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Cuba

lundi 25 septembre 2006, par Laura Lhoir

Juan Carlos González Leiva, détenu à domicile et harcelé.

Juan Carlos González Leiva, président de la Fondation cubaine des droits de l’Homme (Fundación Cubana de los Derechos Humanos), a été condamné en 2004 à une peine d’assignation à résidence dans la province de Ciego de Ávila. Suite à cette condamnation, il a été victime de nombreuses intimidations et d’actes de harcèlement. Il a déjà été détenu deux ans pour ses activités de défenseur des droits humains.

Des haut-parleurs placés autour des portes et fenêtres de sa maison diffusent de la musique jour et nuit, l’empêchant ainsi de dormir. Mme Tania Maseda Guerra, membre de la Fondation, et M. Luis Esteban Espinosa, journaliste indépendant, venus le rejoindre en signe de soutien, subissent également ces nuisances. Une centaine de personnes rôdent par ailleurs en permanence autour de sa maison et commettent des actes de vandalisme ou menacent d’entrer dans la maison et de brûler ses occupants.

De plus, de nombreux militants et proches de M. González Leiva, qui tentent régulièrement de lui venir en aide à son domicile, dont Mme Yodalis Calderín Nuñez, sa nièce, M. Luis Esteban Espinosa et le psychologue Antonio Legón Mendoza, ont été bousculés ou frappés par ces individus. En outre, le gouvernement cubain a empêché M. Agustín González, père de M. González Leiva, de quitter Cuba, bien qu’il ait obtenu un visa pour se rendre aux Etats-Unis.

Source : L’Observatoire de la FIDH et de l’OMCT, Bulletin °37, disponible sur : <http://www.protectionline.org/artic...>

INFORMATIONS GENERALES

Christophe Colomb découvre Cuba en 1492. Habitée par une centaine de milliers d’indiens, l’île devient officiellement une colonie espagnole en 1511. Si les réserves d’or sont rapidement épuisées, les colons prospèrent grâce au commerce de la canne à sucre et du tabac, et à l’exploitation des populations locales puis des esclaves venus d’Afrique. Au cours du XIXe siècle, les Cubains, comme leurs voisins d’Amérique Latine, s’opposent de plus en plus fréquemment aux forces de leur métropole dans leur désir d’indépendance. En 1868, Carlos Manuel de Céspedes annonce la libération de ses esclaves et appelle ses compatriotes à se soulever contre les autorités espagnoles. Ainsi commence la longue lutte pour l’indépendance de Cuba. Elle s’étale de 1868 à 1902 et comprend trois guerres.

La République de Cuba est instituée en 1902, mais l’influence des Etats-Unis reste considérable dans de nombreux domaines. Le texte de l’Amendement Platt est adopté par le Congrès américain et annexé à la Constitution cubaine. Il prévoit l’attribution aux Etats-Unis d’un droit d’ingérence dans les affaires cubaines, en matière de défense, de politique sociale et de politique économique. Il stipule également que Cuba doit leur céder certaines parties de son territoire, afin qu’ils puissent y établir des bases (Guantanamo) ou des dépôts de charbon. De fait, les Etats-Unis contrôlent la plupart des ressources de l’île et les principaux dirigeants politiques, en soutenant systématiquement les dictateurs qui leur sont favorables et protègent leurs intérêts.

L’économie cubaine repose principalement sur l’exportation de produits dérivés de la canne à sucre et du tabac. Cette ouverture à l’international rend l’île particulièrement vulnérable aux fluctuations de l’économie mondiale. Elle est touchée de plein fouet par la crise de 1929. Les mouvements sociaux se multiplient, tout comme le caractère autoritaire et répressif des régimes en place. Face à ces troubles, les Etats-Unis se désengagent partiellement de la région et abrogent l’amendement Platt en 1933. Ils parviennent tout de même à conserver leur souveraineté sur la Baie de Guantanamo pour une « durée illimitée » et continuent à influer officieusement sur la politique cubaine. C’est de cette époque que date l’entrée de Fidel Castro dans la vie politique, et avec lui, l’émergence du mouvement révolutionnaire cubain. Exilé au Mexique, il fait la rencontre de l’argentin Ernesto Che Guevara, et forme en 1955 le Mouvement du 26 juillet (M-26-7), un mouvement rebelle nationaliste dont l’objectif est de destituer le dictateur Batista et mettre un terme à l’ingérence des Etats-Unis dans les affaires cubaines. L’opération est un échec qui entraîne la mort, la torture ou l’emprisonnement de la totalité des assaillants.

