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Ukraine *

vendredi 13 septembre 2002, par Eva Noack, Laura Lhoir

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UKRAINE : Crainte de représailles de la part de la police

Un groupe de policiers masqués serait entré dans une cellule de prison et aurait frappé un jeune homme de 19 ans,Timur Flores Lopez, sous les yeux de 30 autres prisonniers, le 14 juin 2002. Les policiers de la cité de Vinnytsa faisaient l’objet d’une enquête parce que Timur Flores Lopez les avait accusés de l’avoir torturé en septembre 2000. Les policiers, qui auraient été admis dans la prison n° 1 par des officiels de la prison, auraient frappé Timur Flores Lopez et l’auraient placé ensuite dans une petite cellule d’isolement ou « frigo ». Amnesty pense que leur motif était de le punir et de le forcer à retirer la plainte pour torture et mauvais traitements qu’il avait déposée contre la police locale. En septembre 2000, à l’âge de 17 ans, Timur Flores Lopez avait été détenu sur suspicion de vol et aurait été torturé en vue de lui extorquer des « aveux » qui ont été utilisés pour étayer sa culpabilité au cours de son procès. Il a été condamné à 5 ans de prison pour vol en novembre 2001. Amnesty a appelé les autorités ukrainiennes à investiguer sur ces tortures. En avril 2002, une cour d’appel de Vinnytsa a annulé le verdict de culpabilité et a renvoyé le cas à l’enquête. Amnesty pense que Timur Flores Lopez est gravement menacé d’autres tortures et mauvais traitements en raison de cette enquête.

REPÈRES

Ukraine CAPITALE : Kiev SUPERFICIE : 603 700 km2 POPULATION : 49,1 millions LANGUE OFFICIELLE : ukrainien PEINE DE MORT : abolie

Situation des droits humains en 2001

Plusieurs organisations intergouvernementales ont reproché à l’Ukraine de ne pas respecter les droits humains, en raison notamment d’allégations persistantes faisant état d’actes de torture et de mauvais traitements perpétrés par des policiers sur la personne de détenus, ainsi que de restrictions apportées à la liberté de la presse. Aucune démarche nouvelle n’a été entreprise pour traduire en justice les responsables de la probable « disparition », en 2000, du journaliste Gueorgui Gongadze. Plusieurs journalistes ont été agressés par des inconnus. L’un d’eux en est mort.

Histoire

L’accession de l’Ukraine à l’indépendance, fin 1991, a véritablement signifié la fin de l’URSS. Cette république slave était, derrière la Russie, la deuxième d’Union soviétique, à la fois par sa population (un sixième du total, dont 20% de Russes) et par son développement économique : blé, maïs, mines de fer et de charbon, industrie d’armement, sidérurgie…Il faut ajouter la dimension militaire : stock d’armes nucléaires, débouché sur la mer Noire. Si, à partir du IXe siècle, il a existé une « Russie kievienne » autour de Kiev (l’actuelle capital), l’Ukraine en tant que telle n’avait jamais été indépendant, sauf pendant les troubles de la guerre civile, de 1918 à 1920, et elle fut souvent partagée. Le pouvoir russe a toujours considéré ce pays comme la « Petite Russie ». Il existe pourtant une nation ukrainienne, avec sa langue et sa culture ; l’Église uniate, de rite grec est également spécifique. Les frontières, ont changé au gré des guerres et de la politique. Les conséquences catastrophiques de l’accident nucléaire de Tchernobyl (1986) ont accéléré le réveil de la conscience nationale. Le mouvement indépendantiste Roukh s’est davantage développé à l’ouest (notamment en Galicie) qu’à l’Est et au Sud. Une vive controverse s’est ouverte en 1992 avec la Russie sur le problème de la Crimée, peuplée majoritairement de Russes et base de la flotte soviétique de la mer Noire. Ces tensions ont montré les graves risques que provoquerait une remise en cause des frontières entres les deux pays. Le Parlement a fini par voter, malgré des manœuvres d’obstruction des députés communistes, une loi autorisant la vente de la terre, condition sine qua non d’une modernisation de l’agriculture.

Mais de nouveaux dangers apparaissent - en particulier celui que représente la prise de contrôle par des capitaux russes de vastes secteurs de l’économie ukrainienne. Ce qui ne va pas sans risques pour l’indépendance économique du pays, déjà très dépendant sur le plan énergétique : l’Ukraine reste très endettée à l’égard de la Russie, et aussi du Turkménistan, d’où elle importe du gaz. En octobre 2001, à Genève, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a exprimé ses préoccupations quant à la « persistance du recours systématique à la torture » par les responsables ukrainiens de l’application des lois. Les informations faisant état de mesures d’intimidation et de harcèlement visant des journalistes et des défenseurs des droits humains, dont des membres de la structure d’Amnesty International en Ukraine, ont également donné lieu à des inquiétudes.

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