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Pakistan *

vendredi 13 septembre 2002, par Eva Noack, Laura Lhoir

image 227 x 173 Bibi avec sa mère © AP photo

image 227 x 173 Cette affaire a choqué l’opinion publique dans le monde et aussi au Pakistan © AFP

PAKISTAN : une fille condamnée à être violée !

Une jeune femme de 18 ans originaire de Meerwala, dans la province du Pendjab, a été condamnée à être violée à titre de « châtiment », en raison de la « liaison illicite » présumée de son frère âgé de douze ans avec une jeune fille qui appartenait à une tribu considérée comme « supérieure », celle des Mastoi. Selon des informations non confirmées, on aurait en outre sodomisé le jeune garçon pour le punir de son « infraction », immédiatement après qu’il eut été découvert en train de marcher en compagnie de la jeune fille mastoi. D’après les informations recueillies, des membres de la tribu des Mastoi et le conseil tribal ont déclaré que toutes les femmes de la famille du jeune garçon accusé seraient enlevées et violées si le jugement du conseil n’était pas accepté, et si sa sœur de dix-huit ans refusait d’accepter son « châtiment ». Le « procès » a eu lieu en présence de plusieurs centaines de membres de la population locale, et aucun d’eux n’a pris la moindre initiative pour empêcher ce viol.

Étant donné le nombre d’habitants qui ont participé à ces événements, on peut légitimement présumer que la police locale était au courant de ce qui se passait au moment des faits, si elle n’y a pas directement assisté. Après le « jugement », le viol collectif infligé à la jeune femme a été commis par quatre hommes, dont un membre du conseil tribal, dans une cabane voisine, tandis que des membres de la tribu mastoi les encourageaient à l’extérieur par des cris. Après avoir été violée, la jeune femme a été exhibée nue dans les rues de son village devant des centaines de personnes. Ses proches avaient trop peur d’être victimes de représailles de la part de la tribu mastoi pour s’adresser à la police. La police locale n’a finalement accepté d’enregistrer la plainte du père de cette jeune femme que sept jours après les faits, lorsqu’une délégation d’avocats a rencontré des responsables de la police locale et insisté en ce sens. Étant donné que les auteurs du crime avaient pris la fuite, les forces de l’ordre ont arrêté huit de leurs proches en vue de les contraindre à se livrer. Le 2 juillet 2002, la police a appréhendé huit personnes, dont des membres du conseil tribal ayant pris part au « procès », qui sont accusées de complicité de viol.

DERNIERES NOUVELLES

Une cour antiterroriste a condamné le 1er septemb re 2002 six hommes à la peine de mort - quatre pour viol et deux, membres d’un panchayat (jury) tribal, pour l’avoir ordonné. La peine capitale avait été requise pour 10 membres du conseil, mais huit ont été acquittés. Les condamnés, qui ont nié les faits, vont faire appel.

Le président pakistanais Pervez Musharraf avait accordé une compensation financière à la victime. Celle-ce continue à recevoir des menaces de mort de la part de milieux liés à ses agresseurs.

Complément d’information

Les conseils tribaux sont des institutions qui trouvent leur origine dans des mécanismes traditionnels de règlement des conflits par médiation, et n’entrent pas dans le cadre du système judiciaire. Ils ne reposent sur aucun fondement juridique mais n’en continuent pas moins à rendre, en tant que conseils d’anciens, des jugements non officiels, visant à résoudre des litiges locaux par des compromis. Les attributions de ces conseils tribaux ne sont pas fixées de manière uniforme, et il n’existe aucune loi régissant leur fonctionnement. Amnesty International est préoccupée par les informations selon lesquelles des conseils tribaux ont illégalement jugé et condamné des personnes à des peines cruelles, inhumaines et dégradantes.

Dans son rapport annuel en 2001, la HRCP (ONG pakistanaise de défense des droits humains) affirmait qu’une femme était violée toutes les six heures au Punjab et un viol collectif commis tous les quatre jours.

Au moins 82 femmes ont été assassinées, plus de 150 violées, la plupart par plusieurs hommes, et 206 enlevées, entre janvier et juin dans le sud du Punjab, selon la HRCP qui estime la réalité pire encore.

REPÈRES

République islamique du Pakistan CAPITALE : Islamabad SUPERFICIE : 803 940 km2 POPULATION : 145 millions CHEF DE L’ÉTAT : Muhammad Rafiq Tarar, remplacé par Parvez Moucharraf le 20 juin LANGUES OFFICIELLES : anglais, ourdou PEINE DE MORT : maintenue

Situation des droits humains en 2001

Les élections locales organisées par étapes se sont achevées au mois d’août. Le gouvernement militaire a poursuivi la campagne contre la corruption. L’interdiction des manifestations politiques publiques décrétée en 2000, et qui est restée en vigueur, a restreint les activités des partis politiques. Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées pour avoir enfreint cette interdiction. Les violences politiques se sont intensifiées après que le gouvernement eut décidé de soutenir l’intervention militaire américaine et alliée en Afghanistan. Les groupes islamistes ont réagi en organisant des manifestations violentes. Les violences contre les femmes et les membres des minorités religieuses continuaient d’être très fréquentes. La peine de mort était toujours appliquée ; 13 personnes au moins ont été exécutées.

Histoire Ce pays, très majoritairement musulman, lors de l’indépendance des Indes britanniques, en 1947, se sépara de l’Inde (majoritairement hindouiste) après des affrontements sanglants. On distinguait alors le Pakistan occidental et le Pakistan oriental, séparés par l’Inde. En 1971, une nouvelle guerre civile abouti à la sécession du Pakistan oriental, devenu le Bangladesh. En 1977, l’armée renversa le régime civil dirigé par Ali Bhutto, qui fut pendu. Pendant huit ans, Zia ul-Haq appliqua la loi martiale. Il trouva la mort dans l’explosion de son avion en 1988, ce qui accéléra le retour à un régime civil. Parce qu’il accorda son soutien à la résistance anticommuniste afghane, pendant les années quatre-vingt, le Pakistan bénéficia de l’aide de la communauté islamique et fut soutenu militairement par les Etats-Unis. Cela lui permit de poursuivre le mise au point de l’arme nucléaire, déjà en possession de l’Inde, voisine et rivale dans le conflit du Cachemire. En 1994, les Pakistan aide et arme aux talibans à entrer dans la guerre civile en Afghanistan. En 2001, un million de personnes menacées par une famine en Afghanistan, se sont réfugiées au Pakistan dans des conditions dramatiques.

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