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Bahreïn

mardi 26 septembre 2006, par Laura Lhoir

GHADA JAMSHEER, inculpée pour diffamation.

Ghada Jamsheer, militante des droits humains, a comparu devant un tribunal en juin 2005. Elle était inculpée d’outrage à magistrat ainsi que de diffamation envers un juge aux affaires familiales et envers le mari d’une victime de violences domestiques. Le premier chef d’inculpation était lié à des pétitions et à des articles publiés entre octobre 2002 et juin 2003 par le Comité de la pétition des femmes, dont Ghada Jamsheer est la responsable. Constitué en octobre 2002, ce groupe fait campagne en faveur de la réforme des tribunaux de statut personnel et de la codification des lois relatives à la famille. Ghada Jamsheer a nié tous les faits qui lui étaient reprochés et la plupart des charges qui pesaient sur elle ont été abandonnées ou classées sans suite. Elle reste cependant inculpée de diffamation envers un juge.

Pour plus d’informations, consulter la déclaration publique d’Amnesty International, Bahrain : Ghada Jamsheer at risk of imprisonment (MDE 11/002/2005), disponible sur : http://web.amnesty.org/library/Inde...

Abbas Abd Ali et Musa Abd Ali, agressés pour avoir défendu les droits des chômeurs.

Dans la nuit du 5 au 6 juillet 2006, Abbas Abd Ali, membre du Comité des chômeurs et frère de Musa Abd Ali, l’un des fondateurs de cet organisme, aurait été agressé près de son domicile. Selon les informations recueillies, plusieurs voitures ont entouré son véhicule après qu’il eut décliné son identité. Des hommes en civil l’ont alors fait sortir et l’ont violemment frappé. Retrouvé inconscient plusieurs heures plus tard, il a dû être soigné à l’hôpital. Le 29 novembre 2005 vers 1 heure du matin, des hommes en civil avaient enlevé Musa Abd Ali près de son domicile et l’avaient emmené dans un lieu isolé non loin de là, dans le quartier Al Akr Al Gharbi de Manama. Ils l’auraient alors frappé, dévêtu et menacé de violences sexuelles, lui enjoignant de faire cesser les activités du Comité des chômeurs.

Pour plus d’informations, se référer à la déclaration publique d’Amnesty International, Bahreïn : des défenseurs des droits humains menacés (MDE 11/002/2006), disponible sur : http://web.amnesty.org/library/Inde...

INFORMATIONS GENERALES

Bien qu’aujourd’hui le Royaume du Bahreïn soit une île d’à peine 691 km2, il a été l’une des capitales culturelles et scientifiques du monde arabo-musulman du VIe au XVIIIe siècle. A cette époque, le royaume tirait sa puissance de sa position stratégique sur les principales routes commerciales de la région et des richesses que lui rapportent la culture perlière. Jusqu’à l’invasion des Portugais en 1521, le Barheïn comprenait également les provinces du Qatlif et de Ahsa (aujourd’hui en Arabie Saoudite) et s’étire de Basrah à Oman. La domination portugaise de l’île, quoique brutale, ne dure que jusqu’en 1602. En prise avec les autres puissances européennes, les Portugais ne peuvent faire face aux insurrections des Bahreïnis. Le Bahreïn passe alors sous contrôle perse de 1602 à 1783, ce qui explique qu’aujourd’hui 70% des Musulmans bahreïnis sont chi’ites.

En 1783, le clan sunnite Al-Khalifa prend le pouvoir et fait du Bahreïn un Émirat arabe indépendant de la puissance perse. Un traité est signé entre les Al-Khalifa et les Britanniques en 1861. Ce traité place le Bahreïn sous protectorat britannique, et assure une protection au régime sunnite en cas d’agression. Les différents émirs de la dynastie Al-Khalifa modernisent le pays et développent les infrastructures pétrolières, ce qui permet un enrichissement rapide des populations. En 1968, la Grande-Bretagne annonce qu’elle ne souhaitait pas reconduire les accords de protectorat avec les « États de la Trêve » (Bahreïn, Qatar, Abu Dhabi, Ajman, Dubaï, Fujairah, Ras al-Khaimah, Sharjah et Umm al-Qaiwain). Ces derniers projettent alors de s’unir dans une fédération, mais ne parvenant pas à se mettre d’accord sur les termes et conditions de ce projet. Le Qatar et le Bahreïn proclament leur indépendance en 1971.

Afin de préserver le pouvoir du clan Al-Khalifa, de plus en plus contesté par la majorité chi’ite bahreïnie, l’Émir Isa ibn Salman Al-Khalifa instaure un régime autoritaire, suspend le pouvoir législatif de l’Assemblée et fait adopter, par décret, la loi de Sécurité d’État en 1975. Cette loi autorise les autorités à arrêter et à emprisonner des personnes sans qu’elles ne soient jugées, au nom de la sécurité de l’État. Elle est complétée par une série de mesures qui banalise des pratiques comme la détention arbitraire et l’usage de la torture. Les autorités mènent une politique de répression extrêmement dure à l’égard des membres de l’opposition Chi’ite. La crise atteint son paroxysme dans les années 1990, quand l’opposition fait circuler des pétitions demandant la restauration de l’Assemblée Nationale et la convocation d’élections législatives. Plusieurs chefs religieux chi’ites sont arrêtés, ce qui provoque des émeutes durement réprimées.

