Le Tibet est une région géographique qui correspond au Toit du Monde, située au nord de l’Himalaya. Il est aussi la région où vivent des Tibétains, un peuple majoritairement bouddhiste. Sa superficie varie selon qu’on prend en compte le Tibet historique, beaucoup plus grand que l’actuelle région autonome du Tibet, ou Xizang, qui a un statut particulier comme d’autres régions de Chine.
Le Tibet est une des régions les plus symboliques, qui soulève beaucoup de passion entre les défenseurs du peuple et de la culture tibétaine, en danger face à la domination chinoise, et les défenseurs de la position chinoise, pour qui le peuple tibétain a été libéré d’un joug féodal et religieux. Pour ces derniers, avant 1949, le Tibet était une théocratie féodale, dirigée par les grands propriétaires terriens et les prêtres. La majorité de la population rurale avait un statut de serfs ou de paysans, avec une minorité d’esclaves. Une justice sommaire et partiale était rendue par le seigneur ou le Lama, comprenant torture et mutilations.
Cette thèse est contredite par les pro-Tibétains, qui soulignent que le statut d’esclave était une minorité, lorsque le fils héritait du père d’une dette le mettant à la merci du seigneur. Même si le développement économique lié à la « colonisation » chinoise a amélioré la vie des paysans tibétains, on ne peut pas dire que le Tibet a été libéré par la Chine. La population tibétaine a souffert de la présence chinoise dans beaucoup de domaines, et risque de perdre son identité à cause de la tentative chinoise d’homogénéisation du Tibet au sein de la Chine.
Un peu d’histoire
Le Tibet a été envahi par l’armée chinoise en 1949, et annexé à la Chine en 1951. Depuis, le peuple tibétain a connu une série de mesures visant à l’empêcher de pratiquer sa langue, sa culture et sa religion. Mais les tentatives de résistance n’ont jamais mis en danger l’autorité de Pékin. Il faut dire que le Dalaï Lama, le chef spirituel des Tibétains, a toujours préconisé une résistance pacifique et se limite aujourd’hui à demander une autonomie plus importante pour le Tibet, acceptant de fait l’intégration de la région dans la Chine.
En 1950, la Chine annonce la libération du Tibet . En 1951, l’armée chinoise pénètre dans Lhassa. L’Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet est signé sous la contrainte, et le sceau du Dalaï Lama est falsifié. Le Tibet redevient une province de la Chine, officiellement gouvernée par le Dalaï Lama et le Panchen Lama, mais contrôlée en fait par le pouvoir central chinois qui s’occupe de la défense, des affaires étrangères, des finances et de l’éducation.
En 1959, une insurrection éclate à Lhassa, la capitale du Tibet. Le Dalaï Lama fuit le Tibet pour se réfugier en Inde. Il sera suivi d’environ 100 000 Tibétains. Le nombre de Tibétains tués dans l’action militaire selon le rapport d’un militaire chinois officiel fut de 87 000, simplement entre mars 1959 et septembre 1960, et cela seulement dans le secteur de Lhassa. Bien plus de Tibétains furent tués dans l’Amdo et le Kham qui sont des régions plus peuplées.
Depuis 1987, plus de 214 tentatives de manifestations pacifiques pour l’indépendance ont été réprimées et les manifestants arrêtés expédiés dans des camps de travail. Tous ont été condamnés à des peines allant de 3 à 20 ans de prison.
En 1989, une manifestation de Tibétains finit dans un bain de sang.
Discriminations
- Discriminations du droit à la liberté de religion
Dans la région autonome du Tibet et ailleurs, la population tibétaine est victime d’atteintes à la liberté de religion, d’expression et d’association. De nombreux Tibétains, notamment des moines et des nonnes bouddhistes, ont été arrêtés ou emprisonnés pour avoir pratiqué leur religion ou exprimé leurs opinions.
Ainsi, en 1995, les autorités ont placé en résidence surveillée le jeune Panchen Lama, c’est-à-dire l’enfant choisi pour succéder au Dalaï-Lama à la tête du bouddhisme tibétain traditionnel. À sa place, Pékin a choisi un autre enfant de culture chinoise, et a tenté de l’imposer pour mieux pouvoir contrôler l’église bouddhiste tibétaine.
En 2001, l’institut bouddhiste de Serthar est détruit. Son fondateur, Khenpo Jigme Phuntsok, a également été mis en résidence surveillée puis a disparu dans des circonstances douteuses.
Les photos du Dalaï Lama sont interdites, sous peine de prison, mais pas celles du Panchen Lama (celui désigné par le gouvernement central de Pékin, et non celui reconnu par le Dalaï Lama).