En 1956, 82 membres du M-26-7 embarquent sur le yacht Granma pour rejoindre les cotes cubaines, lancer un mouvement d’insurrection et destituer le dictateur Batista. À peine arrivés, les rebelles sont surpris par les troupes de l’armée cubaine. Les rares survivants (une ou deux douzaines dont Fidel Castro et Ernesto Che Guevara) se réfugient dans les montagnes, se regroupent et recrutent parmi les paysans auprès desquels ils trouvent un soutien certain contre les troupes du gouvernement. Bien que moins nombreuses et moins bien équipées, les forces rebelles remportent plusieurs victoires décisives (Bataille de la Plata) contre l’armée. Batista s’enfuit en 1959, alors que Fidel Castro et Che Guevara prennent la tête du nouveau gouvernement cubain. Fidel Castro fait nationaliser les raffineries sucrières et pétrolières, lance une réforme agraire consistant à confisquer les terres des grands propriétaires terriens et des compagnies américaines (United Fruit Compagny) et à les redistribuer aux paysans plus démunis. Cette politique accroît les tensions avec les Etats-Unis, alors en pleine Guerre Froide. Ils décrètent un embargo commercial sur Cuba en 1960. En 1961, les deux pays rompent leurs relations diplomatiques suite au débarquement de la Baie des Cochons. Décidée par les autorités américaines, l’opération prévoyait l’invasion de Cuba par des troupes anticastristes entraînées par la CIA. Les autorités cubaines ayant été informées du débarquement, les troupes anticastristes ne bénéficièrent pas de l’effet de surprise escompté et l’opération échoue. Cette crise accélère la soviétisation du régime de Castro qui compense la perte des aides et des liens commerciaux américains par une multiplication des échanges et des partenariats avec l’URSS.

Les tensions entre les États-Unis et Cuba atteignent leur paroxysme lors de la crise des missiles de 1962. Suite à la tentative d’invasion des Américains en 1961, la défense de Cuba était devenue un enjeu stratégique pour les Soviétiques, et Castro sut en jouer avec habileté. Il accepte secrètement de faire de Cuba une base avancée de l’URSS lorsqu’il autorise l’installation de missiles balistiques soviétiques à moyenne portée sur le territoire cubain. Les États-Unis en sont informés et mettent en place un blocus naval autour de l’île. Beaucoup s’inquiètent de ce que la crise ne dégénère en conflit nucléaire. Après de longues et difficiles négociations, l’URSS accepte de retirer ses missiles à la condition expresse que les Etats-Unis s’engagent à ne pas envahir Cuba et à retirer leurs missiles nucléaires de Turquie. Quoiqu’ils aient officiellement renoncé à envahir Cuba, les Etats-Unis continuent d’œuvrer à la destitution de Castro, que ce soit par des missions secrètes de la CIA, ou en cherchant à étouffer le régime économiquement. Dans ce contexte, la République Soviétique de Cuba dépend de l’aide et de la protection de l’URSS pour sa survie.

L’effondrement du bloc soviétique en 1991 plonge Cuba dans une période de crise aigue. L’île a perdu son principal client et bailleur de fonds, et se retrouve isolée sur la scène internationale. Cette marginalisation s’accroît encore lorsqu’en 1996 le Congrès américain vote la loi « Helms-Burton ». Celle-ci a pour objectif de précipiter la chute du régime castriste en renforçant l’embargo. Très critiquée par l’Union Européenne, elle prévoit des sanctions économiques contre les compagnies non américaines qui commerceraient avec Cuba. La situation sociale continue de se détériorer, ce qui aboutit à une multiplication des mouvements de contestation et, in fine, à un durcissement du régime. Les dissidents sont incarcérés et passés sous silences. Aujourd’hui très malade, Fidel Castro, 80 ans, a officiellement transmis ses prérogatives présidentielles à son frère, Raoul Castro, 75 ans, le 1er août 2006. Cette passation de pouvoir et l’état de santé actuel du Líder Maximo conduit les analystes et les politiciens à s’interroger sur le futur de Cuba, un futur « après Castro ».

