

A droite : Abdullah Ahmed ’Izzedin
LIBYE : Deux professeurs d’université condamnés à mort
En février 2002, ’Abdullah Ahmed ’Izzedin et Salem Abu Hanak ont été condamnés à mort en Libye. Des vingtaines d’autres personnes ont écopé de peines allant de 10 ans à la prison à vie, à la suite d’un procès inéquitable. Salem Abu Hanak, chef du département de chimie de l’université de Qar Younes à Benghazi et ’Adullah Ahmed ’Izzedin, enseignant à la faculté d’ingénieurs de Tripoli, ont été arrêtés en juin 1998 parmi 152 professeurs et étudiants appréhendés parce qu’ils étaient soupçonnés de soutien ou de sympathie au groupe islamique libyen illégal, al-Jama’a al Islamiya al-Libya, qui n’est pas connu comme ayant usé ou ayant prôné la violence. Cette affaire est connue sous le nom d’affaire des Frères musulmans. Tous les accusés ont été gardés au secret après leur arrestation et leur lieu de détention est resté inconnu jusqu’à l’ouverture de leur procès en mars 2001. Durant plus de deux ans, ils ont été privés d’assistance légale et des visites de leurs proches. Il n’y aurait pas eu d’enquête sur les allégations de torture invoquées par certains des accusés. Leur procès n’a pas été conforme aux normes internationales en matière de procès équitable et ils n’ont pas eu le droit de choisir un avocat. Tous les interrogatoires ont eu lieu à huis clos. Les avocats engagés par les familles n’ont jamais été autorisés à consulter les dossiers ni à rencontrer leurs clients. Les accusés ont brièvement rencontré leur famille pour la première fois en avril 2001, au cours de la deuxième séance du procès. Ensuite, ils ont été privés de visite à la prison de Abu Salim au moins jusqu’en décembre 2001. Amnesty a par deux fois demandé aux autorités libyennes l’autorisation d’assister au procès, ce qui lui a été à chaque fois refusé.
REPÈRES
LIBYE Superficie : 1 759 540 km2 Population : 4,55 millions d’habitants Groupes ethniques : Berbères et Arabes 97%, Grecs, Maltais, Italiens, Egyptiens, Pakistanais, Turcs, Indiens, Tunisiens Capitale : Tripoli Langue officielle : arabe Régime politique : dictature militaire
Omran Omar al Turbi, un des , prisonniers politiques libérés à l’occasion du 32e anniversaire de l’arrivée au pouvoir du colonel Kadhafi © DR.
BONNE NOUVELLE
Les autorités lybiennes ont libéré des dizaines de prisonniers politiques pour célébrer le 32e anniversaire de l’arrivée au pouvoir du colonel Kadhafi. Parmi eux figure le docteur Omran Omar al Turbi, un dentiste de cinquante et un ans qui, comme plusieurs centaines d’autres personnes, avait été appréhendé pour son appartenance présumée au groupe d’opposition Al Jabha al Wataniya li Inqaz Libiya (Front national de salut de la Libye). Il était détenu sans inculpation ni jugement depuis son interpellation le 28 mai 1984. Amnesty International menait campagne en sa faveur depuis la fin des années 80.
Situation des droits humains en 2001
Plusieurs dizaines de prisonniers politiques ont été libérés, mais plusieurs centaines d’autres, dont certains étaient des prisonniers d’opinion ou des personnes susceptibles d’être considérées comme tels, ont été maintenus en détention ; beaucoup étaient incarcérés sans inculpation ni jugement. Quelque 150 opposants politiques présumés ont été jugés pour appartenance à une organisation illégale. Le procès de deux Libyens accusés d’être responsables de l’attentat à l’explosif perpétré au-dessus de Lockerbie s’est terminé : l’un d’entre eux a été acquitté et l’autre condamné à la détention à perpétuité. Le procès de six Bulgares et d’un Palestinien accusés d’avoir contaminé des enfants par le virus du sida était toujours en cours fin 2001. Le sort de personnes « disparues » au cours des années précédentes n’avait toujours pas été élucidé.
Histoire
Située entre le monde arabe de l’ouest et celui de l’est, la Libye était une colonie italienne jusqu’en 1951. La domination italienne se révèle désastreuse pour les Libyens : entre 1911 et 1945, les Italiens exterminent ou forcent à l’exil la moitié de la population locale. En 1951, la Libye devient un royaume indépendant avec à sa tête le souverain Idris I. Le 1er septembre 1969, un coup d’Etat militaire dirigé par le capitaine Mouammar Kadhafi, alors âgé de 27 ans, renverse la royauté. Il déclare également que la Libye est une Jamahiriyya (néologisme pouvant se traduire par « république des masses ») et met en place un système de démocratie directe à travers les Comités populaires. Toutefois, dans la pratique, le système politique libyen est une dictature militaire stricto sensu, et son pouvoir reste personnel et absolu. Au cours des années 1970 et 1980, la Libye mène une politique extérieure basée sur la panarabisme, la condamnation violente de « l’impérialisme occidental », le soutient aux mouvements indépendantistes à travers le monde et l’intervention dans les pays voisins. Toutefois, cette politique ne contribue qu’à isoler le pays de la communauté internationale et la Libye se voit accusée de venir en aide à des organisations terroristes internationales.




