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Côte d’Ivoire

lundi 25 septembre 2006, par Laura Lhoir

Amourlaye Touré, directeur du Mouvement Ivoirien des Droits de l’Homme, menacé de mort.

Le 26 janvier 2005, Amourlaye Touré publie un rapport dénonçant les graves violations des droits humains commises aussi bien par le gouvernement que par la rébellion, depuis la reprise de la guerre civile en Côte d’Ivoire en novembre 2004. A peine deux jours après la publication du rapport, le 28 janvier 2005, M. Blé Goudé, dirigeant de l’Alliance des jeunes patriotes, proche du président Gbagbo, qualifie sur les ondes de la radio l’attitude du Mouvement Ivoirien des Droits de l’Homme de « provocation ». Le lendemain, Amourlaye Touré reçoit un e-mail anonyme avec des menaces de mort, les membres du MIDH devant se considérer en « partance pour l’enfer ». Depuis lors, des actes de harcèlement et des menaces de mort n’ont cessé de se multiplier à l’encontre des membres du MIDH et plus particulièrement d’Amourlaye Touré. Ce dernier a notamment été informé par des sources « bien informées », de l’existence de menaces d’expéditions punitives contre le siège de son organisation, ainsi que de la probable préparation d’un attentat contre sa personne.

Pour plus d’informations, se référer à l’Appel Urgent du 23/03/2005 de la FIDH, disponible sur : <http://www.fidh.org/rubrique.php3?i...>

INFORMATIONS GENERALES

Les premiers explorateurs européens (Portugais) arrivent en 1490. Ils établissent des comptoirs commerciaux le long de la côte, à partir desquels s’organisent la traite des esclaves et le commerce de l’ivoire. La colonisation ne commence qu’au XIXe siècle. Les Français et les Britanniques se livrent à une lutte d’influence dans la région, cherchant à conclure un maximum de contrats d’exploitation et de commerce avec les chefs locaux. La Colonie Française de Côte d’Ivoire est officiellement créée en 1893. Les Français se heurtent à la résistance farouche des Malinkés et des Baoulés, soutenus par les Britanniques. La Côte d’Ivoire n’est pacifiée qu’en 1915.

La culture du café et du cacao se développe et permet l’enrichissement des propriétaires terriens autochtones et la formation d’une élite locale, dont est issu Félix Houphouët- Boigny. Ce dernier fonde le premier syndicat agricole ivoirien en 1944. L’année suivante, il est élu député de la Côte d’Ivoire à l’Assemblée Nationale Française. Il participe à tous les cabinets ministériels de la France de 1956 à 1959. A ce titre, il prend part à la rédaction de la loi-cadre Defferre sur l’autonomie des colonies africaines en 1956 et de la Constitution de la Ve République en 1958. L’indépendance de la Côte d’Ivoire est proclamée en 1960 et Félix Houphouët-Boigny en devient le premier président. Il occupe cette fonction jusqu’à sa mort en 1993. Durant toutes ces années, la Côte d’Ivoire conserve des liens économiques, stratégiques et politiques étroits avec la France, son ancienne métropole. Le français demeure la langue officielle, car la présidence estime qu’il constitue « le ciment de l’unité nationale » ivoirienne. Durant la Guerre Froide, la politique extérieure du pays est résolument anti-communiste et pro-occidentale. Ses bonnes relations avec les grandes puissances, le pouvoir fort exercé par Félix Houphouët- Boigny et son sens de la planification permet à la Côte d’Ivoire de prospérer économiquement. Entre 1950 et 1980, le pays multiplie par 10 son Produit Intérieur Brut (PIB). Il est alors le premier producteur de cacao au monde, le quatrième pour le café et le premier producteur de caoutchouc d’Afrique.

Cette situation attire un grand nombre de migrants, notamment du Burkina Faso, d’autant que les autorités leur accordent droit de vote, accès aux services publics et accès à la terre. Ce que l’on appelait le « miracle ivoirien » dure jusque dans les années 80. Ayant une économie ouverte, la Cote d’Ivoire est frappée de plein fouet par la récession mondiale des années 1970/80. Le cours du cacao s’effondre, plongeant le pays dans une période de graves difficultés économiques. Devant les manifestations toujours plus fréquentes de l’opposition, Félix Houphouët Boigny doit organiser des élections multipartites en 1990. Il est élu pour son septième quinquennat à plus de 89% des voix. Il meurt le 7 décembre 1993, jour anniversaire de l’indépendance. Conformément à la constitution, le président de l’Assemblée Nationale, Henri Konan Bédié, termine le mandat en cours.