• Sonam Gyalpo, ancien moine, a été condamné à douze ans d’emprisonnement en milieu d’année pour avoir « mis en danger la sécurité de l’État ». On avait découvert chez lui des vidéos du dalaï-lama et d’autres éléments « compromettants ». Sa famille a été informée de son procès et de sa condamnation alors qu’elle tentait de lui rendre visite en détention.
• Tenzin Delek Rinpoche Ce lama tibétain très respecté a été condamné à la prison à vie sur la base d’allégations non prouvées d’implication dans un attentat à la bombe.
POUR EN SAVOIR PLUS : Faites une recherche sur Khenpo Jigme Phuntsok et sur l’institut bouddhiste de Serthar.
Discriminations dans le domaine de
l’emploi.
« Certains autorités chinoises prétendent que l’urbanisation forcée des bergers tibétains est une forme éclairée de modernisation. » Brad Adams, Human Rights Watch.
Le gouvernement chinois déplace les bergers tibétains par la force vers des zones urbaines et des terres agricoles, détruisant ainsi leurs moyens de subsistance et leur mode de vie. En outre il leur refuse l’accès à la justice pour les violations de leurs droits, selon un récent rapport de Human Rights Watch.
Pour plus d’informations, cliquez ici
Liberté d’expression
Selon les autorités chinoises, les Tibétains ne seraient pas soumis à des discrimina tions particulières car ils disposent des mêmes droits que l’ensemble des citoyens de la République Populaire de Chine, avec les mêmes devoirs et les mêmes restric tions.
Mais comme ailleurs en Chine, ceux qui sont trop critiques vis-à-vis du régime ou qui affirment trop leur identité culturelle sont victimes d’arrestations arbitraires, de tortures ou même de disparitions.
Les raisons de l’arrestation de prisonniers politiques sont variées : diffusion de prospectus politiques, diffusion de « slogans ou de chants réactionnaires », possession ou exposition du drapeau tibétain, participation à des manifestations pour l’indépendance du Tibet ou en faveur du Dalaïlama... Les autorités chinoises ont installé des caméras de surveillance à Lhassa pour contrôler les manifestations.
À la fin des années 1950, des milliers de Tibétains ont été envoyés dans des camps de travail pour avoir critiqué le parti communiste ou pour « crime idéologique de nationalisme local ». Des milliers d’autres ont été emprisonnés en raison de leur statut social lors des révoltes contre la domination chinoise qui se sont déroulées de 1956 à 1959.
Pendant la Révolution culturelle, des dizaines de milliers de Tibétains ont été également envoyés dans des camps de travail pour avoir encouragé ou soutenu les révoltes. Pendant et après les manifestations de 1987-89, des Tibétains ont été détenus pendant de longues périodes pour avoir manifesté en faveur de l’indépendance tibétaine.
Le nombre de prisonniers politiques tibétains a diminué ces dernières années. Pendant les années 1990, il y avait environ un millier de prisonniers politiques au Tibet. En 2001, il y en avait autour de 300. La majorité de prisonniers politiques continuent à être des moines et des nonnes, mais on assite aussi à des arrestations d’intellectuels trop critiques envers le régime chinois.
La prison de Drapchi a acquis une sinistre réputation pour avoir accueilli des milliers de prisonniers tibétains. Plusieurs détenus y sont morts en mai 1998 pour avoir refusé de participer à une cérémonie du drapeau chinois, organisée à l’occasion de la fête internationale du Travail. Pour en savoir plus sur cette prison, voir le rapport d’Amnesty en cliquant ici
• Woeser, intellectuelle tibétaine de premier plan, a vu son blog fermé à plusieurs reprises après qu’elle eut soulevé des questions au sujet du rôle de la Chine au Tibet. Elle a écrit plusieurs livres de poésie, ainsi que des notes sur le Tibet et des études sur la Révolution culturelle.
Voir les extraits de certains de ses livres traduits en anglais en cliquant ici
• Jigme Sangpo est un des plus anciens prisonniers d’opinion tibétain. Il a passé la plupart des quarante dernières années derrière des barreaux. Il a été arrêté pour la première fois dans les années 1960 et envoyé dans un camp de rééducation pour avoir soi-disant « infligé des châtiments corporels à ses élèves ». Il a été de nouveau arrêté en 1970 et condamné à dix ans d’emprisonnement pour ses activités politiques. Sa dernière période de détention, à la prison Drapchi, a commencé en 1983. À cette époque, il a été condamné à quinze ans d’emprisonnement pour « propagande contre-révolutionnaire » car il avait collé une affiche demandant l’indépendance du Tibet.
