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Equateur

lundi 25 septembre 2006, par Laura Lhoir

Wilman Adolfo Jiménez Salazar : risque la prison pour avoir défendu des paysans contre une compagnie pétrolière.

Le défenseur des droits humains Wilman Jiménez Salazar a été libéré sous caution le 6 juillet 2006. Il était détenu dans la caserne d’une brigade militaire de la province de Pastaza. Amnesty International est cependant très préoccupée à l’idée que cet homme ne soit jugé par un tribunal militaire, ce qui serait contraire aux normes internationales d’équité. Wilman Jiménez Salazar a été arrêté le 19 juin 2006, alors qu’il photographiait des policiers et des militaires occupés à réprimer une manifestation de paysans contre les répercussions sur l’environnement des activités d’une compagnie pétrolière installée à Payamino, dans la province d’Orellana (Est de l’Équateur). La police et l’armée auraient utilisé du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc afin de disperser les manifestants, blessant Wilman Jiménez Salazar et un autre homme. Selon certaines informations, la compagnie pétrolière a accusé Wilman Jiménez Salazar de « terrorisme » et de « sabotage », et les autorités judiciaires militaires auraient ouvert une enquête sur lui. Il semble que ces investigations aient pour objectif d’intimider Wilman Jiménez Salazar, afin que celui-ci cesse ses activités légitimes de défenseur des droits humains. Si les autorités militaires retiennent des charges contre cet homme, il sera jugé par un tribunal militaire, ce qui ne garantirait pas un procès équitable.

Pour plus d’informations, se référer à l’action urgente Amnesty du 13/07/06 sur http://web.amnesty.org/library/Inde...

María Diocelinda Iza Quinatoa, menacée

María Diocelinda Iza Quinatoa, présidente indigène de la section des femmes de l’Unión de Organizaciones Campesinas del Norte de Cotopaxi (UNOCANC, Union des organisations paysannes du nord du Cotopaxi), est en butte à une campagne d’intimidation et de menaces qui ne cesse de s’intensifier et qu’Amnesty International pense liée à ses activités de militante contre la signature d’un accord de libre-échange entre l’Équateur et les États-Unis. L’organisation est inquiète pour la sécurité de cette femme ainsi que pour celle de sa famille et des membres du personnel de l’Unión de Organizaciones Campesinas del Norte de Cotopaxi (UNOCANC, Union des organisations paysannes du nord du Cotopaxi).

María Diocelinda Iza Quinatoa a coordonné la participation des communautés indigènes du Cotopaxi à des manifestations de masse contre l’accord de libre-échange à Quito, la capitale, en mars et avril 2006. Les organisations indigènes pensent que cet accord aura un impact négatif sur les producteurs et le commerce locaux. Le 10 avril, après avoir assisté à une réunion avec d’autres leaders indigènes à Quito, María Diocelinda Iza Quinatoa aurait été menacée à l’arme blanche par deux inconnues, alors qu’elle marchait dans la rue. L’une des femmes lui aurait demandé : « Tu reviens pour organiser les manifestations ? ». Elles auraient volé son sac à dos, qui contenait des documents confidentiels ainsi que ses papiers d’identité. María Diocelinda Iza Quinatoa a signalé ces faits le jour même à la police judiciaire nationale à Quito. Bien qu’elle ait insisté sur le fait qu’elle avait été victime d’un vol, le policier qui a enregistré sa plainte l’aurait classée dans la catégorie des documents perdus. Le 12 avril, elle a de nouveau signalé les faits à la police judiciaire nationale du Cotopaxi, où, là aussi, le fonctionnaire de service a rempli un formulaire de perte de papiers d’identité. Amnesty International sait qu’aucune enquête n’a été ouverte sur ces événements et est préoccupée à l’idée que la plainte déposée par María Diocelinda Iza Quinatoa n’ait pas été prise au sérieux.

Pour plus d’information, se référer à l’Action Urgente d’Amnesty International, AU 134/06, disponible sur : <http://web.amnesty.org/library/Inde...

INFORMATIONS GENERALES

L’Équateur, le plus petit des pays andins partage avec le Pérou l’héritage inca, qui y a laissé de nombreuses traces. Les vertigineux volcans enneigés et la jungle amazonienne se côtoient à l’intérieur d’un périmètre équivalent à la moitié de la France et 9 fois la Belgique. Au large, dans le Pacifique, les îles Galápagos s’éparpillent sur 50 000 km2, à quelque 1 000 km de la côte. La culture équatorienne est très diversifiée puisque ce fut sur la côte que les conquistadores colonisèrent le pays, laissant les Amérindiens de la Sierra pratiquer leurs traditions autochtones. Bénéficiant de ressources pétrolières, ce pays est situé comme son nom l’indique sur l’équateur, en Amérique du Sud. Il possède également un potentiel agricole important, et a pu développer l’exportation de bananes. Mais la situation des paysans, notamment des Indiens des hauts plateaux andins, n’a cessé de se dégrader, alors que le pays doit faire face à une forte dette extérieure. Les années 1980 ont été marquées par des élections régulières, mais aussi par une lutte contre la production de drogue. En novembre 2002, Lucio Gutierrez est élu président grâce au soutien des « descaminados », les « sans chemises  », ceux qui appartiennent aux classes sociales défavorisées. Ancien colonel de l’armée, Gutierrez a participé en 2000 à un putsch (coup d’Etat) avec un mouvement populaire indien, qui renversa le président élu, Jamil Mahuad. Le nouveau président s’est engagé à combattre la corruption administrative et à offrir la gratuité du système de santé aux pauvres (environ 80% de la population). Il suit pourtant les recommandations du FMI, tout en refusant d’intégrer la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) prônée par les USA.

