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Libéria *

vendredi 13 septembre 2002, par Eva Noack, Laura Lhoir

 Actualité récente

- Démission de Charles Taylor. Successeur : Moses Blah, ancien vice-président qui a pris la tête du Liberia à titre transitoire lors de l’exil de Taylor.
- Lundi 18/08 : le gouvernement et les deux groupes rebelles libériens ont signé un accord de paix prévoyant la création d’un gouvernement intérimaire afin de mettre un terme à 14 ans de guerre civile. Cet accord prévoit un partage des ministères entre l’actuel gouvernement, les rebelles et les partis politiques.
- Au 3/09, la force ouest-africaine de paix approche des 3000 soldats. L’ambassadeur américain espère que les différentes parties vont améliorer leur action et honorer leur promesse de cessez-le-feu .
- Des milliers de civils ont dû fuir les combats. La capitale, où se sont entassées des milliers de personnes dans des camps insalubres, est à présent frappée par une épidémie de choléra.

image 227 x 364  Locaux de l’Université du Libéria

 LIBERIA : Des étudiantes violées par des membres des forces gouvernementales de sécurité

« Quand j’ai quitté la classe le mercredi 21 mars pour rentrer à la maison, je me suis trouvée face à 11 hommes environ qui s’étaient cachés derrières les fleurs et les grilles de l’université. Le premier officier me gifla, me roua de coup après quoi j’ai vu quelque chose qui ressemblai à une crosse de pistolet s’approcher. Je me suis réveillée dans une pièce sombre. Pendant 14 jours j’ai été violée par je ne sais pas combien d’homme

J’ai été sévèrement fouettée, j’ai reçu plusieurs coups sur les fesses et sur le dos. On m’a fait dormir sur un sol froid sans couchage et j’ai été soumise à un harcèlement sexuel violent et constant par des officiers. Parfois je leur résistais, mais cela ne faisait que les rendre encore plus violents et injurieux.

J’ai été violemment flagellée sur le dos à chaque levée du jour et on a menacé de me tuer. Mes conditions de détentions étaient déplorables… Je me sens humiliée… J’ai aussi été abusée sexuellement à plusieurs reprises. Le commandant affirmait que j’étais détenue pour avoir apporté mon soutien à des personnes qui avaient essayer de déstabiliser le gouvernement… J’ai été relâchée au bout de 14 jours grâce à l’intervention de groupe de défense des droits humains.

Plus de 15 filles se sont fait violer en même tant que moi sur la plage. Après avoir fait ce qu’ils voulaient de nous, ils ont décidé de nous rendre notre liberté… à cause du sentiment de honte associé au viol la plupart d’entre nous avons décidé de n’alerter personne parce que notre communauté est tellement étroite ». Extrait d’un témoignage recueilli par Amnesty en avril 2001

Le 21 mars 2001, l’unité anti-terroriste (A.T.U.) et la division des opérations spéciales (SOD) ont pris d’assaut le campus de Liberia afin de mettre un terme à une manifestation pacifique. Des douzaines de professeurs ont été pris en chasse, frappés avec des bâtons, roués de coups tandis qu’ils fuyaient leurs salles de classe. Au moins 20 étudiants furent détenus et plusieurs étudiantes ont prétendument été violées tandis qu’elles étaient tenues au secret pendant plusieurs semaines sans aucune accusation.

Informations sur le contexte

Les étudiants ont été en première ligne dans les critiques contre le gouvernement et dans la promotion et la défense des droits de l’Homme. Depuis la mi-mai 2001, plus de 15 étudiants ont fui le Liberia, craignant pour leur sécurité après que le Ministre de la Justice ait publiquement déclaré que des dissidents opéraient sur le campus.

Les forces de sécurité libériennes ont nié toutes les accusations de viol faites à leur égard. Les autorités n’ont ouvert aucune enquête et personne n’a pour le moment été traduit en justice. Le Président Charles Taylor aurait affirmé que les étudiants ne pouvaient être autorisés « à se faire justice eux-mêmes, à contester les autorités de l’université, ni à amener le désordre sur le campus. »

Les forces de sécurité libériennes ont fréquemment recours à la torture tant à l’encontre des prisonniers politiques que des prisonniers de droit commun.

REPÈRES

République du Libéria CAPITALE : Monrovia SUPERFICIE : 111 369 km2 POPULATION : 3,1 millions LANGUE OFFICIELLE : anglais PEINE DE MORT : maintenue

Situation des droits humains en 2001

La situation des droits humains s’est considérablement dégradée tout au long de l’année du fait de la poursuite du conflit armé. Les populations civiles ont été victimes d’atteintes massives à leurs droits fondamentaux, perpétrées tant par les forces de sécurité libériennes que par le groupe d’opposition armé LURD, basé en Guinée. Les forces gouvernementales se sont rendues responsables d’exécutions extrajudiciaires, de détentions illégales et d’actes de torture - notamment de violences sexuelles -, et elles ont obligé des civils à travailler pour elles ou à s’enrôler dans leurs rangs. Quant aux combattants des LURD, ils se sont livrés à des exécutions sommaires, des enlèvements et des actes de torture - y compris des viols - sur la personne de civils. Des dizaines de milliers de civils ont fui les combats. Les forces de sécurité ont pu poursuivre leurs agissements en toute impunité, les auteurs d’atteintes aux droits humains étant rarement punis. Des étudiants ont été détenus illégalement et victimes de viols ou d’autres actes de torture, après que les forces de sécurité eurent réprimé un mouvement de protestation au sein de l’université. Les manœuvres d’intimidation et les arrestations de journalistes contribuaient au musellement de la presse. L’incarcération de deux avocats a été suivie d’une grève de la profession. Les défenseurs des droits humains et les personnes critiques à l’égard du gouvernement vivaient toujours sous la menace.

Histoire

Premier État indépendant de la côte ouest de l’Afrique, le Libéria a été fondé par des esclaves noirs américains libérés. Après des décennies de croissance économique le Liberia a plongé dans la guerre au tournant des années 1980. Déclenché par le réveil de rivalités anciennes, le conflit s’est propagé dans les pays voisins, Sierra Leone et Guinée. Aujourd’hui, le principal enjeu des affrontements est le trafic de diamants dont la région regorge.

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