A la mort de Félix Houphouët-Boigny, le conflit ethnique, que celui-ci avait toujours parvenu à contenir, éclate. Les Bétés et les Baoulés s’opposent à l’ouest. Les immigrés du Nord - Maliens musulmans et Burkinabés- qui se considèrent comme ivoiriens, sont marginalisés politiquement et socialement avec l’invention du concept d’ivoirité (voir ci-dessous). En 1993, Laurent Gbagbo demande une révision du code électoral afin que seuls les Ivoiriens « de souche » puissent voter et se présenter aux élections présidentielles. Ces révisions marginalisent de facto Alassane Ouattara, candidat des régions nord, représentant des populations immigrées et principal adversaire politique d’Henri Konan Bédié aux élections présidentielles de 1995 et de Laurent Gbagbo en 2000.

Henri Konan Bédié est réélu en 1995. En 1998, il propose un amendement à la constitution pour pouvoir se représenter aux élections présidentielles. L’opposition proteste et lance des appels au soulèvement. En 1999, la Côte d’Ivoire est en pleine crise civile. Le pays connaît alors son premier coup d’État : le Général Robert Guié prend le pouvoir par la force et prône un retour au calme, s’engageant à organiser des élections en 2000. Une nouvelle constitution est adoptée avant la tenue de ces élections. Elle entérine le principe d’ivoirité, et les changements du code électoral de 1993. Alessane Ouattara est de nouveau écarté des élections, sa candidature à la présidence étant rejetée par la Cour Suprême. Laurent Gbagbo, vieil opposant socialiste à Houphouët-Boigny, est élu en janvier 2000, mais de nombreux affrontements opposent ses partisans, chrétiens du Sud, à ceux d’Alessane Ouattara, musulmans du Nord. Les hostilités tournent à la guerre civile entre les rebelles du Nord (Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire) et les loyalistes du Sud (Mouvement pour la Justice et la Paix). Un cessez-le-feu est signé à Bouaké en octobre 2002, puis un autre à Lomé en janvier 2003. Ceux-ci prévoient, entre autres, le déploiement de troupes françaises (Force Licorne) et des forces de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les violences ne s’arrêtent pas pour autant.

En 2004, les factions rebelles et les différents partis politiques ivoiriens se réunissent à Marcoussis, à l’initiative de la France. Cette conférence aboutit à la signature des Accords de Linas-Marcoussis, qui prévoient la création d’un gouvernement de réconciliation, sous la présidence de Laurent Gbagbo. Mais les partisans du président n’acceptent pas que des ministères clefs, comme le Ministère de la Défense et le Ministère de l’Intérieur, soient confiés à des rebelles. En octobre 2004, l’offensive des Forces Armées Nationales de Cote d’Ivoire (FANCI) contre les Forces Nouvelles rebelles relance le conflit. Des soldats de l’Opération Licorne sont touchés. L’armée française riposte et détruit deux avions ivoiriens. Le Président Gbagbo accuse alors la France d’ingérence et demande le rapatriement des 4500 soldats de la Force Licorne. Ni les élections ni les nombreuses tentatives de réconciliation n’ont permis d’empêcher la division du pays entre Nord et Sud. En janvier 2006, la Côte d’Ivoire est à nouveau secouée par une vague de manifestations pro-Gbagbo. Le Conseil de sécurité et le Secrétaire général des Nations unies évoquent la possibilité de sanctionner ceux qui porteraient atteinte au processus de paix.

LE CONCEPT D’IVOIRITÉ

Le concept d’ivoirité a été utilisé pour la première fois par Henri Konan Bédié en 1995. Il désignait à l’origine la formation d’une identité nationale ivoirienne commune aux différentes ethnies et aux émigrés du Nord. Mais les hommes politiques nationalistes, relayés par les médias, changent le sens de cette expression et en font un mode de discrimination xénophobe. Cette idéologie de l’exclusion sert plusieurs objectifs :
- elle sert d’une part à détourner l’opinion publique de la crise économique, lui offrant comme bouc émissaire les quelque 30% d’ « étrangers » qui vivent en Côte d’Ivoire ;
- d’autre part, elle permet d’évincer le principal rival politique de Bédié, Alassane Ouattara, qui est soudainement présenté comme étranger, de nationalité douteuse, c’est-à-dire burkinabé, donc inapte à la fonction présidentielle. Cette lutte de pouvoir conduit à des conflits entre partisans de Ouattara et Bédié, et entre Ivoiriens et Burkinabés.

