NIGERIA : une femme condamnée à être lapidée

Dans l’Etat nigérian de Sokoto, Safiya Husaini, 35 ans, avait été condamnée à mort par lapidation pour adultère par un tribunal islamique, qui lui reprochait d’avoir eu un enfant après son divorce. Selon la loi islamique en vigueur dans certains Etats du Nigeria, les femmes divorcées ne peuvent plus se remarier.
Mariée une première fois à 12 ans, Safiya a déclaré que son enfant était de son ancien mari. La Cour d’appel islamique de Sokoto a finalement acquitté Safiya Hussaini.
Le 22 mars 2002, dans un autre Etat du Nord du Nigeria, au Katsina, Amina Lawal Kurami, 30 ans, a été condamnée à mort par lapidation pour avoir eu un enfant hors mariage. La Cour d’appel islamique de Funtua a confirmé le 19 août cette condamnation à mort. Le juge a ordonné qu’Amina soit exécutée à partir de janvier 2004, une fois qu’elle aura élevé sa fillette de 8 mois, Wasila. Ses avocats préparent un nouvel appel.
Amnesty International est préoccupée par l’application dans les États du nord de Nigéria, dont celui de Katsina et de Sokoto, des législations basées sur la Sharia (loi coranique) permettant l’utilisation de la peine de mort et autres traitements cruels, inhumains et dégradants, prononcés par une justice expéditive, sans garantie de procédure, et surtout discriminatoires à l’égard des femmes.
Les hommes aussi sont condamnés par lapidation ! Yunusa Rafin Chiyawa, un agriculteur du Nord du Nigéria, a été condamné le 21 juin 2002 à une peine de mort par lapidation pour adultère, par un tribunal islamique de l’Etat de Bauchi. Il n’aurait même pas été défendu par un avocat lors de son procès.
REPÈRES
République fédérale du Nigéria CAPITALE : Abuja SUPERFICIE : 923 768 km2 POPULATION : 116,9 millions LANGUE OFFICIELLE : anglais PEINE DE MORT : maintenue
Situation des droits humains en 2001
Les forces de sécurité ont continué d’agir en toute impunité. Elles seraient responsables de l’exécution extrajudiciaire de plus de 130 personnes au cours d’une opération de représailles contre des civils. Au moins une personne a été tuée par balles par la police paramilitaire dans le delta du Niger ; il s’agirait d’une exécution illégale. Aucune inculpation n’a été prononcée à la suite des homicides perpétrés par les forces de sécurité au cours des années passées. Au moins quatre condamnations à mort ont été prononcées par des hautes cours, et 24 ont été confirmées en appel. Trois personnes ont été condamnées à mort, dont deux à la mort par lapidation, en vertu de nouveaux codes pénaux et de nouvelles dispositions législatives en matière de procédure pénale inspirés de la charia (loi islamique), qui ont étendu le champ d’application des châtiments cruels, inhumains et dégradants ; ces personnes n’ont pas été exécutées. Plusieurs personnes ont été condamnées à être amputées d’une main, et plusieurs peines de flagellation ont été exécutées. Cette année encore, des groupes d’autodéfense, parfois ouvertement soutenus par les autorités de certains États du Nigéria, se sont livrés à des incarcérations illégales, des actes de torture et des homicides, en particulier dans le sud-est du pays. Des membres d’organisations politiques ont été détenus sans jugement à plusieurs reprises.
Histoire
Le Nigeria est une mosaïque de peuples aux pratiques religieuses diverses. À la fin des années 1990, alors que le pays met fin à la dictature, de multiples tensions se réveillent aux quatre coins de son territoire. Dans le Nord, des minorités chrétiennes sont persécutées par les autorités musulmanes.
Quelques dates importantes : 1993 - Après la démission de Babangida, le général Abacha instaure un régime fort. 1995 - Condamné par la communauté internationale pour le meurtre de plusieurs opposants, dont le célèbre écrivain Ken Saro-Wiwa, le Nigeria est exclu du Commonwealth. 1998 - Le général Abubakar prend la succession d’Abacha, décédé, et s’engage à transférer le pouvoir aux civils. 1999 - Olusegun Obasanjo, ancien dirigeant militaire, prisonnier politique jusqu’en 1998, est élu président de la République. Février 2000 - Conflits ethniques et religieux resurgissent. A Kaduna, des émeutes sanglantes opposent Ibo chrétiens et Haoussa musulmans sur l’application de la charia. Le spectre de la guerre civile continue de planer sur le pays. Et malgré les promesses qui ont suivi les dernières élections, la démocratie n’est toujours pas au rendez-vous.




