
KENYA : Hadaja Choro, torturée et violée en prison
Le 8 mars 2000, Hadaja Choro et deux autres détenues de la prison GK, à Kakamega, ont été envoyées chercher de l’eau pour l’établissement pénitentiaire. Une surveillante les a accompagnées jusqu’aux portes du Service des eaux. Là, les prisonnières auraient vu un askari (gardien) remettre de l’argent à la surveillante. Cette dernière a alors dit à Hadaja Choro et aux deux autres prisonnières qu’elle les battrait à mort si elles ne suivaient pas le gardien sans poser de question. Deux autres gardes attendaient à l’intérieur du bâtiment du Service des eaux. Selon Hadaja Choro, chacun de ces hommes aurait alors violé une prisonnière. Hadaja Choro purgeait une peine de trente mois d’emprisonnement pour le meurtre de la fille de la seconde épouse de son mari, meurtre qu’elle a toujours nié. Son mari et sa seconde femme, qui l’avait accusée du crime, n’ont pas assisté au procès et le magistrat a déclaré à Hadaja Choro qu’elle serait incarcérée pour son bien, parce qu’elle avait des ennemis. Hadaja Choro dit qu’en prison elle a été torturée par les surveillantes, qui frappent régulièrement les détenues et les empêchent de recevoir des soins à l’hôpital lorsqu’elles sont blessées. Deux mois après avoir été violée, Hadaja Choro s’est rendu compte qu’elle était enceinte. C’est alors seulement qu’elle a signalé les faits à un responsable de la prison. Ce dernier lui a demandé de ne plus en parler, car la surveillante concernée risquait d’être renvoyée. Hadaja Choro dit qu’elle a alors reçu l’ordre de ne plus sortir de la prison et qu’elle a été maintenue à l’écart des autres prisonnières. « Pendant que j’étais à l’isolement, on me frappait si l’on me trouvait en compagnie d’autres personnes, dit-elle. Par contre, lorsque je restais seule, je n’étais pas battue. » Le 2 décembre 2000, elle a donné naissance à un garçon. Le 12 décembre, elle a été graciée par le président et remise en liberté. Son mari a divorcé en raison de l’enfant, la laissant sans domicile ni ressources. Hadaja Choro a signalé le viol au poste de police de Kakamega, mais on ne lui a pas demandé de faire une déposition et la police n’a mené aucune enquête. Au Kenya, où les actes de violence contre les détenues sont monnaie courante, de nombreuses femmes connaissent le même sort que Hadaja Choro. Le gouvernement ne protège pas les femmes contre les violations des droits humains. Le personnel pénitentiaire et les responsables de la police et des forces de sécurité étant rarement tenus de rendre des comptes, c’est en toute impunité qu’ils commettent des actes de torture comme le viol. Légende de la photographie : Hadaja Choro et son fils. © AI
REPÈRES
République du Kenya Capitale : Nairobi Superficie : 582 646 km2 Population : 31,3 millions Langue officielle : anglais, swahili Peine de mort : maintenue
Situation des droits humains en 2001
De nouvelles condamnations à mort ont été prononcées, mais aucune exécution n’a eu lieu. Au moins 18 personnes ont été tuées par la police dans des circonstances laissant à penser qu’elles avaient pu être victimes d’exécutions extrajudiciaires. La torture demeurait une pratique courante. Un très grand nombre de personnes arrêtées et placées en détention étaient considérées comme des prisonniers d’opinion. La police a fait usage de la violence pour disperser des manifestations pacifiques organisées notamment par des groupes de défense des droits humains, des personnalités politiques de l’opposition ou des militants écologistes. Des responsables des forces de sécurité ont perpétré en toute impunité des atteintes aux droits humains.
Histoire
Après la révolte nationaliste des Mau-Mau (1952-1956), violemment réprimée par les Britanniques, ce pays a obtenu son indépendance en 1963, puis a été dirigé pendant quinze ans par Jomo Kenyatta. En 1978, le nouveau maître du pays, Daniel Arap Moi, durcit le régime, brisant l’effort démocratique débuté par son prédécesseur. L’économie du pays périclite. Économiquement et politiquement, le Kénya a conservé ses liens avec l’Occident.Le pays est resté relativement stable jusqu’à la fin des années 1980. Une tentative de coup d’État en 1982 a mis en évidence l’affaiblissement du régime en place, qui devenait de plus en plus répressif. À partir de 1990, la contestation a été plus visible et violente (émeutes, assassinats d’hommes politiques…). En 1992, contre toute attente, et avec un tiers seulement des votants, Daniel Arap Moi est réélu face à une opposition incapable de s’unir. En 1997, il est à nouveau réélu par des électeurs résignés face à seize candidats d’opposition. En 1998, des attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es Salaam (Tanzanie), vraisemblablement de source islamiste extérieure, font plus de 250 victimes et 5 000 blessés. Le pays a connu en 2000 la pire sécheresse depuis quarante ans. Près de 3 millions de personnes ont été plongées dans un état de grande vulnérabilité. L’économie du Kenya repose surtout sur le tourisme, le thé, le café et l’agro-alimentaire.




