Arrestation arbitraire de TERENCE NAHIMANA.

Térence Nahimana, militant en faveur de la paix, doit répondre de charges passibles de vingt ans d’emprisonnement. Depuis peu, les autorités burundaises harcèlent et tentent d’intimider des défenseurs des droits humains, en particulier ceux qui les ont critiquées. Amnesty International craint qu’un grand nombre de personnes ne soient placées en détention sans autre motif que d’avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. Térence Nahimana est le directeur du Cercle d’initiative pour une vision commune (CIVIC) (<http://civic-bdi.org/>), une organisation non gouvernementale (ONG) qui s’efforce de promouvoir la paix et la résolution du conflit burundais. Le 5 mai, dans une lettre au président Pierre Nkurunziza, il a reproché au gouvernement de retarder délibérément les négociations de paix avec le dernier groupe d’opposition armé à opérer dans le pays, les Forces nationales de libération (FNL). Faisant référence à la présence de ce groupe dans la République démocratique du Congo (RDC) voisine, Térence Nahimana a suggéré que le gouvernement envisageait de recourir à ce prétexte pour envoyer des troupes dans ce pays. Le lendemain, il a exprimé les mêmes opinions lors d’une conférence de presse.
Térence Nahimana a par ailleurs reproché au gouvernement d’entraver les pourparlers avec les Nations unies au sujet de l’établissement d’une commission vérité et réconciliation chargée d’examiner les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité qui auraient été commis dans le passé. Selon lui, le gouvernement craindrait que certains de ses membres ne soient mis en cause par une telle commission. Térence Nahimana a été arrêté le 9 mai par la Documentation nationale (DN), les services de renseignements généraux. Il a été libéré au bout de trois heures d’interrogatoire, mais a de nouveau été appréhendé le lendemain et placé en détention au siège de la DN à Bujumbura, la capitale. Le 15 mai, le ministère public l’a formellement inculpé d’« atteinte à la sûreté de l’État », en vertu des articles 404 et 428 du Code pénal du Burundi, qui portent sur le fait d’« exposer le Burundi à l’hostilité d’une puissance étrangère » et de « pousser la population contre le gouvernement et d’inciter à la guerre civile ». Térence Nahimana est actuellement détenu dans la prison centrale de Mpimba à Bujumbura. Amnesty International considère cet homme comme un prisonnier d’opinion car il n’a fait qu’exercer pacifiquement son droit à la liberté d’expression, qui est proclamé par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Le Burundi est partie à ces deux traités.
Pour plus d’informations, se référer à l’Action Urgente d’Amnesty International, AU 147/06, disponible sur ; <http://www.amnestyinternational.be/...>
INFORMATIONS GENERALES
Cet ancien protectorat belge est, comme son voisin le Rwanda, un petit pays enclavé qui connaît depuis son indépendance de violents affrontements entre les ethnies hutu et tutsi. La population du Burundi est majoritairement composée de Hutus, mais ce sont surtout les Tutsis qui ont par le passé dirigé l’économie et la politique. Un accord de paix a été signé en août 2000, mais le pays continue à faire face à des tensions ethniques. Les populations civiles sont les principales victimes et doivent affronter la misère et la famine. Plus de 10% des Burundais vivent toujours dans des camps de réfugiés, où le manque d’hygiène et la malnutrition font de nombreuses victimes surtout parmi les enfants, les femmes et les personnes âgées. Le café est le principal produit d’exportation.
Au XIX siècle : les colonisateurs belges favorisent la
minorité des Tutsis, leur donnant un statut de seigneurs
locaux. Les Hutus leur doivent obéissance. L’hostilité grandit
entre les deux populations.
1960 : départ des
colonisateurs
belges, les Tutsis
installent à la
tête du pays une
dictature militaire.
Le pays
plonge rapidement
dans la
violence.Les
assassinats de
dirigeants se
succèdent, deux
premiers
ministres, en
1961 et 1965
ainsi qu’un
ancien roi en
1972. Ces crimes
donnent lieu à
des massacres,
perpétrés dans tout le pays, faisant des centaines de milliers
de morts parmi les civils.
1988 : de nouveaux conflits entre les Hutus et les Tutsis font
10 000 morts. En 1993 prend fin la dictature militaire. Le
Président Pierre Buyoya instaure le multipartisme et planifie
des élections démocratiques. Melchior Ndadaye devient
alors le premier Hutu président du Burundi. Il est assassiné
par des extrémistes tutsis à la fin de l’année 1993. Le pays
replonge dans la guerre civile et les troubles font plus de
50000 morts. Dans les années qui suivent, l’élite Tutsi et les
Forces armées burundaises massacrent les populations
civiles hutu et les incitent à fuir les grandes villes .
