En Chine, les expulsions forcées sont devenues monnaie courante alors que les autorités chinoises cherchent à raser d’innombrables immeubles en vue des Jeux Olympiques.
Les responsables du projet de construction du Centre Olympique ont déclaré qu’au moins 6000 familles subissaient des dommages dus aux préparatifs des Jeux ; mais les Organisations Non- Gouvernemenales estiment le nombre des victimes à un chiffre bien supérieur. Beaucoup ont été expulsées sans que les procédures de protection ne soient entièrement suivies et sans avoir été dédommagées en conséquence. Les expulsions forcées –qui ne sont pas soumises à un régime de protection légale adéquate- sont une violation des droits humains, dont le droit à un logement décent prévu par la le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, que la Chine a ratifié.
Les expulsions forcées continuent d’être signalées à Pékin. Par exemple, en juillet 2006, dix familles auraient refusé de quitter un immeuble situé à proximité du nouveau site de la Télévision centrale chinoise (qui diffusera les Jeux olympiques en 2008) au motif que le montant du dédommagement proposé par les autorités locales était insuffisant. Elles avaient affiché sur le bâtiment des slogans proclamant : « Arrêtez de tromper et de martyriser les gens », « Droits humains » et « Démolition illégale ». Les habitants de Qianmen, quartier historique de Pékin, se sont aussi plaints de la faiblesse des indemnisations offertes pour leurs maisons dans le cadre du programme de démolition et de reconstruction. L’un d’entre eux (dont le nom n’a pas été révélé) aurait déclaré : « Les Jeux olympiques sont une bonne chose pour la Chine. Ils montrent que nous avons la capacité, la puissance et la richesse nécessaires pour organiser une telle manifestation internationale. Mais ils ne doivent pas servir de prétexte pour faire du mal aux citoyens ordinaires, pour chasser les gens de chez eux. »
Un autre, surnommé Yu, a ajouté : « Les Jeux olympiques ont porté un coup terrible aux citoyens de base, ils ont bouleversé nos vies. C’est que nous pensons, mais nous ne pouvons pas le dire tout haut. »
Amnesty International s’était déjà vivement inquiétée de l’incarcération de Ye Guozhu, arrêté après avoir demandé l’autorisation d’organiser une manifestation à Pékin avec d’autres victimes présumées des expulsions forcées qui ont accompagné les travaux de préparation des Jeux olympiques. Le 18 décembre 2004, Ye Guozhu a été reconnu coupable d’avoir « cherché querelle et provoqué des troubles » par le tribunal populaire intermédiaire n°2 de la municipalité de Pékin ; il purge actuellement une peine de quatre ans de détention à la prison de Chaobai. Amnesty International considère Ye Guozhu comme un prisonnier d’opinion détenu uniquement pour l’exercice légitime de ses droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion, et continue d’exhorter les autorités chinoises à le libérer immédiatement et sans conditions.
Il est apparu récemment que Ye Guozhu avait été torturé en détention. Selon des informations dignes de foi reçues par Amnesty International, il a été suspendu au plafond par les bras et frappé à plusieurs reprises par des policiers au centre de détention du district de Dongcheng, à Pékin, avant son transfert en prison. Il souffrirait depuis d’importantes douleurs au dos. Au cours du second semestre 2005, il aurait aussi été torturé pendant quatre mois dans une autre prison, la prison de Qingyuan – semble-t-il parce qu’il refusait d’admettre sa « culpabilité ». Il aurait notamment été frappé à coups de matraque électrique, contraint de rester assis bien droit sur une chaise inconfortable pendant de longues périodes, et attaché avec des menottes et des bracelets pour les chevilles, qui lui ont occasionné des blessures. Il semble qu’il soit mieux traité à la prison de Chaobai, mais il continue de souffrir des problèmes de santé qu’il avait déjà avant son incarcération (hypertension, problèmes cardiaques et troubles dus à une thrombose cérébrale). Il se plaindrait aussi de douleurs dans le dos et aux chevilles provoquées par les tortures et les mauvais traitements qu’il a subis. Les autorités carcérales se contentent, semble-t-il, de lui donner un traitement de base pour l’hypertension, sans se préoccuper de ses autres problèmes de santé ou de ses blessures.
D’autres militants, comme Qi Zhiyong, ont aussi été victimes d’expulsions forcées liées à la rénovation de Pékin pour les Jeux olympiques. Cet homme avait dû être amputé d’une jambe à la suite d’une blessure par balle survenue lors de l’intervention des forces de sécurité contre les manifestations de Tiananmen, en 1989.
Contraint de démissionner de son entreprise à cause de son infirmité, il avait monté à Pékin un petit commerce, qui lui permettait de vivoter. Cependant, il a dû déménager son échoppe à plusieurs reprises, appremment à cause des travaux aux Jeux olympiques. Au début de l’année, les autorités lui ont retiré sa licence commerciale et l’ont incarcéré pendant cinquante et un jours pour sa participation, en février 2006, à une grève de la faim destinée à protester contre le récent passage à tabac d’autres militants chinois et des avocats qui tentaient de les défendre. Sa femme a aussi été licenciée de son travail, semble-t-il, en raison des activités militantes de son mari. Avec une fillette de huit ans et les frais médicaux élevés occasionnés par les séquelles de sa blessure, Qi Zhiyong et son épouse ont du mal à joindre les deux bouts.
Dans d’autres villes également, ceux qui demandent justice pour les victimes d’expulsions forcées sont arrêtés et harcelés. Ainsi, l’avocat Zheng Enchong, qui a acquis une réputation de défenseur des personnes expulsées à la suite des travaux de rénovation de Shanghai, continue de subir des actes de harcèlement et d’intimidation, même depuis sa libération de prison le 5 juin 2006. Ses activités d’avocat lui ont valu d’être arrêté à quatre reprises par la police en juin et en juillet, notamment en raison d’informations sur des expulsions forcées découvertes sur son ordinateur. La police et les autorités locales l’auraient prévenu que sa sécurité ne serait plus assurée s’il continuait de travailler sur ce type de sujets. Sa famille a aussi reçu l’ordre de ne pas parler de sa situation aux médias.
Voir aussi le blog :
http://www.rue89.com/chinatown
Pour en savoir plus : Le rapport de la FIDH « Expulsions forcées à Chongqing », disponible en anglais en cliquant ici




