Benjaline Hernandez
© Karapatan Mindanao-Sud
PHILIPPINES : une femme de 22 ans, responsable d’une ONG et d’un journal étudiant, abattue par des soldats à bout portant, en compagnie de trois habitants.
Benjaline Hernandez et deux de ses amis ont été abattus à bout portant alors qu’ils étaient, d’après des témoins, allongés sur le sol, implorant pour leur vie. Un troisième homme, qui cherchait à s’enfuir, a également été tué. Benjaline Hernandez et ses trois amis s’apprêtaient à déjeuner dans une hutte lorsque des membres des Armed Forces of the Philippines (AFP, Forces armées des Philippines) et de la milice Citizen Armed Force Geographical Units (CAFGU, Unités territoriales de la force armée des citoyens) ont ouvert le feu, forçant les occupants à sortir de la hutte. C’est à l’extérieur qu’ils ont été tués. Des habitants ayant examiné les corps ont déclaré que Benjaline Hernandez avait eu le crâne broyé et que les tirs l’avaient affreusement défigurée. Un cliché montre la victime les bras levés, comme pour se protéger. Benjaline Hernandez a été abattue dans un village de la vallée d’Arakan alors qu’elle enquêtait sur les effets du processus de paix au niveau local ainsi que sur des allégations faisant état d’homicides de civils. Trois habitants de la région l’accompagnaient : Cristanto Amora, Vivian Andrade et Labaon Sinunday. Ils ont eux aussi été tués. Benjaline Hernandez, vingt-deux ans, était secrétaire générale adjointe du bureau de l’organisation de défense des droits humains Karapatan à Mindanao-Sud. Elle était également rédactrice en chef d’un journal étudiant. De hauts responsables militaires ont déclaré qu’elle faisait partie des rebelles de la New People’s Army (NPA, Nouvelle armée du peuple) - la branche armée du Communist Party of the Philippines (CPP, Parti communiste des Philippines) -, ajoutant qu’elle avait été tuée au cours d’un échange de tirs entre rebelles et miliciens. Amnesty International craint cependant qu’elle n’ait été victime d’une exécution sommaire et prise pour cible en raison de ses activités légitimes en faveur des droits humains. Ces inquiétudes ont été renforcées par les récentes déclarations de responsables militaires de haut rang, selon lesquels les membres de Karapatan et d’autres groupes autorisés qui critiquent le gouvernement sont étroitement liés à la NPA. Les individus décrits publiquement comme des sympathisants actifs de la NPA risquent d’être considérés par les militaires comme des cibles légitimes lors des opérations contre les rebelles communistes armés dans les provinces.
[Des membres du cortège funèbre portent le cercueil de Benjaline Hernandez, défenseure des droits humains.
© Karapatan Mindanao-Sud
REPÈRES
Capitale : Manille Superficie : 300 000 km2 Population : 77,1 millions d’habitants Langues officielles : anglais, tagalog Peine de mort : maintenue
Situation des droits humains en 2001
Les dysfonctionnements de la justice ont été mis en évidence par des allégations d’actes de torture et de mauvais traitements infligés à des suspects de droit commun par la police, ainsi que par les exécutions extrajudiciaires dont auraient été victimes, entre autres, des revendeurs de drogue présumés. Les femmes placées en détention étaient exposées à des risques de viol et d’autres sévices sexuels. La procédure de recours et le système d’enquête et de mise en examen des auteurs présumés d’atteintes aux droits humains ont à de nombreuses reprises montré leurs carences. Des arrestations arbitraires, des cas de torture, des exécutions extrajudiciaires et des « disparitions » ont été signalés dans le cadre d’opérations anti-insurrectionnelles. Des groupes politiques armés se sont livrés à de graves exactions, et notamment à des meurtres, des actes de torture et des prises d’otages.
Rappel historique
Depuis longtemps contrôlée par les Etats-Unis, la République des Philippines a été proclamée en 1946. S’en est suivi une longue période de dictature sous le pouvoir du Président Marcos. Mais en 1986 Marcos a perdu le soutien des Américains. Depuis lors, un timide mouvement de démocratie a pu naître sous la présidence d’une femme : Corazon Aquino. En 1988, Joseph Estrada, ancienne vedette du petit écran, devient président. Accusé de corruption, il doit démissionner en janvier 2001. Gloria Macapagal Arroyo lui succède mais doit faire face à une anarchie croissante. Lors des élections législatives, en mai 2001, un putsch manque de la renverser. La présence du groupe terroriste d’Abu Sayyaf ont poussé les Etats-Unis à envoyer des soldats aux Philippines au début de l’année 2002. Ce groupe terroriste musulman intégriste s’est illustré par l’enlèvement contre rançons de plusieurs touristes, dont certains américains. Près d’un millier de soldats américains se trouvent toujours dans des bases aux Philippines, où ils entraînent l’armée du pays à lutter contre ces groupes islamistes et contre la guérilla communiste, la « Nouvelle armée du Peuple », versée à présent plus dans le banditisme que dans la lutte politique.