Un nouveau coup d’Etat, en 1996, remet au pouvoir l’ancien président Buyoya. Les nations voisines décident alors de mettre en place un embargo économique, ce qui provoque la famine des populations. La rébellion hutu des FNL (Forces nationales de libération), et les forces armées gouvernementales (Forces de défense nationale, FDN) se sont encore affrontées au cours de l’année 2005, et ce malgré la présence de 5 634 soldats de la paix de l’ONU. Des négociations ont finalement pu être entamées en mai 2006 entre le nouveau gouvernement et les FNL, dernière rébellion en activité. Ces pourparlers viennent d’aboutir à un cessez-le-feu permanent, après 13 ans d’une guerre civile qui a fait plus de 300 000 morts.
DROITS HUMAINS
Les forces gouvernementales comme l’opposition armée se sont rendues coupables de graves atteintes aux droits humains. Les femmes sont toujours victimes de viols et d’autres sévices sexuels. Les autorités burundaises ont refusé à plus de 5 000 demandeurs d’asile rwandais le droit de rester dans le pays, laissant, semble-til, les soldats rwandais y pénétrer pour les forcer à retourner au Rwanda. Fin 2005, 499 prisonniers se trouvaient sous le coup d’une condamnation à mort.
Les enfants sont aussi victimes de graves atteintes aux droits humains. En 2004, l’UNICEF estimait entre 6 000 et 7 000 le nombre d’enfants engagés dans le conflit burundais. Les conditions de détention des enfants soldats capturés restent déplorables, aucune distinction n’étant faite entre les prisonniers adultes et les mineurs. En 2004, l’UNICEF est toutefois parvenue à conclure un accord avec les forces gouvernementales du Burundi et deux groupes politiques armés de moindre importance, les Forces nationales de libération (FNL Mugabarabona) et le Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD Ndayikengurukiye), afin de démobiliser et de réinsérer leurs enfants soldats.
Pour plus d’informations, se référer au Rapport 2006 d’Amnesty International, disponible sur : <http://web.amnesty.org/report2006/b...>
PISTES PÉDAGOGIQUES
Présentation historique de la politique étrangère belge
et de ses conséquences dans la région des Grands Lacs.
Consulter le site des Affaires étrangères, Commerce extérieur
et Coopération au Développement, disponible sur :
<http://www.diplomatie.be/fr/default.asp>
Se référer à Louis Michel, Les nouveaux enjeux de la politique
étrangère belge, Editions Larcier, 2003.
Étude thématique sur les enfants soldats.
Se référer à :
Burundi : des enfants-soldats entre guerre et paix, Courrier
International, 9 mars 2006.
Amnesty International, BURUNDI, Enfants soldats : les enjeux de
la démobilisation, 2004, disponible sur :
<http://web.amnesty.org/library/inde...>
Campagne Enfants Soldats d’Amnesty International, disponible
à partir de :
<http://web.amnesty.org/pages/childs...>
UNICEF, la Coalition pour mettre fin à l’utilisation d’enfants
soldats, Guide du Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants
dans les conflits armés, disponible sur : <http://www.unicef.
org/publication...>
Dossier thématique d’Arte, disponible sur :
<http://www.arte-tv.com/fr/histoire-...>
Ahmadou Kourouma, Allah n’est pas obligé, Seuil, 2000.
Cinéma et documentaires : projeter et étudier :
La Vie est un Jeu de Cartes, Philippe de Pierpont (2003). Disponible
à la médiathèque. Un film sur la tension qui existe
entre le destin (on n’a pas tous le même jeu de cartes en
main) et le libre-choix au travers du destin filmé sur un intervalle
de plus de dix années de six enfants des rues à Bujumbura.
Survivants du génocide, le réalisateur les retrouve dix
ans plus tard. Ils se sont séparés et mènent tous leur vie
comme ils le peuvent, souvent très précairement. Ils existent
pour nous par la caméra du réalisateur, qui sait dire le nondit,
ils nous émeuvent par leur lucidité effrayante d’enfants
devenus trop vite adultes par la cruauté et la dureté de la vie.
Et surtout, ils nous jettent à la figure l’infranchissable fossé
qui existe entre eux et nous. Le film n’est qu’un pont, il
n’abat pas la rivière qui passe en-dessous.
Ikiza, Unité et Guerre Civile au Burundi, Guillaume Tunzini
(1994). Disponible à la médiathèque. Compte-rendu des événements
survenus au Burundi après le coup d’état du 21
octobre 1993 qui plongea le pays dans une guerre civile sanglante.
Des explications claires et des images percutantes
relatent avec précision l’histoire et l’effondrement de ce pays.
« Ikiza » signifie le fléau en kirundi, la langue officielle du
Burundi.
Musique / Culture : Faire une recherche sur les tambours
du Burundi. Directement attaché à l’acte fondateur
du royaume du Burundi, le tambour était un objet jadis sacré
et garant de la continuité du pouvoir royal. Il était le symbole
visible et ritualisé de la monarchie et accompagnait le roi
dans toutes ses parutions publiques. Aujourd’hui, des
groupes perpétuent la tradition et tentent de rassembler des
personnes d’ethnies différentes à travers cette activité.
Plus d’informations sur le site www.tambatamba.org/