Hamad Ben Issa Al-Khalifa succède à son père en 1999, avec le désir de mettre fin à la crise politique. Il abroge les lois de Sécurité d’Etat et promet de redonner son pouvoir à l’Assemblée Nationale. En 2001, il propose l’adoption d’une Charte Nationale qui rétablit la Constitution de 1973, mais attribue le pouvoir législatif à une chambre basse démocratiquement élue (Assemblée Nationale) et une chambre haute, dont les membres sont choisis par l’Emir. Devant les objections de l’opposition, l’Emir assure que la chambre haute n’aura qu’un rôle d’expertise- conseil. La Charte Nationale est adoptée par référendum en 2001, avec 98,4% de votes favorables. Toutefois, l’Emir promulgue une nouvelle constitution en 2002, où les deux chambres ont autant de pouvoir l’une que l’autre. Depuis, les principaux groupes d’opposition boycottent les élections législatives et exigent des amendements à la Constitution de 2002, afin que l’Assemblée Nationale retrouve la totalité du pouvoir législatif.

DROITS HUMAINS

Les autorités continuent à arrêter des personnes pour avoir exprimé leur opinion sur le gouvernement et la famille royale. Les forces de sécurité font un usage excessif de la force et la peine de mort continue d’être appliquée. En avril 2005, le gouvernement a soumis au Parlement une nouvelle loi antiterroriste qui punit de mort quiconque est déclaré coupable d’avoir commis ou planifié des actes de terrorisme. Des défenseurs des droits humains et certains parlementaires ont dénoncé ce texte comme étant une tentative de restriction excessive des libertés.

Pour plus d’informations, se référer au Rapport 2006 d’Amnesty International, disponible sur : <http://web.amnesty.org/report2006/b...>

PISTES PÉDAGOGIQUES

- Débat sur les liens entre richesse économique et respect des droits humains On prétend souvent que le développement économique d’une région va lui apporter une plus grande stabilité, ce qui entraîne automatiquement un plus grand respect des droits humains. Que pensez-vous de cette thèse, à la lumière de ce qui se passe dans ces pays très riches que sont les Etats du Golfe et l’Arabie Saoudite ? Pensez-vous que la communauté internationale est aussi vigilante à l’égard de ces pays qu’à l’égard de pays plus pauvres ?

Voir les documents d’Amnesty sur l’Arabie Saoudite : <http://web.amnesty.org/library/fra-...> et sur les Emirats Arabes Unis : <http://web.amnesty.org/library/fra-...>

- Introduction à la religion musulmane : Présenter l’histoire et la philosophie de l’Islam. Expliquer les différents courants, ainsi que leurs enjeux politiques dans le Moyen-Orient. Sur les débuts de l’Islam, voir le film « Le Message » de Moustapha Akkad (1976), disponible en DVD à la Médiathèque.

Lire : « Le Soleil d’Allah brille sur l’Occident : Notre héritage arabe » par Sigrid Hunke, Solange de Lalène, et Georges de Lalène (éd. Albin Michel) : portrait de l’âge d’or de l’Islam et de son rayonnement sur le monde.

Discuter de l’hypothétique incompatibilité entre islam et droits humains. Trouver des points de vue différents à l’aide de ces ouvrages :
- Tahar Ben Jelloun, L’Islam expliqué aux enfants, Seuil, 2002 : pour une approche générale de la religion islamique, de ses fondements et de sa richesse.

- Mohamed Charfi, Islam et libertés. Le malentendu historique, Albin Michel, 1998. L’auteur, professeur de droit à Tunis, suggère plusieurs pistes pour ancrer l’Islam dans la modernité.
- Voir aussi le documentaire « Terres d’Islam », dvd disponible à la Médiathèque (TF1, 52 min., 2005). n Sur la thématique du pétrole : étudier les techniques d’exploitation, les alternatives, les enjeux économiques, environnementaux, géostratégiques, sociaux et politiques (économie rentière).

Consulter le site de l’Institut Français du Pétrole, disponible sur : <http://www.ifp.fr/IFP/fr/decouverte...>

Se référer :
- au dossier Le pétrole : ordre ou désordre mondial ? de la revue Questions Internationales, n°2, 2003

- au dossier Géopolitique de l’Energie de la Revue Française de Géopolitique, n°2, Ellipse, 2004

- à la fiche pédagogique Les États du Golfe, la spécificité de ses migrations liée au pétrole , dans le dossier d’Annoncer la Couleur Penser l’accueil autrement, 2002. Disponible auprès d’Annoncer la Couleur : 02/213 12 06. Pour aller plus loin : L’énergie à petits pas , ouvrage pédagogique pour les jeunes de 8 à 14 ans, Actes Sud Junior, 2003.

Projeter et étudier :
- l’émission de Carnet d’Histoire Parallèle (Arte) consacrée au Pétrole du Moyen-Orient. Téléchargement locatif disponible sur : <http://www.artevod.com/programDetai...>

- Syriana de Stephen Gaghan (2005), qui propose une réflexion intéressante sur l’exlpoitation du pétrole et le terrorisme au Moyen Orient.

Utiliser le jeu de rôle sur le pétrole proposé par Marylène Michelini, disponible sur : <http://www.geoeco.ulg.ac.be/lmg/did...> et la fiche proposée par le site en faveur de la décroissance économique  : <http://decroissance07.free.fr/fiche...>

- Faire une présentation historique de la dynastie Al- Khalifa (origine géographique et clanique, accession au pouvoir, politique).

.Se référer à des ouvrages d’histoire générale du Bahreïn et du Qatar :
- Olivier Da Lage, Gérard Grzybek, Le Jeu des six familles, Autrement, 1985
- Rémy Leveau, Frédéric Charillon, Monarchies du Golfe, La Documentation française, 2005
- Remy Leveau, Abdellah Hammoudi, Monarchies arabes : transition et dérives dynastiques, Documentation française, 2002.

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