
Ouzbékistan : Des mères de famille s’opposent à la peine de mort en Ouzbékistan
Sept mères de famille se sont engagées dans un combat mobilisateur contre la peine de mort en Ouzbékistan. Trois d’entre elles ont vu leur fils exécuté, le garçon d’une autre se trouve dans le quartier des condamnés à mort et les trois dernières ont vécu dans la peur de l’exécution de leurs enfants jusqu’à ce que la peine de ceux-ci soit finalement commuée.C’est Tamara Tchikounova qui a eu l’idée de constituer ce groupe de femmes. Son fils de vingt-huit ans, Dimitri, avait été condamné à mort pour meurtre en novembre 1999. Convaincue de son innocence, elle affirme qu’on l’a torturé pour le forcer à « avouer ». Elle a adressé en vain des requêtes à toutes les autorités ouzbèkes compétentes. Lorsqu’elle s’est rendue à la prison de Tachkent pour voir son fils le 12 juillet 2000, elle a découvert qu’il avait été exécuté en secret deux jours auparavant. Dès lors, Tamara Tchikounova a décidé d’apporter son soutien à d’autres mères qui se battent pour sauver la vie de leurs enfants. Elle leur a appris comment déposer une plainte auprès des autorités et a élaboré des rapports sur les différents cas qu’elle a ensuite adressés à Amnesty International et à d’autres organisations internationales. « Je leur apprends ce qu’est la loi, a-t-elle déclaré à Amnesty International. Si elles se rendent dans les bureaux en pleurant, elles n’arriveront à rien. Mais si elles connaissent la loi et leurs droits, elles peuvent se battre. Six des femmes à qui j’ai apporté mon soutien sont restées à mes côtés et elles aident maintenant d’autres femmes à s’occuper du dossier de leur enfant. » La peine de mort en Ouzbékistan L’ampleur des défis auxquels est confronté ce groupe de femmes est difficile à évaluer. En septembre 2001, le président Islam Karimov a déclaré qu’une centaine de personnes étaient exécutées chaque année en Ouzbékistan, mais les informations sur la peine de mort sont un secret d’État et les exécutions sont rarement rendues publiques. De nombreuses familles de condamnés à mort ne savent même pas si leur proche est toujours en vie. En octobre 2001, le Parlement a réduit de huit à quatre le nombre d’infractions passibles de la peine de mort. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une politique officielle annoncée en 1998, qui vise à « abolir la peine de mort par étapes ». Amnesty International continue malgré tout à recevoir des informations sur de nombreuses condamnations à mort. Succès et défis Les mères de famille ont connu à la fois des joies et des désillusions. Après avoir passé plus de dix-huit mois dans le quartier des condamnés à mort, Vazguen Aroutiouniant a vu sa condamnation à mort commuée fin 2001. Sa mère raconte : « Quand ils l’ont emmené hors de sa cellule le 15 janvier, il a pensé qu’ils venaient le chercher pour l’exécuter […] À partir de maintenant, nous fêterons le 15 janvier comme son deuxième anniversaire. » Tamara Tchikounova a déclaré à Amnesty International : « Chacune de ces commutations est un peu comme un miracle, mais un miracle qui ne se serait jamais produit sans le travail des membres de votre organisation. » La nouvelle des victoires remportées par le groupe se répand et de plus en plus de familles de condamnés à mort se tournent vers ces mères de famille pour réclamer leur aide, ce qui mobilise toutes les ressources de celles-ci. Le groupe cherche à contacter d’autres militants abolitionnistes pour tirer parti de leur expérience et échanger des idées. Si vous souhaitez prendre contact avec le groupe des mères de famille contre la peine de mort en Ouzbékistan ou militer contre la peine capitale dans ce pays, veuillez écrire à cascauc amnesty.org Légende photo : Lors d’une conférence sur les droits humains en Ouzbékistan, Tamara Tchikounova lit des lettres de soutien envoyées par des membres d’Amnesty International (décembre 2001). © AI
