que ce débat suscite toujours beaucoup d’émotions difficiles à maîtriser, il s’agit d’un débat essentiel qui pose la question du rôle de la justice, du respect de la dignité humaine et du droit à la vie. Ces notions sont au cœur de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Proposez à vos élèves quelques pistes de réflexion « à froid » (voir les pistes cidessous).
Montrez-leur ensuite le film sur la peine de mort en Chine. Vous pouvez commander le DVD de ce film chez Amnesty au prix de 5 euros.
Pistes de réflexion sur la peine de mort :
— Une personne qui a tué mérite d’être tuée à son tour… Si c’était ton enfant qu’on tuait, toi aussi tu approuverais la peine de mort !
La peine de mort n’efface pas la souffrance de la victime et de ses proches. Au contraire, elle banalise l’acte de tuer, puisque même la justice, qui devrait montrer le bon exemple, a le droit de tuer ! C’est donc que tuer n’est pas si grave…
– La peine de mort est nécessaire pour faire peur aux criminels. Ainsi, ils n’oseront plus tuer, sachant qu’ils risquent d’être exécutés à leur tour.
Dans les pays qui appliquent la peine de mort, on n’a pas observé de baisse significative de la criminalité. C’est donc que l’effet dissuasif de la peine de mort ne fonctionne pas.
– La peine de mort est une forme de justice plus efficace, qui empêche les criminels de recommencer après leur libération.
Amnesty ne demande pas de libérer les criminels jugés inaptes à se réinsérer dans la société. Mais on ne peut accepter comme solution à la criminalité l’idée de tuer un être humain, quel qu’il soit.
Ce type de « solution » risque surtout de voir des innocents exécutés. Aucun système de justice n’est à l’abri d’erreurs. De nombreux pays ont libéré des condamnés à mort après la découverte de nouveaux éléments qui les disculpaient. Pour d’autres condamnés, ces informations sont arrivées trop tard.
– La peine de mort est une bonne façon de faire comprendre à celui qui a commis une faute qu’il était dans l’erreur.
À quoi servirait au condamné le fait de comprendre son erreur, si c’est pour être exécuté ? En quoi le fait de tuer peut-il être pédagogique ? C’est au contraire un drôle de message que la justice ferait passer : pour montrer que tuer n’est pas bien, on va tuer quelqu’un… Pas très logique !
– Grâce aux injections létales, la peine de mort est plus douce pour le condamné.
Tuer quelqu’un est toujours un acte violent. La peine de mort implique en plus qu’il y ait un bourreau, c’est-à-dire quelqu’un de formé (et souvent payé) pour donner la mort. Celui qui joue le rôle du bourreau, qu’ils soit le médecin préparant les doses mortelles à injecter ou le soldat qui tire une balle dans la nuque, devient lui-même un assassin, au même titre que tous ceux qui lui ont donné l’ordre de tuer.
– La peine de mort a toujours existé et existera toujours.
Au contraire, la tendance générale est à l’abolition. À l’heure actuelle (mai 2007), 128 pays ont aboli la peine capitale en droit ou en pratique, alors que seulement 69 maintiennent ce châtiment dans leur législation, même si le nombre de pays qui procèdent à des exécutions chaque année est nettement inférieur. En dehors de la Chine, les exécutions deviennent de plus en plus rares. Depuis 1990, plus de 45 pays ont aboli la peine capitale pour tous les crimes. En Europe, seule la Biélorussie n’a pas encore aboli la peine de mort et ne la pratique quasiment pas.
Bref, avec la peine de mort…
La mort d’un être humain devient un
spectacle.
La justice devient la vengeance.
Un être humain, le bourreau, est
désigné pour donner la mort à un autre
être humain, qu’il tue de sang froid.
Accepter la peine de mort, c’est accepter que les instincts les plus violents –ceux que la justice condamne- deviennent la norme.
Chansons
En 2003, Amnesty Jeunes avait organisé un concours pour les jeunes de textes de chansons sur la peine de mort, intitulé « Pas la Peine ».
Vous pouvez écouter ces chansons en classe et les analyser. Pour commander le CD « Pas la peine » (5 Euros), téléphonez au 02/538 81 77
ETUDE DE TEXTE
En Chine, la peine de mort sert à calmer la colère du peuple
Courrier International, 30/05/07
La condamnation à mort pour corruption de l’ancien responsable du Bureau de l’alimentation et du médicament, Zheng Xiaoyu, par un tribunal pékinois, satisfera la colère populaire, mais n’aidera en aucun lieu à régler le problème de la corruption, écrit l’éditorialiste chinois Qiu Feng sur le site Xin Shiji, installé aux Etats-Unis. Zheng a immédiatement fait appel.
