Actualité récente

Anna était une petite fille de 8 ans aux yeux vifs. Elle se précipita à la rencontre du délégué d¹Amnesty International dans la partie Z de l¹internat. Elle avait un bec de lièvre et un palais fendu. Son visage alerte était défiguré par deux dents qui pointaient à travers sa gencive supérieure. De retour au bureau de l¹internat, le délégué d¹Amnesty International demanda au médecin s¹il était possible d¹opérer la bouche d¹Anna, d¹autant plus qu¹elle approchait un âge où elle prenait conscience de son image. Le médecin doutait qu¹elle survive à l¹anesthésie du fait de son handicap mental. « De toute façon, elle n¹a pas conscience d¹elle-même et nous nous occuperons toujours d¹elle. Elle n¹a pas besoin de prendre conscience de son état. Elle passera sa vie entre s ces quatre murs ici, et ensuite elle ira là-bas. » Il montra du doigt une maison de retraite dans le même complexe : c¹est là que Anna allait vivre à partir de ses 18 ans.

RUSSIE : disparition d’un jeune tchétchène de 17 ans.
Adam Aboubakarov, un Tchétchène de dix-sept ans, n’a plus de contact avec sa famille depuis son arrestation en février 2000. Il a été appréhendé à un poste de contrôle de l’armée russe dans la ville d’Urus-Martan parce qu’on le soupçonnait d’être un combattant tchétchène. Amnesty International craint qu’il n’ait « disparu ». Ses parents ont été informés par des sources non officielles qu’il avait été détenu dans des « camps de filtration » (d’après les informations disponibles, il s’agit de centres de détention de l’armée qui ont la charge de « filtrer » les combattants tchétchènes de la population tchétchène en fuite) où la torture et les mauvais traitements sont monnaie courante. En septembre 2000, le père d’Adam a, semble-t-il, été informé que son fils se trouvait dans une prison de Rostov-sur-le-Don. Les autorités ont nié qu’une personne de ce nom avait été arrêtée et l’affaire ne fait l’objet d’aucune enquête. Les craintes qu’Adam Aboubakarov n’ait été torturé sont nées de plusieurs rapports sur les mauvais traitements et la torture des enfants pratiqués au camp de Tchernokozovo connu sous le nom d’« Internat » et dans d’autres « camps de filtration », au cours du deuxième semestre 2000.
D’après les informations reçues par Amnesty International, un adolescent de 17 ans originaire du village de Davydenko, Albert, a été battu et violé collectivement par des gardiens du camp de Tchernokozovo. Les gardiens l’ont ensuite désigné par le prénom féminin « Maria ». Détenu dans un camp d’Urus-Martan, Timur, également âgé de seize ans, a été battu pour qu’il avoue que son oncle, arrêté au même moment, était un combattant tchétchène. Timur a été relâché après que sa famille ait versé la somme de 700 dollars des États-Unis (environ 768 euros) aux gardiens. Un rescapé du camp de Tchernokozovo a déclaré à Amnesty International qu’entre le 16 janvier et le 5 février 2001, il avait partagé la cellule d’un garçon de dix-sept ans dont les dents avaient été sciées au moyen d’une lime, dont les lèvres étaient déchiquetées, et qui était donc dans l’incapacité de manger ou de parler. Le même rescapé a également raconté qu’il avait assisté au viol collectif d’une adolescente de quatorze ans, par plusieurs gardiens, dans un couloir. Cette jeune fille était, selon lui, venue rendre visite à sa mère, retenue captive. De nombreux Tchétchènes, enfants et adultes, qui sont arrêtés par les troupes russes sont détenus dans des lieux tenus secrets. De plus, aucune des accusations de torture ou de mauvais traitements des détenus ne fait l’objet d’une enquête. Les mesures prises par les autorités russes sont insuffisantes pour mettre fin à ces violations des droits humains et les enfants qui sont arrêtés sont toujours susceptibles d’être victimes d’actes de torture ou de mauvais traitements.
REPÈRES
Fédération de Russie CAPITALE : Moscou SUPERFICIE : 17 075 400 km2 POPULATION : 144,7 millions LANGUE OFFICIELLE : russe PEINE DE MORT : abolie en pratique
Situation des droits humains en 2001
Les forces armées russes et tchétchènes qui s’affrontaient en République tchétchène (Tchétchénie) ont commis pendant l’année 2001 de graves atteintes aux droits humains et au droit international humanitaire. On estimait à 160 000 le nombre de personnes déplacées (dont une majorité de femmes et d’enfants) entassées dans des camps de Tchétchénie ou de l’Ingouchie voisine, dans des conditions d’hébergement et d’hygiène déplorables. Des délégués du Conseil de l’Europe se sont rendus dans la région au mois de décembre. Ils ont qualifié de « terribles » les conditions de vie des personnes déplacées et des réfugiés en Tchétchénie et ont précisé qu’elles allaient en se détériorant. Toutes sortes d’atteintes aux droits humains ont été signalées : détentions arbitraires, torture (viol notamment), mauvais traitements, « disparitions », exécutions extrajudiciaires, placements dans des centres de détention clandestins qui, bien souvent, n’étaient que de simples fosses creusées dans le sol. Les enquêtes menées par les autorités fédérales russes sur les violations des droits humains perpétrées en Tchétchénie par des membres de l’armée ou de la police étaient inefficaces et n’ont guère donné de résultats. Fort peu de responsables présumés d’atrocités ont été traduits en justice en 2001. Dans le reste de la Fédération de Russie, comme les années précédentes, des informations ont fait état d’actes de torture et de mauvais traitements infligés à des personnes placées en garde à vue, ainsi que de conditions carcérales cruelles, inhumaines et dégradantes. Les réfugiés et les demandeurs d’asile étaient menacés de renvoi vers des pays où ils étaient susceptibles d’être victimes de violations de leurs droits les plus fondamentaux. Les objecteurs de conscience risquaient toujours d’être incorporés de force et d’être emprisonnés.
Histoire
Depuis 1990, la Fédération de Russie - héritière de l’Union soviétique - est constituée de 90 Républiques, régions et territoires. En 1994, le Président Eltsine envoit ses troupes en Tchetchénie, où elles rencontrent une énorme résistance. Lorsque l’armée russe arrive à Grozny, la capitale de Tchetchénie, il n’y reste que les combattants et les habitants les plus pauvres, ceux qui n’ont pas pu fuir. De décembre 1994 à février 1995, une terrible bataille se déroule dans la ville, que l’armée russe bombarde massivement, provoquant de nombreuses victimes civiles. Beaucoup de soldats russes, dégoûtés par cette boucherie, tentent de déserter. Un accord de paix est négocié en août 1996, après un bilan catastrophique : la première guerre tchétchène aurait provoqué 15 000 morts parmi les soldats russes, 10 000 parmi les soldats indépendantistes tchetchènes et plus de 80 000 civils... En septembre 1999, l’opinion russe est traumatisée par une vague d’attentats attribués aux indépendantistes tchétchènes. Vladimir Poutine, devenu depuis Président, utilise cette peur pour déclancher une seconde guerre en Tchetchénie, toujours en cours, provoquant un nouvel exil de la population. L’armée russe se rend à nouveau coupable d’exactions contre les civils, tandis que la résistance tchétchène pratique les enlèvements et les embuscades depuis leurs montagnes et depuis les régions frontières avec la Géorgie. Les attentats du 11 septembre 2001 et la mise sur pied de la coalition internationale contre le terrorisme ont donné à la Russie l’occasion de poursuivre ses interventions armées avec la bienveillance des Etats-Unis et de certains pays européens.
Tigran Aïrapetian