REPÈRES
République d’Ouzbékistan CAPITALE : Tachkent SUPERFICIE : 447 400 km2 POPULATION : 25,3 millions CHEF DE L’ÉTAT : Islam Karimov CHEF DU GOUVERNEMENT : Outkour Soultanov LANGUE OFFICIELLE : ouzbek PEINE DE MORT : maintenue
Situation des droits humains en 2001
Comme les années précédentes, de nombreux partisans présumés de partis et de mouvements islamistes d’opposition clandestins, comme le Hizb-ut-Tahrir (Parti de la libération) ont été victimes d’actes de torture et de mauvais traitements perpétrés par des responsables de l’application des lois. Des milliers de musulmans pieux et des dizaines de membres ou de sympathisants des partis politiques d’opposition interdits Erk (Liberté) et Birlik (Unité), condamnés à l’issue de procès non équitables pour appartenance à un parti illégal, diffusion de documents religieux illégaux ou activités hostiles à l’État, purgeaient de lourdes peines d’emprisonnement. De nouvelles informations semblaient confirmer que les prisonniers musulmans pratiquants faisaient l’objet, notamment dans les camps pénitentiaires, de traitements particulièrement cruels, inhumains et dégradants. Plusieurs détenus, dont un défenseur des droits humains connu, sont morts en détention, apparemment des suites d’actes de torture. Au moins 22 condamnations à mort ont été prononcées, à l’issue de procès dénoncés comme inéquitables, et au moins quatre personnes ont été exécutées.
Histoire
Parmi les cinq républiques musulmanes d’Asie centrale, l’Ouzbékistan est la plus peuplée. La langue ouzbek s’apparente au turc. L’explotation intensive du coton a longtemps été donnée en exemple pour illustrer le développement de cette république. En réalité, cette monoculture a eu des effets catastrophiques : elle s’est réalisée au détriment d’autres cultures, au mépris des équilibres écologiques (assèchement de la mer d’Aral) et de la santé de la population. Dans la vallée de Fergana, des tensions économiques et sociales ont provoqué des pogroms contre les Meskhets, une minorité originaire du Caucase. Depuis son indépendance (1991), l’Ouzbékistan a noué des liens étroits avec la Turquie. L’Arabie saoudite finance la construction de nombreuses mosquées et son influence sur les milieux islamiques est réelle.
BONNE NOUVELLE : Makhbouba Kassymova est libre !
Membre de l’Organisation indépendante de défense des droits humains d’Ouzbékistan (NOPCHU), Makhbouba Kassymova a été condamnée en juillet 1999 à cinq années d’emprisonnement pour « dissimulation d’une infraction » et « détournement de fonds » à l’issue d’un procès totalement inéquitable, ayant duré trois heures et qualifié de « farce » par plusieurs observateurs des droits humains. Le tribunal municipal de Tachkent a rejeté le mois suivant l’appel de Makhbouba Kassymova. L’audience, à laquelle la prévenue n’assistait pas, avait duré quatorze minutes. Un recours introduit devant la Cour suprême par son avocat n’avait toujours pas été examiné fin 2000. Incarcérée à la prison de Tachkent, Makhbouba Kassymova souffrait, semble-t-il, de problèmes cardiaques. La NOPCHU a annoncé au mois d’août qu’elle devait bénéficier de la mesure d’amnistie présidentielle décrétée à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance de l’Ouzbékistan et qu’elle serait probablement libérée fin septembre. La prison aurait cependant refusé sa libération car elle avait enfreint à trois reprises le règlement de l’établissement, ce qui l’excluait de fait du bénéfice de l’amnistie. Makhbouba Kassymova affirmait que ces « infractions » avaient été inventées de toutes pièces, pour ne pas avoir à la libérer. Elle a finalement été remise en liberté le 22 décembre 2001, contre toute attente.