DROITS HUMAINS

Au niveau international, la préoccupation suscitée par l’absence de progrès dans le domaine des droits civils et politiques ne cesse de croître. En avril 2005, dans un contexte fortement influencé par des enjeux politiques, la Commission des droits de l’homme [ONU] a une fois encore condamné le bilan cubain en matière de droits humains. Les autorités maintiennent sous étroite surveillance ceux qui se montrent critiques à l’égard du régime, et elles gardent en détention plusieurs défenseurs des droits humains et opposants politiques. Des militants des droits humains, des opposants politiques et des syndicalistes sont la cible d’actes de harcèlement et d’intimidation souvent imputables aux Brigades d’in- tervention rapide, des groupes quasiment officiels qui agissent en collusion avec des membres des forces de sécurité. La liberté d’expression et d’association est toujours menacée. Tous les médias autorisés sont sous le contrôle des autorités et les médias indépendants demeurent interdits. Les journalistes indépendants qui publient des articles à l’étranger s’exposent à des manœuvres d’intimidation et de harcèlement, et peuvent être emprisonnés. Malgré ces menaces, en mai 2005, l’Asamblea para promover la sociedad civil (Assemblée pour la promotion de la société civile), une coalition de plus de 350 organisations non gouvernementales (ONG) indépendantes, a organisé le plus grand rassemblement d’opposants jamais observé à Cuba. Plus de 30 prisonniers se trouvaient encore en 2005 dans le quartier des condamnés à mort, même si aucune exécution n’a eu lieu.

Pour plus d’informations, se référer au Rapport 2006 d’Amnesty International, disponible sur : <http://web.amnesty.org/report2006/c...>

PISTES PÉDAGOGIQUES

- Faire une présentation critique d’Ernesto Che Guevara et de l’engouement qu’il suscite.

Lire et étudier :
- Ernesto Guevara, Voyage à motocyclette, Mille et une nuits, 2001.
- Pierre Kalfon, Che, Points, Seuil, 1997.

Projeter et étudier les films (disponibles à la médiathèque) :
- Carnets de Voyages, Walter Sallers (2004).
- Fidel & Che, David Attwood (2002)

Écouter et étudier : La mort du Che, Bernard Lavilliers, in Carnet de Bord, Barclay, 2004.

- Réaliser un exposé sur l’embargo des Etats Unis sur Cuba et ses conséquences. Bibliographie sommaire : Les effets de l’embargo des États-Unis contre Cuba et les raisons de l’urgente nécessité de sa levée, une présentation écrite par Rémy Herrera (CNRS, France) et proposée par le Centre Europe Tiers Monde à la 55e session de Sous- Commission de l’ONU en 2003, disponible sur : <http://www.alternatives.ca/article8...>

- Isabelle Vagnoux, Socialismo o Muerte : Vingt-cinq ans de turbulences entre les États-Unis et Cuba (1968-1993), Revue française d’études américaines, n°61, 1994, 267-280.

- Peter Schwab, Confronting the US Embargo, St Martin’s Press, 1999.

-  Introduction à la musique cubaine Projeter et étudier, Buena Vista Social Club, Wim Wenders (1999). Consulter l’article de Wikipedia consacré à la salsa, disponible sur : <http://fr.wikipedia.org/wiki/Salsa>

- Faites une recherche sur la religion à Cuba : malgré le régime communiste, l’église catholique est restée assez présente dans le pays et côtoie d’autres rites plus traditionnels.

- Cinéma / documentaires ; Fraise et chocolat de Tomás Gutiérrez Alea, Cuba, 1994. Un très beau film qui aborde à la fois le thème de la liberté et le thème de l’homosexualité. Liste d’attente de Juan Carlos Tabio (2000) : un beau film sur la débrouille à Cuba. Disponibles à la médiathèque.

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