Zheng Xiaoyu était accusé d’avoir reçu pour 6 400 000 yuans (640 000 euros) de pots-devin en échange d’autorisations de commercialisation de centaines de médicaments non encore testés. Certains experts demandent depuis quelque temps l’abolition de la peine de mort. Mais cette idée n’est absolument pas populaire, souligne l’éditorialiste. De plus, à une époque où la corruption est généralisée, il faut croire que le risque de la peine de mort n’effraie pas, poursuit-il. Tant de fonctionnaires sont corrompus, et si peu se font prendre, que le risque de perdre la vie par décision de justice est moins grand que celui de la perdre dans un accident de la circulation. La peine de mort a beau être effrayante, elle reste très improbable.
Questions
Selon ce texte, pensez-vous que la peine de mort ait un effet positif sur la criminalité en Chine ? Pensez-vous que la peine de mort soit une solution à la corruption ?
POURCENTAGES ET STATISTIQUES
Dans son dernier rapport annuel, Amnesty a recensé 1591 exécutions dans le monde en 2006, dont 1010 ont eu lieu en Chine. Calculez le pourcentage d’exécutions en Chine par rapport au reste du monde. Notez que le chiffre de 1010 est basé sur des informations officielles, mais tout porte à croire que le chiffre réel se situe entre 7000 et 8000 exécutions en Chine. Calculez le nouveau pourcentage en vous basant cette fois sur cette estimation.
CITATIONS LITTÉRAIRES
« Et bien, songez-y, qu’est-ce que la peine de mort ? La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où a peine de mort est rare, la civilisation règne. »
Il s’agit d’un extrait du discours de Victor Hugo qu’il proclama devant l’assemblée constituante en 1848.
Demandez aux élèves de commenter cette citation : « Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable plutôt que de condamner un innocent. »
Il s’agit d’une citation de Voltaire en faveur de l’abolition de la peine de mort. Comme pour les citations de Victor Hugo, vous pouvez proposer aux élèves de commenter cette citation d’un philosophe des lumières.
« Je laisse une mère, je laisse une femme, je laisse un enfant. Une petite fille de trois ans, douce, rose, frêle, avec de grands yeux noirs et de longs cheveux châtains. Elle avait deux ans et un mois quand je l’ai vue pour la dernière fois. Ainsi, après ma mort, trois femmes, sans fils, sans mari, sans père ; trois orphelines de différente espèce ; trois veuves du fait de la loi. J’admets que je sois justement puni ; ces innocentes, qu’ont-elles fait ? N’importe ; on les déshonore, on les ruine. C’est la justice. (...) Mais ma fille, mon enfant, ma pauvre petite Marie, qui rit, qui joue, qui chante à cette heure et ne pense à rien, c’est celle-là qui me fait mal ! »
Le Dernier jour d’un condamné - 1829
« De deux choses l’une : Ou l’homme que vous frappez est sans famille, sans parents, sans adhérents dans ce monde. Et dans ce cas, il n’a reçu ni éducation, ni instruction, ni soins pour son esprit, ni soins pour son cœur ; et alors de quel droit tuez-vous ce misérable orphelin ? Vous le punissez de ce que son enfance a rampé sur le sol sans tige et sans tuteur ! Vous lui imputez à forfait l’isolement où vous l’avez laissé ! De son malheur, vous faites son crime ! Personne ne lui a appris à savoir ce qu’il faisait. Cet homme ignore. Sa faute est à sa destinée, non à lui. Vous frappez un innocent. Ou cet homme a une famille ; et alors croyez-vous que le coup dont vous l’égorgez ne blesse que lui seul ? que son père, que sa mère, que ses enfants, n’en saigneront pas ? Non. En le tuant, vous décapitez toute sa famille. Et ici encore vous frappez des innocents. »
Le dernier jour d’un condamné- Préface 1832
A partir de ces célèbres extraits du roman de Victor Hugo "Le dernier jour d’un condamné", vous pouvez demander à vos élèves de répondre à la question suivante : « Mis à part le condamné, n’y a-til pas d’autres victimes de cette condamnation et de cette mort... ? ».
Voir aussi la Bande Dessinée tirée du roman d’Hugo, adaptée par Stanislas Gras et parue aux éditions Delcourt.
