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Myanmar *

vendredi 13 septembre 2002, par Eva Noack, Laura Lhoir

image 142 x 143  Win Htein © DR

Myanmar : la liberté d’expression sanctionnée

WIN HTEIN, 53 ans, est l’adjoint de Daw Aung San Suu Kyi, leader du principal parti d’opposition au Myanmar, la National League for Democracy (NLD, Ligue nationale pour la démocratie). Il a été arrêté à l’été 1996 – époque à laquelle de très nombreux militants ont été condamnés à des peines de prison –, et purge actuellement une peine de quatorze années d’emprisonnement. En août 1996, il avait été condamné, ainsi que quatre sympathisants de la NLD, à sept ans de prison pour avoir aidé ses coaccusés à réaliser une cassette vidéo montrant des rizières desséchées et destinée à la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Onze jours plus tard, il avait été condamné à sept années d’emprisonnement supplémentaires à l’issue d’un second procès, dans le cadre duquel il était accusé d’avoir organisé pour un ancien détenu étudiant un entretien avec un journaliste étranger au sujet de la torture des prisonniers politiques.

Au Myanmar, nouveau nom de la Birmanie, la justice n’a aucune indépendance. Les procès sont truqués d’avance et rares et la torture est fréquente. Selon certaines sources, les fonctionnaires qui ont arrêté Win Htein lui ont déclaré qu’un mandat d’amener était superflu car la sentence le condamnant à la prison avait déjà été prononcée. C’est la troisième fois depuis 1989 que Win Htein est incarcéré alors qu’il n’a fait qu’exercer ses activités politiques de manière pacifique. La deuxième fois, il avait été torturé, privé d’eau durant vingt-sept jours, obligé de rester agenouillé jusqu’à cinq jours d’affilée puis allongé sur le ventre, menotté et cagoulé. Il avait ensuite été placé à l’isolement et n’avait pas été autorisé à quitter sa cellule ni à recevoir de visites de sa famille durant deux ans et huit mois. Win Htein souffre d’une inflammation des vertèbres, d’hypertension et de migraines ; son état nécessite un traitement médical. Il éprouve par ailleurs des difficultés à marcher.

REPÈRES

Union du Myanmar CAPITALE : Yangon (ex-Rangoon) SUPERFICIE : 676 577 km2 POPULATION : 48,4 millions LANGUE OFFICIELLE : birman PEINE DE MORT : maintenue

Situation des droits humains en 2001

L’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour le Myanmar a révélé en janvier que des conversations confidentielles avaient lieu depuis octobre 2000 entre le State Peace and Development Council (SPDC, Conseil national pour la paix et le développement), au pouvoir, et Daw Aung San Suu Kyi, dirigeante de la formation d’opposition National League for Democracy (NLD, Ligue nationale pour la démocratie). Ce dialogue se serait poursuivi pendant la majeure partie de l’année 2001. Aung San Suu Kyi restait toutefois assignée de fait à domicile, même si elle a pu recevoir la visite de plusieurs délégations internationales. Quelque 1 600 prisonniers politiques arrêtés les années précédentes étaient toujours en détention. Près de 220 personnes ont été libérées. Trois condamnations à mort ont été prononcées, pour trafic de stupéfiants. Des exécutions extrajudiciaires et des cas de travail forcé ont cette année encore été signalés dans les États abritant des minorités ethniques, en particulier dans les États chan et kayin.

Histoire

Cette ancienne colonie britannique est devenue indépendate en 1948 sous le nom de Birmanie. La majorité de la population est bouddhiste. Les militaires ont pris le pouvoir en 1962, instituant une dictature très répressive et fermant le pays aux échanges extérieurs, ce qui a considérablement appauvri le pays. Des minorités ethniques (Karen, Kachin, Shan) entretiennent des mouvements de guérilla. Aujourd’hui, le pays est toujours contrôlé par une dictature militaire implacable et corrompue, que comme les rébellions qu’elle combat, s’enrichit du trafic de drogue.

image 135 x 192 Une femme d’exception Daw Aung San Suu Kyi, leader de la National League for Democracy (NLD, Ligue nationale pour la démocratie), principal parti d’opposition au Myanmar, recevait le prix Nobel de la paix en 1991, alors qu’elle se trouvait en résidence surveillée et que des centaines de militants politiques étaient emprisonnés à travers le pays. En mai 2002, elle est libérée après 19 mois d’assignation à domicile.

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