Rosario Ibarra de Piedra (au milieu), dont le fils a « disparu » en 1975, défile à la tête d’une manifestation contre les « disparitions » à Mexico (octobre 2001).
© AP
Mexique : nouvelles « disparitions »
En ville, deux jeunes hommes sont arrêtés dans la rue ; on leur bande les yeux, les menotte puis les emmène. Leurs proches n’ont plus de nouvelles… La famille vit dans l’angoisse de ne pas savoir s’ils sont morts ou encore en vie. Alejandro Martínez Dueñas, mécanicien, et José de Jesús González Medina, chauffeur, ont été arrêtés sans mandat, le 30 juin 2001, dans la ville de Colima. Plusieurs témoins ont déclaré que des hommes en uniforme portant apparemment des insignes de la police se trouvaient dans le quartier avant l’arrestation. Au cours des mois qui ont suivi, leurs proches se sont rendus dans plusieurs institutions fédérales et régionales pour obtenir des informations, mais en vain. Au début, les autorités auraient indiqué aux proches que les deux hommes étaient détenus dans les locaux du parquet à Guadalajara. Plus tard, on leur a dit qu’ils n’étaient pas en détention, mais leur sort n’a toujours pas été révélé. Depuis décembre 2000, Amnesty International rassemble des éléments d’information détaillés sur au moins quatre personnes ayant « disparu » après avoir été arrêtées par la police fédérale ou la police d’État.
Informations générales
Depuis plus de trente ans, Amnesty International recueille des témoignages sur les personnes qui « disparaissent » ainsi aux mains des forces de l’ordre mexicaines. Si le nombre de « disparitions » a diminué ces dernières années et si la majorité ne sont plus motivées par des raisons politiques, des cas continuent cependant d’être signalés, malgré les changements de gouvernement et les promesses de mettre un terme à cette pratique.Le Mexique a ratifié la Convention interaméricaine sur la disparition forcée des personnes en décembre 2001, mais il a émis une réserve pour que les cas de « disparitions » impliquant des militaires continuent d’être traités par les tribunaux militaires. Or, ces tribunaux ont toujours permis aux membres des forces armées accusés de violations des droits humains de bénéficier d’une impunité. Les institutions chargées d’assurer la justice et de protéger les droits humains continuent de manquer à leurs obligations fondamentales. Seule la détermination des proches, soutenus par des organisations de défense des droits humains, permet de maintenir la question des « disparus » à l’ordre du jour.
Victoriana Vázquez Sánchez, 50 ans a été violée par des soldats mexicains en avril 1999. © DR
REPÈRES
Capitale : Mexico Superficie : 1 972 545 km2 Population : 100,4 millions d’habitants Langue officielle : espagnol Peine de mort : abolie sauf cas exceptionnels
Situation des droits humains en 2001
Un éminent défenseur des droits humains a été assassiné, et de nombreux autres ont reçu des menaces de mort. L’adoption d’une nouvelle loi relative aux droits des indigènes n’a pas permis de régler le conflit au Chiapas. La détention arbitraire et le recours à la torture constituaient toujours des pratiques courantes. Des cas de « disparition » et d’exécutions extrajudiciaires ont été signalés ; en règle générale, leurs auteurs demeuraient impunis. Les pressions se sont accentuées sur les autorités pour qu’elles enquêtent de façon efficace et approfondie sur les violations des droits humains commises par le passé. De nouveaux des militaires ont été affectés au Bureau du procureur général de la République. Deux prisonniers d’opinion ont été libérés grâce aux importantes campagnes menées en leur faveur tant au plan national qu’international ; leur condamnation n’a toutefois pas été annulée, et leurs tortionnaires n’ont pas été déférés à la justice. Un autre prisonnier d’opinion a été maintenu en détention. À la fin de l’année, le Sénat a approuvé la ratification d’un certain nombre de traités internationaux relatifs aux droits humains, mais il restait encore au Mexique à ratifier le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
Histoire
Situé en Amérique du Nord, le Mexique connait de gros problèmes économiques, la surpopulation et la pollution dans les grandes villes. Durant 70 ans, le pays a vécu sous la domination du parti révolutionnaire (PRI). Cette période était caractérisée par l’impunité des responsables de violations des droits humains. En 1997, la révolte des paysans zapatistes du Chiapas, regroupés au sein de l’EZLN, a entraîné une répression sanglante de la part du pouvoir et des forces paramilitaires. L’arrivée en décembre 2000 d’un nouveau gouvernement a relancé l’espoir de paix en promettant une nouvelle loi relative aux droits des indigènes. Mais ces espoirs furent vite déçus lorsque, en avril 2001, l’adoption d’un nouveau projet de loi ne correspondant pas aux promesses faites aux indigènes, provoqua le retrait des négociations de l’EZLN.




