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1.4) Discriminations contre les migrants ruraux

lundi 22 octobre 2007, par Laura Lhoir

Dans les grandes villes, les travailleurs venant de zones rurales sont victimes de discriminations sur de nombreux plans. Bien que les autorités aient pris l’engagement de résoudre le problème, ils sont plusieurs millions à attendre le paiement d’arriérés de salaire.

On estime qu’il y a entre 150 et 200 millions de travailleurs ruraux ayant migré vers les villes à la recherche d’un travail en Chine et leur nombre risque de croître dans les dix années à venir. Dans certaines villes, ils constituent la majorité de la population.

Ce phénomène engendre un grand nombre de défis sociaux. Les revendications sociales se font de plus en plus fortes, et commencent à se faire entendre à l’extérieur de la Chine. A ce sujet il est bon de jeter un coup d’oeil à un livre écrit en 2001 par un chinois, Gordon Chang -« The collapse of China » - qui voyait d’un oeil sombre l’avenir de la Chine. Il y a en effet depuis un certain temps des attentats meurtriers dans les villes et campagnes chinoises, des évènements qui sont immédiatement étouffés par les autorités. Par ailleurs, selon le ministre de la sécurité publique Zhou Yongkang, 87 000 émeutes ont eu lieu en 2004, soit deux fois plus qu’en 2002.

La pauvreté de masse, les inégalités croissantes, les expropriations des terres dans les campagnes font partie des principaux motifs de cette grogne montante. L’introduction progressive du capitalisme a entraîné la privatisation de nombreux services publics, l’augmentation des coûts de santé et de scolarisation, etc. La campagne est devenue un véritable poudrière, avec un taux de chômage plus élevé, un revenu par habitant inférieur de 2/3 à celui des villes des régions côtières, et ce en partie du fait que l’agriculture chinoise est resté à l’écart de l’introduction du capitalisme : les terres restent collectivisées malgré quelques expropriations et l’agriculture peu productive. On voit ainsi croître un mouvement véhément de revendication émerger appelant à une nouvelle révolution dans les campagnes, pour renverser les cadres corrompus des provinces.

La différence de richesse entre villes et campagnes se creuse de plus en plus, poussant sur les routes de l’exode rural des millions de chinois. Et ces populations errantes s’entassent souvent dans des villeschampignons construites autour d’usines, fournissant une main-d’œuvre très bon marché mais difficile à contôler pour les autorités.

Source :

http://unoeilsurlemonde.blogs.courr...

Le Hukou, un système discriminatoire

Les migrants internes sont tenus de se faire enregistrer comme résidents temporaires auprès des autorités locales dans le cadre du système d’enregistrement des ménages (hukou). Ceux qui parviennent au bout de la procédure, souvent longue et laborieuse, se heurtent malgré tout souvent à la discrimination au niveau des logements, de l’éducation, de la santé et de l’emploi, en raison de leur statut temporaire. Les nombreux autres qui ne parviennent pas au bout de la procédure d’enregistrement restent sans statut légal, ce qui les rend vulnérables à diverses formes d’exploitation de la part des policiers, des propriétaires, des employés et des résidents locaux.

« Le gouvernement central a pris certaines mesures pour améliorer le sort des travailleurs migrants, mais la question la plus importante reste sans réponse – le système du hukou continue d’établir une discrimination entre les personnes sur la base de leur origine sociale, estime Catherine Baber, coordinatrice Chine pour Amnesty Suisse. Le gouvernement doit réformer le système du hukou et pousser les autorités locales à appliquer les lois existantes qui visent à assurer à tous l’accès aux soins, à des conditions de travail équitables et à l’enseignement primaire gratuit. »

Les patrons ont recours à toute une série de tactiques pour empêcher leurs employés de quitter leur emploi. Les migrants internes ont souvent des arriérés de salaires, ce qui signifie que ceux qui partent perdent au moins deux ou trois mois de salaire. Les employeurs retiennent souvent à dessein les salaires avant le Nouvel An lunaire pour être sûrs que leurs ouvriers reviendront après les fêtes – rendant ainsi impossible l’achat de billets de train à des millions de migrants au moment des fêtes. Les patrons forcent souvent de manière illégale les ouvriers à laisser un dépôt de garantie, dans le but de les empêcher de changer d’emploi. Du fait du statut incertain que leur confère le système des certificats de résidence (hukou), les migrants internes ne portent généralement pas plainte.

Ce type de tactiques permet aux patrons de pallier à la pénurie grandissante de main d’œuvre sans avoir à augmenter les salaires. Ceci explique en partie pourquoi les salaires n’ont pas augmenté de façon significative en réponse à la pénurie de main d’œuvre, comme on pourrait s’y attendre dans des conditions normales de marché.

