Oscar Luphalwzi
NAMIBIE : Plus de 300 personnes torturées en détention
En Namibie, plus de 300 personnes ont été torturées au cours de leur arrestation et de leur garde à vue en 1999. Elles étaient accusées d’être impliquées dans l’attaque dirigée par un groupe politique armé, la Caprivi Liberation Army (CLA, Armée de libération de Caprivi), contre plusieurs cibles gouvernementales en août 1999. Plus de 130 d’entre elles, libérées sans avoir été inculpées, ont porté plainte pour torture. Ces affaires sont toujours en instance. Trois policiers dont beaucoup de détenus ont dit qu’ils s’étaient rendus coupables de torture exercent toujours leurs fonctions. L’une des victimes de torture, OSCAR LUPHALEZWI, un ancien policier de haut rang ayant plus de vingt-quatre années de service derrière lui, présente une bonne cinquantaine de cicatrices sur le cou et le dos, résultant des coups de sjambok (fouet) reçus à la suite de son arrestation, en août 1999. Sur l’ensemble des personnes arrêtées, 128 ont été inculpées de haute trahison. Le gouvernement namibien affirme ne pas disposer des ressources suffisantes pour fournir une assistance judiciaire aux accusés. De hauts fonctionnaires contestent que l’État soit chargé de fournir une telle aide aux suspects, faisant valoir que si le droit à un procès équitable et à une représentation juridique figure bel et bien dans la Constitution, celle-ci ne garantit nullement le droit de recevoir une assistance judiciaire de l’État. En décembre 2001, la Haute Cour a ordonné au gouvernement de dispenser une aide judiciaire gratuite aux détenus, qui n’ont plus les moyens de payer les avocats, mais le gouvernement s’élève aujourd’hui contre cette décision.
Des militants sous haute surveillance
Elisabeth Khaxas travaille pour Sister Namibia, une organisation qui travaille en faveur des droits des femmes et de l’égalité entre les sexes. Sister Namibia dénonce également le racisme et l’homophobie. La police a surveillé secrètement les membres et le personnel de cette organisation. Elisabeth Khaxas et ses collègues ont été fortement choqués par cette surveillance.
REPÈRES
République de Namibie CAPITALE : Windhoek SUPERFICIE : 824 292 km2 POPULATION : 1,8 million LANGUE OFFICIELLE : anglais PEINE DE MORT : abolie
Situation des droits humains en 2001
Cette année encore, les forces de sécurité se seraient rendues coupables de « disparitions », d’actes de torture et d’intimidation dans les régions de Caprivi et de Kavango. Près de 130 personnes, des prisonniers d’opinion pour la plupart, ont été maintenues en détention. Le gouvernement a cherché à museler la liberté d’expression. À la suite de déclarations incendiaires des autorités, des gays et des lesbiennes ont été harcelés et brutalisés par la police.
Histoire
La Namibie a accédé tardivement à l’indépendance, en 1990 seulement. Ancienne colonie allemande, elle avait été placée sous contrôle de l’Afrique du Sud en 1920. Cette dernière en fit bientôt une quasi-province. En 1966, la SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest africain) lança un mouvement de guérilla. En 1989, elle remportait les élections organisées sous surveillance internationale, avec 57% des voix. L’indépendance pouvait être proclamée. Le sous-sol namibien est très riche (diamants, uranium) et les fonds de l’océan offrent de grandes ressources.
1999 - La manière forte dont use le gouvernement dans le district du Caprivi alimente la tendance séparatiste. 2000 - La question du partage de la terre (4 000 fermiers blancs possèdent 44% des terres agricoles) suscite des tensions, toutefois moins graves qu’au Zimbabwe. La formule consistant pour le gouvernement à racheter les terres (trop morcelées par la redistribution qui a suivi l’indépendance) pour les redistribuer à la population noire s’avère longue et coûteuse. Les syndicats proches de la SWAPO menacent d’occuper les exploitations des fermiers blancs. L’état d’urgence est déclaré dans le Caprivi après les attaques menées par l’Armée de libération du Caprivi (séparatiste). 2001 - La crise de la réforme agraire se poursuit, malgré l’introduction d’un nouvel impôt foncier dont le non-paiement permet à l’État de saisir la terre. Le président Samuel Nujoma menace de faire arrêter les homosexuels, qu’il tient pour responsables de la propagation du sida. La maladie ravage le pays : on estime que 13% des enfants de moins de 15 ans seront orphelins en 2006. Les forces de sécurité namibiennes soutiennent l’armée angolaise dans sa lutte contre l’UNITA (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola), notamment dans la région du Kavango. La Namibie poursuit son engagement militaire au Congo-Kinshasa en faveur du régime Kabila, aux côtés du Zimbabwe.