L’ enfer des prisons pour jeunes en Russie
Tigran Aïrapetian, 18 ans, a été arrêté, accusé d’avoir exigé de l’argent d’une personne de sa connaissance. Il aurait été obligé de s’accroupir en tendant les mains en avant, en soutenant sur les bras la lourde porte d’un coffre. Lorsqu’il n’y parvint plus, les policiers se seraient mis à le frapper. Encore sous le choc des violences subies, Tigran Aïrapetian a signé des « aveux », dans lesquels il reconnaissait avoir extorqué par la menace 500 roubles (16 Euros). Vers 2 heures du matin du lendemain, il a été libéré. Il a dû rester à l’hôpital pendant plus de trois semaines après une opération de la mâchoire fracturée. Tigran Aïrapetian a porté plaint au parquet du district Boutyrski et auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. Des dizaines de milliers d’enfants sont privés de leur liberté en Russie, en violation de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, à laquelle la Russie est partie. Il est courant que des enfants soient maintenus pendant des mois, voire des années, en détention provisoire et condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement pour des infractions relativement mineures. Au milieu de l’année 2001, plus de 17 000 enfants purgeaient des peines d’emprisonnement dans 64 colonies pénitentiaires pour mineurs, d’après le ministère de la Justice. Ils étaient plus nombreux encore à être incarcérés dans des centres de détention provisoire, où les conditions de vie sont généralement tellement dures qu’elles constituent des traitements cruels, inhumains et dégradants. Dans les centres de détention provisoire et les prisons, les enfants risquent d’être brutalisés à la fois par les gardiens et par d’autres détenus. Là encore, les mesures prises par les autorités en vue de protéger les enfants contre les violences en détention semblent des plus limitées - les allégations d’enfants affirmant avoir été torturés et maltraités débouchent rarement sur des enquêtes, et plus rarement encore sur des poursuites judiciaires.





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