MALAISIE : Prisonniers d’opinion détenus une année durant sans inculpation ni jugement
Une année après avoir été arrêtées en avril 2001, six personnes ayant critiqué le gouvernement sont toujours détenues sans inculpation ni jugement. Tian Chua, Mohamad Ezam Mohd Nor, Haji Saari Sungib, Hishamuddin Rais, Lokman Noor Adam et Badrul Amin Bahron sont emprisonnés en vertu de la Loi de sécurité intérieure, une loi draconienne souvent utilisée pour réprimer une légitime dissidence. La plupart d’entre eux sont des militants de premier plan du parti d’opposition Keadilan. Les autorités prétendent que les six militants ont menacé la sécurité nationale en complotant pour renverser le gouvernement, une affirmation qui n’a jamais été prouvée. Après leur arrestation, ils ont été gardés en isolement dans des cellules étroites et sans fenêtres, privés de consulter un avocat pendant deux mois, soumis à des interrogatoires intensifs et n’ont été autorisés qu’à de brefs contacts avec leur famille en présence de policiers. Amnesty craint que, durant cette période, ils aient été soumis à une pression psychologique intense allant jusqu’à la torture. Selon leurs déclarations écrites sous serment, la police les a interrogés surtout sur l’organisation interne de Keadilan sans faire mention de complot ou d’incitation à la violence. Certains des détenus auraient également subi des questions agressives et importunes sur leur vie privée. En juin 2001, le ministre de l’Intérieur a ordonné de les emprisonner sans inculpation ni jugement au camp de détention de Kamunting. L’ordre de détention peut être renouvelé indéfiniment sans obligation de les déférer au tribunal. Bahdrul Amin Bahron a été libéré en novembre 2001, mais ré-arrêté en janvier 2002 pour avoir transgressé les termes d’une ordonnance qui limitait sévèrement ses droits à la liberté de mouvement, d’association et de réunion. Pour l’anniversaire de leur arrestation, les six détenus auraient l’intention d’entamer une grève de la faim pour protester contre leur détention prolongée.
REPÈRES
Capitale : Kuala-Lumpur Superficie : 332 965 km2 Population : 22,6 millions d’habitants Langue officielle : malais Peine de mort : maintenue
Situation des droits humains en 2001
Des militants de l’opposition et des personnes soupçonnées d’être des « extrémistes » islamistes ont été arrêtés et placés en détention, sans avoir été jugés, aux termes de la Loi relative à la sécurité intérieure. Ils étaient exposés à des risques de torture et d’autres mauvais traitements. Des manifestations non violentes ont été brutalement dispersées ; des participants ont été arrêtés, placés en détention et maltraités. Étudiants et universitaires étaient sanctionnés en raison de leurs activités politiques, pourtant pacifiques. Plusieurs personnalités de l’opposition ont fait l’objet de poursuites motivées par des préoccupations d’ordre politique. Il était généralement considéré qu’un certain nombre de décisions judiciaires et l’action de la Commission malaisienne des droits humains avaient un effet positif en matière de respect des principes relatifs aux droits humains.
Histoire
La Malaisie, qui est composée de deux territoires éloignés l’un de l’autre, est indépendante depuis 1957. Sa population est très mélangée : elle compte un tiers de chinois, mais aussi beaucoup d’Indiens. Les musulmans, qu’on appelle les « Fils de la Terre » (Bumiputra) sont les plus nombreux. Ils sont pour la plupart plus pauvres mais monopolisent le pouvoir politique. La Malaisie possède beaucoup de ressources naturelles qu’elle utilise surtout pour l’exportation : étain, caoutchouc, pétrole, forêts...
Quelques dates importantes : 1963 - Rattachement du Sarawak et du Sabah. 1997 - La crise asiatique frappe le pays au mois d’août. 1999 - Anwar Ibrahim, vice-Premier Ministre de Mahatir Mohamad, un peu plus libéral que ce dernier, est condamné à 6 ans de prison. 2000 - Des pirates philippins prennent des touristes en otages dans le sud-est de l’état du Sabah ( situé face à l’archipel philippin des Sulu). 2001 - Montée de l’opposition politique. Les partisans de l’islamisation du pays se fédèrent autour du Parti islamique malais (PAS).