Le pays reste fracturé, dominé par des intérêts des grandes compagnies qui voient d’un mauvais oeil la politique du gouvernement. Le 20 avril 2005, le président est destitué par un vote du Congrès et remplacé par le vice-président Alfredo Palacio. En octobre 2005, Gutierrez est arrêté à son retour de Colombie et inculpé de corruption et d’atteinte à la sécurité de l’État. Comme en Bolivie, les Indiens s’affirment de plus en plus sur le plan politique. Leur principale organisation politique, le Pachakutik, a des chances d’emporter les prochaines élections, avec leur candidat Luis Macas, le premier député indigène du pays, qui fut aussi brièvement ministre sous le précédent gouvernement. L’Equateur entretient des relations difficiles avec le Pérou, notamment à cause de disputes territoriales le long de la frontière, en pleine forêt amazonienne. Les réfugiés colombiens fuyant le conflit armé dans leur pays sont de plus en plus nombreux ; selon certaines informations, 20 000 demandes d’asile ont été déposées entre janvier et octobre 2005. Les forces armées colombiennes et des groupes d’opposition armés auraient pénétré dans les zones frontalières de l’Équateur, de plus en plus militarisées. A l’heure de la rédaction de ce dossier, les résultats des élections présidentielles et législatives d’octobre et novembre 2006 ne sont pas connus.

DROITS HUMAINS

Des opposants au gouvernement ont été menacés. Dans les zones d’extraction du pétrole, des affrontements ont régulièrement lieu entre les paysans et les forces de l’ordre. L’état d’urgence a été proclamé en mars 2006 dans les provinces d’Orellana, de Napo et de Sucumbios, à la suite d’importantes manifestations contre l’impact sur l’environnement des compagnies pétrolières. Au cours de ce mouvement de protestation, de violents affrontements ont opposé les manifestants aux forces de sécurité. L’état d’urgence, toujours en vigueur aujourd’hui, a suspendu les droits à la liberté d’expression, de mouvement et d’association, et confère aux forces de sécurité le pouvoir de fouiller des lieux de résidence et d’arrêter des personnes sans mandat judiciaire.

TORTURE ET IMPUNITÉ

Au mois de novembre 2005, le Comité contre la torture [ONU] a fait part de sa préoccupation quant au nombre élevé d’allégations d’actes de torture et de mauvais traitements infligés en particulier à des indigènes, à des femmes et à des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres. Le Comité s’est aussi dit vivement inquiet devant le fait que les plaintes pour atteintes aux droits humains commises par les forces de sécurité continuaient à être examinées par des tribunaux militaires et de police, qui n’étaient ni indépendants ni impartiaux.

ENFANTS

En juin 2005, le Comité des droits de l’enfant [ONU] a relevé avec inquiétude la discrimination dont faisaient toujours l’objet les autochtones et les Afro-Équatoriens, y compris les enfants ; les restrictions à l’exercice du droit à l’éducation et à la santé par les enfants indigènes pauvres ; et l’insuffisance des politiques visant à combattre le problème généralisé de la maltraitance et de la violence au sein de la famille. Le Comité était également préoccupé par le nombre élevé d’enfants qui travaillaient ou qui étaient victimes d’exploitation sexuelle à des fins commerciales.

PISTES PÉDAGOGIQUES

- Faire une présentation de la civilisation inca et de ses apports, notamment dans le domaine de l’astrologie. voir le site <http://www.e-equateur.com/histoire....>

- Présentation du pays dans ces différents aspects, à partir de contes, d’un documentaire sur la vie des Amérindiens, : voir le dossier pédagogique « En route pour… l’Équateur » proposé par les Iles de paix. Plus d’infos sur <http://www.ilesdepaix. org/nord/fi...> Sur le rôle des « Indigènes », se référer à Michel Faure, Les Indiens, force émergente en Équateur, Le Monde, 13/07/06. Sur l’histoire de la conquête des Amériques et sur la culture amérindienne, voir « 40 enfants découvrent l’Amérique », une cassette vidéo pour le primaire éditée par Amnesty (accompagnée d’un dossier pédagogique).

Littérature :

. Luis Sepúlveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour, Seuil, 1997 : Roman écologique évoquant la vie des Indiens Shuars dans la forêt amazonienne de l’Équateur, entre l’Équateur et le Pérou. Ce premier roman de l’auteur est dédié à Chico Mendez, dont Sepúlveda a partagé la lutte.

. Jorge Icaza, L’homme de Quito, Albin Michel, 1993 : raconte les aspirations sociales et les cruelles déconvenues d’un métis (chullo).

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