Il a vu sa peine prolongée de cinq ans en 1988 pour avoir scandé des « slogans réactionnaires », puis de huit ans supplémentaires en 1991 pour avoir crié “Vive le Tibet libre !” lors de la visite dans sa prison de l’ambassadeur de Suisse en Chine. Il a été libéré le 31 mars 2002, à l’âge de 76 ans, suite à des campagnes internationales en son nom.
Déplacements de population / Contrôle des naissances
La Chine a toujours considéré le Tibet comme une partie intégrante de son territoire. Afin de renforcer le caractère chinois de cette région, elle a mis en place une politique de colonisation et de déplacement de populations.
Dans une première période, toutefois, cette politique a été conduite avec une grande prudence. Les langues des minorités nationales ont été préservées. Mais, dans un second temps, le pouvoir central a essayé de lutter contre les particularismes locaux, afin de favoriser un développement économique homogène. Les transferts de population ont été favorisés de sorte que les minorités nationales soient, sur leur propre territoire, noyées au milieu d’une population d’origine han. La civilisation chinoise a été montrée en exemple. Les cultures des autres peuples ont été marginalisées. L’apprentissage du chinois s’est généralisé, au détriment des autres langues. Au Tibet, cette politique s’est traduite par un afflux de colons chinois. Elle a aussi eu pour conséquence la déportation d’enfants tibétains dans la région de Pékin, en vue de les initier à la culture han.
La présence chinoise au Tibet est encore accentuée depuis la mise en service du train Pékin-Lhassa. Les défenseurs de la cause tibétaine craignent que cette nouvelle ligne ferroviaire ne contribue à accélérer l’immigration chinoise au Tibet ainsi qu’à le vider plus rapidement de ses ressources naturelles déjà surexploitées. Le gouvernement tibétain en exil estime notamment que « le chemin de fer facilitera le contrôle chinois du Tibet et entraînera l’arrivée de nombreux migrants chinois ».
Par ailleurs, alors que les autres minorités ne font pas partie de la politique de contrôle des naissances en Chine, les femmes tibétaines y sont incluses et seraient stérilisées et obligées à avorter au delà du premier enfant, d’après la Commission des droits de l’Homme (rapport de 1999).
Source : Wikipédia
Répression des migrants
Les autorités continuent de recourir à une force excessive contre ceux qui cherchent à fuir la répression au Tibet. En septembre 2006, des gardes-frontières chinois ont tiré sur un groupe de Tibétains qui tentaient de gagner le Népal, sous les yeux de témoins. La mort d’au moins un enfant a été confirmée.
Environ 150000 Tibétains ont fui le Tibet et vivent actuellement en exil, principalement en Inde.
Environnement
Depuis 1980, la Chine développe au Tibet des centres de recherche nucléaire et y entrepose ses déchets. Des déchets nucléaires auraient été longtemps stockés dans le lac Kokonor, le plus grand lac d’eau salée du Tibet, aujourd’hui contaminé par la radioactivité. Dans les années 1970, de nombreux enfants des nomades ont été atteints de leucémies et de malformations. Pourtant, les effets des polluants radioactifs déversés dans l’eau du plateau tibétain se feront sentir bien au-delà car dix des plus grands fleuves d’Asie y prennentsource. De plus, les vents de haute altitude qui soufflent au Tibet peuvent transporter la radioactivité à de grandes distances.
De même, le déboisement des forêts tibétaines cause de sévères problèmes d’érosion et de glissements de terrain, et augmente le niveau de vase de certains fleuves, ce qui provoque des inondations dévastatrices en Chine, en Inde et au Bangladesh (en 1998, les crues du fleuve Yang-tseu-kiang ont fait plus de 10 000 morts, 250 millions de sinistrés, et des millions de sans-abris).
Les autorités exploitent beaucoup les ressources naturelles présentes au Tibet, sans protéger suffisamment la population. Ainsi, les exploitations de mines comme la mine d’uranium située à Têwo ont provoqué un grand nombre de cancers et de malformations congénitales dans la population, et ont rendu les terres stériles.
Parallèlement à la mise en service de la ligne ferrovière Pékin-Lhassa, des efforts ont été accomplis dans la préservation de l’environnement au Tibet, pour y compenser l’essor industriel. Les rives des lacs entourant Lhassa, source importante d’eau potable et comportant une faune spécifique et variée, ont notamment été interdites à l’agriculture intensive.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le fleuve jaune, le plus important de Chine, prend sa source au Tibet. À cause du réchauffement climatique, ce fleuve s’assèche de plus en plus, transformant des grandes étendues en désert. Voir le film réalisé par Greenpeace sur Youtube, en cliquant ici
Voir les nombreux films sur le Tibet proposés dans la 4ème partie du dossier.