Mlle Zhang, migrante de 21 ans, travaillait dans une usine textile de la banlieue de Pékin. Les ouvrières n’avaient pas été payées depuis trois mois, aussi avaient-elles décidé de partir. Enfermées dans l’usine, elles n’étaient autorisées à la quitter que sur présentation d’un billet de sortie. Finalement, l’une d’entre elles réussit à s’emparer de la clé de la grille d’entrée et elles firent une sortie en masse, forçant le garde à l’entrée à les laisser passer. Madame Zhang se souvient :

« A ce moment-là, nous étions vraiment contentes de nous... C’était une sorte de victoire. Finalement, je n’ai perdu qu’un mois de salaire. En fait, certaines parmi nous ont perdu quatre mois de salaire. »

Des cadences infernales

Mlle Zhang a travaillé dans neuf usines différentes pendant les quatre dernières années. Voici son expérience dans une usine de vêtements à Shenzhen :

« On faisait des heures supplémentaires chaque jour, et le plus tôt que l’on pouvait quitter le travail c’était vers 23h. Quelques fois, on a travaillé jusqu’à 2 ou 3h du matin et le lendemain, il fallait travailler comme d’habitude. On commençait à 7h30 jusqu’à midi. Ils nous ont dit que l’on avait une demi-heure de pause pour prendre le déjeuner et un repos, mais en fait il n’y avait pas de repos et l’on reprenait le travail directement après le déjeuner. La meilleure journée était dimanche car ce jour-là, nous devions seulement faire des heures supplémentaires jusqu’à 21h30. Nous étions vraiment harassés. Il y avait même des gens qui ont perdu connaissance, tellement ils étaient fatigués. »

Un autre migrant interne raconte :

« Nous travaillons 14 heures par jour. Les heures de travail sont de 7h30 à 11h30 et de 13h30 à 17h30 et encore de 18h30 à 22h30. Si nous sommes pressés d’exécuter une commande, nous continuons à travailler jusqu’à 00h30. Nous avons une pause le soir pour manger. Les périodes où nous sommes pressés de finir une commande, et durant lesquelles nous faisons beaucoup d’heures supplémentaires, peuvent durer plus que 20 jours d’affilé. Si nous ne sommes pas trop pressés, nous faisons seulement quatre heures supplémentaires par jour. Il faut faire des heures supplémentaires. Sinon ils vous condamnent à une amende. »

Accès à l’enseignement

Des millions d’enfants de travailleurs migrants sont aussi touchés et luttent pour avoir le droit d’aller à l’école. Dans de nombreux endroits, ils sont effectivement exclus du système scolaire ; en l’absence de hukou, les parents doivent s’acquitter de frais d’inscription demandés uniquement aux migrants ou payer des frais d’inscription très élevés. Ainsi, selon certaines estimations, 20 millions d’enfants ne vivent pas avec leurs parents en ville, notamment parce qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir y être scolarisés.

« La Chine s’est engagée à faire bénéficier tous ses citoyens d’un enseignement primaire gratuit, mais en dépit des efforts du gouvernement central, les écoles d’État continuent d’imposer des frais de scolarité qui rendent l’éducation primaire inabordable, particulièrement pour les enfants de migrants, a déclaré Catherine Baber. Ces millions d’enfants sont l’avenir de la Chine : le gouvernement doit leur donner l’accès à l’éducation. »

• En septembre 2006, les autorités municipales de Pékin ont fermé des dizaines d’écoles pour enfants de migrants, ce qui a touché plusieurs milliers d’entre eux. Les autorités ont affirmé viser les établissements non enregistrés et de seconde zone ; or, des exigences très difficiles à respecter pour les écoles destinées aux migrants rendaient leur enregistrement quasi impossible. Selon certains membres du personnel scolaire, ces fermetures étaient destinées à réduire la population de migrants à Pékin à l’approche des Jeux olympiques de 2008.

Accès aux soins de santé

La grande majorité des migrants est exclue des systèmes d’assurance maladie des villes et n’a pas les moyens de payer des soins médicaux privés.

« Franchement, des gens comme nous sont venus à Pékin pour travailler. Nous n’osons pas aller à l’hôpital, c’est simplement trop cher… », raconte une jeune femme à Pékin. Les communautés migrantes dans ces villes ne vont jamais, ou rarement, à l’hôpital. Lorsqu’ils cherchent des soins professionnels, ils sont souvent déjà gravement malades. Même dans des cas de graves maladies ou d’accidents, il arrive souvent que les migrants ne soient pas admis parce qu’ils n’ont pas d’assurance de santé ni les moyens de payer les frais eux-mêmes.

