
SIERRA LEONE : enceinte à 16 ans après un viol commis par les rebelles.
Aujourd’hui âgée de 16 ans, Mabinti [pseudonyme] a été enlevée par des rebelles ; victime de multiples viols collectifs, elle s’est retrouvée enceinte. Son calvaire a commencé lorsque les rebelles ont attaqué son village, Mamamah, en janvier 1999, peu après avoir abandonné Freetown, la capitale, et alors qu’ils battaient en retraite. Le père et la mère de Mabinti ont été tués dans cette attaque. La jeune fille a été contrainte d’accompagner les rebelles, dans un premier temps jusqu’à Lunsar, puis à Makeni, dans la province du Nord. « J’ai été violée à de nombreuses reprises par plusieurs rebelles à la fois, dit-elle. Si je refusais de me soumettre, ils me privaient de nourriture et me battaient. J’ai finalement été obligée de devenir la »femme« d’un des rebelles. De nombreuses jeunes filles ont subi le même sort. » Lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte, elle a été ramenée dans son village et abandonnée. En mai 2000, peu après sa libération, son village a de nouveau été attaqué par les forces rebelles. Mabinti a dû prendre la fuite en compagnie de sa grand-mère. Elles ont marché pendant 40 kilomètres avant d’atteindre un camp pour personnes déplacées.
Des centaines d’enfants soldats traumatisés
Plus de 5 000 enfants de moins de 18 ans, des garçons aussi bien que des filles dont certains n’avaient pas plus de 5 ans, ont combattu dans le cadre du conflit armé sierra-léonais. Les enfants ont été spécifiquement visés par des pratiques d’enrôlement exercées tant par l’opposition armée que par les forces progouvernementales. La plupart de ceux qui ont été recrutés par les forces rebelles ont été enlevés de chez eux, arrachés à leur famille et contraints de prendre les armes. Ces enfants, qui sont d’abord des victimes, ont aussi commis des atteintes aux droits humains, parfois contre des membres de leur propre famille ou communauté. Beaucoup d’entre eux, sous l’emprise de la drogue, de l’alcool ou simplement de la peur, ont été obligés de tuer et de pratiquer des mutilations. Il est fréquent d’entendre d’anciens enfants soldats dire qu’ils ne comprennent pas pourquoi des Sierra-Léonais massacrent d’autres Sierra-Léonais. Par ailleurs, ce sont encore quelque 5 000 enfants, garçons et filles là aussi, qui ont collaboré avec les forces rebelles sans pour autant participer directement aux combats. Ils ont été utilisés pour des tâches de portage, de cuisine ou de ramassage de bois. Des fillettes et des jeunes filles ont été violées et réduites à la condition d’esclaves sexuelles, certaines d’entre elles devant « servir » un grand nombre de combattants. Les chiffres que nous donnons sont des estimations ; la réalité est probablement bien plus terrible.
L’ampleur des viols et autres violences sexuelles est sans précédent : plus de 90 p. cent des femmes et des fillettes enlevées par les rebelles au cours du conflit auraient été violées. Lorsque les rebelles ont attaqué Freetown, en janvier 1999, plus de 4 000 enfants ont été portés disparus. Un an plus tard, 2 000 d’entre eux, en majorité des filles, n’ont pas été retrouvés. On pense qu’ils ont été enlevés. Des milliers de personnes ont été tuées et des centaines d’autres sauvagement amputées de différentes parties du corps. Un accord de paix signé en juillet 1999 par le gouvernement et le Revolutionary United Front (RUF, Front révolutionnaire uni) a débouché, dans un premier temps, sur une diminution du nombre des atrocités. Cet accord prévoyait cependant une amnistie générale pour tous les crimes commis pendant le conflit, de 1991 à juillet 1999 (y compris pour les milliers de viols perpétrés à l’encontre de femmes et de fillettes, les milliers de mutilations et d’homicides délibérés dont ont été victimes des hommes, des femmes et des enfants, ainsi que pour d’innombrables autres atteintes graves aux droits humains). En outre, de nombreux civils qui, aux termes de l’accord, auraient dû être relâchés, sont toujours en détention. La situation en matière d’atteintes aux droits de la population civile est rapidement redevenue aussi critique qu’avant l’accord de paix. D’après les informations disponibles, depuis octobre 1999, les meurtres, les mutilations, les viols et les enlèvements perpétrés par les forces rebelles sont de nouveau monnaie courante. La capture par les rebelles, début mai 2000, de quelque 500 casques bleus des Nations unies, et la reprise des hostilités qui s’est ensuivie ont encore aggravé les risques d’atteintes aux droits humains encourus par les populations civiles.
REPÈRES
République de Sierra Leone CAPITALE : Freetown SUPERFICIE : 71 740 km2 POPULATION : 4,6 millions LANGUE OFFICIELLE : anglais PEINE DE MORT : maintenue
Situation des droits humains en 2001
En butte à des attaques constantes lancées par des forces rebelles, des réfugiés sierra-léonais ont été contraints de quitter la Guinée pour regagner des zones de Sierra Leone contrôlées par des rebelles. Ils y ont été tués ou victimes de viols ou d’actes de harcèlement. Plusieurs dizaines de civils ont trouvé la mort lors d’attaques lancées dans le nord du pays par les rebelles ou les milices soutenues par le gouvernement. Les forces de sécurité guinéennes ont bombardé de façon aveugle les territoires situés le long de la frontière, faisant des morts parmi la population civile. La plupart des hauts responsables rebelles ont été libérés, tandis que d’autres prisonniers rebelles restaient détenus sans inculpation ni procès. Au moins 10 d’entre eux sont morts en détention, faute de soins médicaux, semble-t-il. Les initiatives visant à établir des mécanismes de lutte contre l’impunité se poursuivaient.
Histoire
Terre d’accueil des esclaves libérés au XVIIIe siècle, cet ancien protectorat britannique a accédé à l’indépendance en 1961. Depuis le début de la guerre civile en 1991, la Sierra Léone a plongé dans une spirale meurtrière où les populations ont été la cible de combattants avides de pouvoir et d’argent. Aujourd’hui, le pays se désarme, mais la paix est fragile et la reconstruction sera longue.
Légendes
(Couverture) Cette jeune fille a eu la main amputée par des rebelles, en janvier 1999 à Freetown. " Stuart Freedman
Le commerce du diamant finance la rébellion armée
Voir l’animation sur le site http://web.amnesty.org/g8/flash pour mieux comprendre ce problème.