RECHERCHE
Proposez à vos élèves de faire une recherche sur des philosophes, des écrivains, des penseurs ou des poètes qui se sont engagés dans la lutte contre la peine de mort à travers les siècles. (Victor Hugo, Camus, Larroze, Voltaire...)
Les intellectuels et les personnalités publiques ont-elles un rôle à jouer dans ce domaine ? Ont-elles une responsabilité morale ? Quel impact peuvent-elles avoir ? Pensez-vous qu’en Chine, de tels courants de pensée existent ? Qui sont les Voltaire et Hugo chinois ?
RÉDACTION
Demandez à vos élèves de rédiger un dialogue argumentatif opposant un partisan de la peine de mort et un partisan de son abolition.
POUR EN SAVOIR PLUS...
Voici deux romans dénonçant la peine de mort :
L’étranger, d’Albert
Camus.
Résumé de l’histoire : Meursault est un modeste employé de bureau, à Alger. Il retrace son existence, de la mort de sa mère jusqu’à sa condamnation à mort pour le meurtre d’un Arabe, limitée au déroulement mécanique de gestes quotidiens et à la quête de sensations élémentaires.
Le dernier jour d’un condamné, de
Victor Hugo, roman défendant l’abolition
de la peine de mort.
Le livre est le journal d’un condamné à mort, ou encore un monologue intérieur, qui se propose d’écrire ce qu’il vit pendant les dernières semaines (à partir d’un peu avant son jugement, c’est-à-dire un peu plus que six semaines) avant son exécution. Le lecteur ne connaît ni le nom de cet homme, ni ce qu’il a fait pour être condamné (il existe quelques vagues indications qui laisseraient croire qu’il a tué un homme même si symboliquement on pourrait croire qu’il s’est tué lui même dans son seul crime) : l’œuvre se présente comme un témoignage brut, à la fois sur l’angoisse du condamné à mort et ses dernières pensées, les souffrances quotidiennes morales et physiques qu’il subit et sur les conditions de vie des prisonniers, par exemple dans la scène du ferrage des forçats. Il exprime ses sentiments sur sa vie antérieure et ses états d’âme...
Et voici trois films sur le sujet :
La vie de David
Gale, film américain
d’Alan Parker,
sorti en 2003.
David Gale, un ancien professeur dans une université du Texas est condamné à mort pour avoir violé et tué une collègue de travail. Toutes les preuves sont contre lui : empreintes digitales sur le sac de plastique qui a servi à étouffer la victime, sperme à l’intérieur de la victime et empreintes de soulier... À trois jours de son exécution, il fait venir une journaliste pour qu’il lui accorde 3 entrevues de 2h. La journaliste découvrira alors qu’il était un ardent défenseur de l’abolition de la peine capitale, tout comme la victime... Elle fera des longues recherches pour comprendre l’histoire de David Gale.
Le pull-over rouge.
Tout d’abord un livre puis l’adaptation en film. 1974. Le meurtre d’une enfant de huit ans, dans la région de Marseille, provoque l’indignation générale. Très vite, la police arrête un suspect, un homme de vingt-deux ans sans histoires : Christian Ranucci. Toutes les apparences sont contre lui. À l’intérieur de son véhicule, aperçu le jour du crime par un témoin, on retrouve son pantalon ensanglanté. Après plusieurs heures de garde-à-vue, Ranucci craque et avoue le meurtre. Peu après, il revient sur ses aveux et permet au doute de s’installer. Mais son procès, deux ans plus tard, intervient un mois après celui de Patrick Henry. Reconnu coupable, Ranucci est guillotiné le 28 juillet 1976, malgré les nombreuses zones d’ombres du dossier qui sont révélées par une reconstitution minutieuse de l’affaire.
Dead Man
Walking.
Soeur Helen Prejean, une religieuse vouée à la cause des minorités et des exclus, reçoit, un jour, une lettre de Matthew Poncelet, un jeune criminel condamné à la peine capitale pour le meurtre de deux adolescents et qui attend depuis six ans son exécution dans le couloir de la mort d’un pénitencier de Louisiane. Poncelet demande à la religieuse de l’aider dans ses ultimes démarches de recours en grâce puis de devenir son conseiller spirituel. D’abord réticente et hostile face à ce criminel endurci accusé d’avoir, avec son complice Carl Vitello, froidement abattu le jeune Walter Delacroix d’une balle dans la nuque et violé puis poignardé sa fiancée Hope Percy, Soeur Helen va se lier d’amitié avec Poncelet en dépit de ses propos racistes liés à son appartenance à la Fraternité Aryenne et son absence totale de remords.