Une étude sur les migrants à Shanghai basée sur des données de 1993 à 1996 montre qu’il y a seulement 6,7% de migrants, comparé aux 73,7% de résidents permanents, qui sont couverts par un programme d’assurance. 93,3% de migrants devaient payer pour les soins de santé eux-mêmes, comparés aux 26,3% de résidents permanents.

Les migrants souffrent aussi d’un manque d’accès à l’information liée à la santé, dont l’information concernant la santé reproductive et sexuelle, ce qui fait qu’ils sont plus susceptibles d’attraper une maladie infectieuse. Comme ils se retrouvent souvent dans les travaux les plus dangereux, les migrants sont un des groupes les plus vulnérables quant au risque d’accidents professionnels.

Témoignage :

« Ce ne serait pas juste de dire que l’on ne pouvait jamais avoir des jours de congés ; mais si vous êtes malade le plus que vous pouvez attendre est un jour de congé. Si vous êtes vraiment fatigué et que vous avez besoin d’un repos, la seule chose à faire est d’être absent sans permission. Mais ça ne vaut pas le coup, sauf si vous n’avez pas d’autres choix, parce que vous perdrez le bonus de présence complet et la paie des heures supplémentaires, et ils vont déduire le salaire de quatre jours comme une amende. »

Pour en savoir plus sur le sort des migrants en Chine, voir le rapport d’Amnesty : Migrants en Chine : le coût humain du miracle économique, disponible en cliquant ici

Blogs

http://blogenchine.com/2006/03/14/c...

http://chine.blog.lemonde.fr/

JARDIN DE LIBERTÉ

VIDÉO

Tapez « migrants in China » sur youtube.com pour trouver des reportages vidéo sur la question des migrants. Voir aussi le film China Blue de Micha Peled

Voir aussi le reportage sur les manifestations contre les confiscations des terres (en anglais) en cliquant ici

Révoltes paysannes dans le sud de la Chine contre la politique de contrôle des naissances

Des dizaines de milliers de paysans ont violemment manifesté, en fin de semaine dernière, dans plusieurs districts de la région autonome du Guangxi (sud de la Chine) pour protester contre la politique de contrôle des naissances.

Dans une ville au moins, cette manifestation aurait dégénéré en confrontation avec des centaines de policiers, ont raconté des témoins cités par l’Agence France-Presse. Des véhicules officiels ont été brûlés ainsi que des bâtiments publics. Certaines sources donnent des bilans divers, certaines parlant même de morts, notamment dans les rangs de responsables du planning familial.

MENACE DE BABY-BOOM

La colère de ces agriculteurs a été provoquée par l’envoi de fonctionnaires chargés de faire payer des amendes à tous ceux qui avaient eu trop d’enfants. Depuis 1979, les Chinois des villes ne peuvent avoir plus d’un enfant, quant aux paysans, ils sont autorisés à en avoir deux, si leur premier bébé est de sexe féminin. L’obsession d’assurer leurs vieux jours pour des paysans dépourvus de retraites et de solides traditions patriarcales ancrées dans les mentalités font souvent préférer les garçons aux filles.

« C’est difficile de dire combien de personnes ont manifesté, mais on peut dire qu’il y avait une marée humaine », a raconté un témoin dans la ville de Shuiming. Selon des journaux de Hongkong, quelque 50 000 fermiers seraient descendus dans les rues de quatre villes de cette région, vendredi 18 et samedi 19 mai 2007.

Ces incidents sont peut-être la résultante de pratiques qui semblaient, depuis plusieurs années, en voie de disparition : après l’imposition de la politique de contrôle des naissances, qui a sans doute permis d’éviter plusieurs centaines de millions de naissance en près de trente ans, les responsables du planning familial ont parfois imposé des mesures pour le moins coercitives dans des villages reculés : avortements forcés, confiscation des biens des « contrevenants », destruction ou incendie des propriétés de ceux qui ne voulaient pas obtempérer, etc.

Dernièrement, des démographes chinois se sont émus du fait qu’un nombre croissant de riches citadins n’hésitaient plus à payer des amendes afin d’avoir plus d’un enfant. La Chine serait, selon eux, menacée d’un nouveau baby-boom. Il est trop tôt pour savoir ce qui s’est passé dans le Guangxi mais, en ville, les amendes peuvent aller de 500 à 20 000 euros en fonction de la nature du « délit » ou des revenus de l’individu incriminé.

Selon des témoignages diffusés sur Internet par des sources du Guangxi, les responsables du planning familial auraient levé des amendes importantes et, surtout, imposé des avortements à des femmes enceintes ayant enfreint la norme.

Bruno Philip

Article paru dans le Monde du 23.05.07.

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