DROITS HUMAINS

Intervenu malgré les intenses efforts diplomatiques de l’Union africaine et les pressions exercées par les Nations unies et la communauté internationale, l’ajournement de l’élection présidentielle, en octobre 2005, a abouti à une impasse politique. En décembre, un gouvernement de transition, avec à sa tête un nouveau Premier ministre, a été formé. La reprise des hostilités a pu être évitée grâce aux efforts déployés à l’échelle internationale pour trouver une solution pacifique à la crise, ainsi qu’à la présence de 10 000 soldats chargés du maintien de la paix. Les forces de sécurité gouvernementales et les Forces nouvelles, une coalition politique réunissant d’anciens groupes d’opposition armés qui contrôlent le nord du pays, continuent de bafouer les droits humains. Des partisans présumés de l’opposition auraient été tués alors qu’ils étaient aux mains des forces de sécurité. Un étranger détenu par les forces d’opposition est mort, semble-t-il après avoir subi des actes de torture et d’autres mauvais traitements. Les tensions interethniques sont envenimées par une propagande xénophobe. La démobilisation des troupes prévue dans le cadre du processus de paix n’a pas progressé. La liberté d’expression est constamment menacée par les deux parties en présence. En août 2006, un énorme scandale de pollution due à des déchets toxiques provoque de nombreux malaises et sept morts. La population réclame des peines sévères contre les responsables.

Pour plus d’informations, se référer au Rapport 2006 d’Amnesty International, disponible sur : http://web.amnesty.org/report2006/c...

PISTES PÉDAGOGIQUES

- Introduction aux arts premiers de Côte d’Ivoire. Consulter le site internet d’Africart, disponible sur : <http://perso.orange.fr/africart/pag...> Vous y trouverez des études de fond sur l’art baoulé, des illustrations, ainsi que des extraits d’Alain-Michel Boyer, Arts premiers de Côte d’Ivoire, Sépia, 1997.

- Comparer le concept d’Ivoirité avec d’autres idéologies nationalistes, comme les discours de l’extrême droite en France ou en Belgique. Comment et pourquoi naissent de telles idéologies ?

- Faire une présentation explicative des opérations de maintien de la paix des Nations Unies (le contexte de leur création par le Secrétaire général Dag Hammerskjold en 1956, leurs missions, les difficultés rencontrées, etc.). Faire une étude de cas sur l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Bibliographie indicative :
- Site Internet des Nations Unies pour le Maintien de la Paix, disponible sur : <www.un.org/french/peace/peace/index.asp> Très bien réalisé, il contient un diaporama qui pourrait être projeté en classe.
- Jurisclasseur Droit International, fascicules sur les Nations Unies
- Coulon, Jocelyn (sous la direction de), Guide du maintien de la paix 2006, Athena, 2005

- Réaliser un exposé sur le cacao (historique, aspects gastronomiques, économiques et sociologiques (pour les cultivateurs et le consommateur)).

Se référer aux sites suivants :
- Brandon Head, The food of the Gods, un e-book sur le cacao, disponible sur : <http://www.gutenberg.org/files/1603...>

- Le site internet du cacao ivoirien, disponible sur :

- Consulter l’ouvrage, Nikita Harwich, Histoire du Chocolat, Desjonquères, 1992

- Projeter les films Le chocolat, Lasse Hallström (2000) et Charlie et la Chocolatrie, de Tim Burton (2005), afin d’illustrer l’imaginaire collectif lié au chocolat.

- Aborder le thème de la souveraineté alimentaire et de la dépendance des économies des pays pauvres, surtout en Afrique, aux cours des matières premières. Comparez les différentes thèories sur cette problématique.

- Aborder le thème du trafic de déchets toxiques vers les pays du Sud. Voir le dossier du Soir du 19/09/06

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