KURDISTAN IRAKIEN : Une femme torturée « au nom de l’honneur »
En juillet 1996, près de la ville de Rania, dans le Kurdistan irakien, Kajal Khidr, qui était âgée de vingt-quatre ans, a été séquestrée par six membres de sa belle-famille puis torturée et mutilée, sur des présomptions d’adultère et alors qu’elle était enceinte. Ils lui ont coupé un bout du nez et l’ont avertie qu’elle serait tuée après la naissance de son enfant. Après avoir reçu des soins dans un hôpital de Rania, elle est parvenue à prendre la fuite et, sous la protection de la police, elle a pu bénéficier de trois mois de traitement supplémentaires dans un hôpital de Sulaimaniya. Elle s’est ensuite cachée durant un an avant de trouver refuge dans un foyer pour femmes de Sulaimaniya. Avec le soutien de militants des droits humains locaux, Kajal Khidr a fui vers la Syrie en février 1999 où elle s’est vu accorder le statut de réfugiée par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. En juillet 2000, elle a été envoyée dans un troisième pays où elle vit avec sa fille âgée aujourd’hui de quatre ans. Deux des hommes qui avaient torturé Kajal Khidr ont été arrêtés par les autorités dans la région, contrôlée par l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), mais ils ont été relâchés dans les vingt-quatre heures car il a été établi qu’ils avaient agi pour préserver l’honneur de leur famille. Aucune charge n’a jamais été retenue contre eux.
Informations générales
Chaque année, à travers le monde, des jeunes filles et des femmes sont violemment agressées, voire tuées, généralement par leurs proches et ce « au nom de l’honneur ». On les accuse de jeter l’opprobre sur leur famille et leur communauté par leur comportement, l’attitude dénoncée pouvant aller de la simple discussion avec un voisin aux relations sexuelles hors mariage. Il suffit du moindre soupçon d’infraction au code de comportement féminin pour que l’honneur soit considéré comme souillé ; dans ce cas, la femme ne se voit même pas donner l’occasion de se défendre et les hommes sont incités à laver leur honneur en agressant la « fautive ». La législation irakienne ne prévoit pas réellement de sanctions pour les « crimes d’honneur », ce qui permet aux hommes d’aller jusqu’à tuer une parente qui aurait entaché l’honneur de leur famille. Des organisations de défense des droits de la femme et des militants des droits humains travaillant dans le Kurdistan irakien ont signalé, dans les régions contrôlées par l’UPK et le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), plusieurs milliers de cas où des femmes auraient été torturées ou assassinées par des parents ou d’autres personnes qui prétendent avoir agi pour l’honneur de la famille. Parmi les victimes se trouvent des femmes violées, d’autres accusées d’adultère ou d’un quelconque contact avec un homme non apparenté à la famille et enfin celles qui se sont opposées à un mariage arrangé. Le PDK comme l’UPK n’ont pas nié que des femmes ont été victimes de « crimes d’honneur ». En avril 2000, l’UPK a même annoncé l’abolition, dans les régions placées sous son contrôle, de toutes les lois cautionnant ces crimes. L’Organisation indépendante des femmes au Kurdistan évalue à 4 000 le nombre de femmes victimes de « crimes d’honneur » depuis 1991 ; d’autres organisations recensent pour leur part 800 cas de cette nature. En octobre 1991, le gouvernement irakien s’est retiré de certaines parties des provinces de Dohuk, Sulaimaniya et Arbil, au nord de son territoire. Ces contrées, connues comme étant le Kurdistan irakien, sont maintenant contrôlées par les deux principales organisations kurdes que sont le PDK et l’UPK, chacune d’elles y ayant instauré son propre gouvernement.
Histoire
Les Kurdes vivent sur le territoire de la Turquie et de l’Irak. La minorité des Kurdes n’est pas reconnue officiellement par la Turquie, et par conséquence, ne bénéfice pas d’un statut protecteur. Au contraire, face à leurs revendications, la principale réponse de l’État turc, dominé par l’armée, est la violence. En Irak, les autorités ont répliqué aux révoltes kurdes par d’impitoyables massacres en 1990 : 50 000 Kurdes sont tués, 70 000 autres se réfugient en Iran et en Turquie. En 1991, l’ONU exige l’arrêt de cette répression et les Etats-Unis lancent l’operation Provide Comfort (Apporter du réconfort) qui crée une zone de protection dans la région du Kurdistan. Là, des élections sont organisées. Les deux pricipaux partis kurdes, l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) et le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), se partagent les sièges du nouveau Parlement. Mais dès 1994, d’anciennes rivalités entre clans ressurgissent et plongent le Kurdistan dans une féroce guerre civile. Le PDK domine le Nord, l’UPK le Sud, et cette rivalité profite aux autorités irakiennes qui ne cessent de renforcer leur emprise sur la région.




